À mi-chemin du processus de sélection olympique, les trampolinistes québécois Jérémy Chartier, Sophiane Méthot et Sarah Milette participent cette semaine aux Championnats du monde de Tokyo, épreuve-test avant les Jeux, l’été prochain.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

La peinture finit à peine de sécher, les joints n’ont pas tous été tirés, mais le centre de gymnastique Ariake, situé dans la baie de Tokyo, fait de l’effet.

« C’est iiiimmmense ! », s’enthousiasmait Jérémy Chartier, joint mardi soir dans la capitale japonaise. « Je ne veux pas exagérer, mais ça doit faire 25 mètres de hauteur. Il n’y a rien qui coupe notre vue. Pas de gros écran ou de bancs. C’est juste du vide. C’est vraiment impressionnant. »

Avec ses poutres de 90 mètres de large, entièrement faites de bois de mélèze, et son absence de structure métallique, le gymnase de 12 000 sièges peut se permettre d’offrir un espace central sans piliers.


PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @TOKYO2020

Le centre de gymnastique Ariake

À partir de jeudi (dans la nuit de mercredi au Québec), Chartier y disputera ses deuxièmes Championnats du monde seniors de trampoline. À l’œuvre dans le groupe 7 des qualifications de l’épreuve individuelle, l’athlète de 18 ans vise les demi-finales, réservées aux 24 meilleurs.

L’an dernier, à Saint-Pétersbourg, il avait raté la coupe par 0,33 point (sur un total de 106,870), se contentant du rôle de premier réserviste.

C’est sûr que la demi-finale, c’est un grand objectif, mais je veux seulement réussir une performance équivalente à ce que je suis capable de faire à l’entraînement. Ne pas toujours être sur mes gardes, absolument tout donner. Le résultat viendra avec. C’est ça, ma job, dans le fond.

Jérémy Chartier

Malgré son jeune âge, Chartier est un habitué des plus grandes scènes internationales. Double champion mondial par groupes d’âge (13-14 ans et 15-16 ans), le Montréalais a été porte-drapeau du Canada à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse de Buenos Aires, en 2018.

Après des premiers Mondiaux réussis (il a gagné le bronze à l’épreuve par équipes), il s’est établi sur le circuit senior cette année, se distinguant face à des rivaux qui ont souvent 10 ans de plus que lui. Médaillé d’or aux Jeux panaméricains de Lima l’été dernier, il occupe actuellement le 18e rang du classement mondial, dans lequel aucun autre Canadien ne figure.

« Mon fait saillant de l’année, c’est notre deuxième Coupe du monde préparatoire pour les Jeux olympiques en Biélorussie. J’y ai fait mon meilleur pointage à l’international et je m’étais classé 15e, un record personnel. Les Panams, c’était une compétition bonbon. Ça ne comptait pas pour la sélection olympique, mais c’était assez extraordinaire de gagner. »

Aux Mondiaux, seuls les huit finalistes de l’épreuve individuelle garantiront une place pour leur pays aux Jeux olympiques de Tokyo (maximum d’un quota par nation). Le contingent de 16 athlètes par sexe sera complété par les résultats des huit Coupes du monde de 2019 et 2020 (les six meilleurs sont comptabilisés) en plus d’une représentation continentale.

À mi-parcours, Chartier est très bien placé. « J’y pense, mais pas trop, a affirmé le jeune homme. Sinon, ça monte à la tête et le stress embarque. Je prends ça au jour le jour. Je n’ai pas envie de me donner de faux espoirs. »

S’il en est techniquement capable, le protégé des entraîneurs Karina Kosko et Alain Duchesne ne compte pas bonifier ses « routines » cette semaine à Tokyo.

« Même si le coefficient de difficulté n’a pas été augmenté cette année, on a remarqué que la constance et l’exécution de mes routines sont de mieux en mieux et “rentrent” de plus en plus souvent. On se dit donc que c’est ma meilleure chance [de réussir]. Le coefficient devrait augmenter l’an prochain. »

Sophiane Méthot et Sarah Milette

Deux coéquipières de Chartier au club Virtuose Centre Acrobatique l’accompagnent aux Mondiaux de Tokyo : Sophiane Méthot et Sarah Milette.

Médaillée de bronze surprise en 2017, Méthot effectue un retour à la compétition 10 mois après une fracture à une cheville subie en février, au moment de sa participation à la Coupe du monde de Baku (25e). Après quatre mois de rééducation, la trampoliniste de La Prairie a dû se soumettre à une opération. La période de guérison s’est étirée en raison d’infections à sa cicatrice.

L’athlète de 21 ans a recommencé à sauter il y a un mois. « Je me suis gardée en forme, a-t-elle souligné. Au niveau de la musculation, j’ai développé plein d’habiletés que je n’avais pas avant. Mais j’ai surtout gagné sur le plan mental. Autant en résilience qu’en patience et qu’en visualisation. J’ai vraiment travaillé sur la visualisation, ce qui m’a beaucoup aidée quand je suis revenue sur la trampoline. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Sophiane Méthot

Aux Mondiaux, elle veut réaliser « deux belles routines » en fonction de sa préparation tronquée. Les Jeux de 2020 ? « C’est encore un objectif, mais ma blessure m’a un peu freinée. J’ai manqué neuf, dix mois sur la trampoline et beaucoup de compétitions importantes. Je les aurais pris, ces dix mois, pour continuer à progresser et évoluer encore plus. Je ne me stresse pas avec ça. Je laisse les choses aller et je verrai où ça va me mener. »

Même si les circonstances sont différentes pour elle, Sarah Milette adopte une philosophie similaire. Médaillée d’argent en synchro l’an dernier avec Rosie MacLennan, elle aborde les Mondiaux après avoir fini sixième à Valladolid (Espagne), le meilleur résultat de sa carrière en Coupe du monde. « Ça m’a donné beaucoup de confiance, mais j’essaie de ne pas trop y penser pour ne pas me mettre trop de pression », a exprimé l’athlète de Longueuil, 19e mondiale.

Milette, 55e l’an dernier, vise « deux bonnes routines » pour atteindre les demi-finales. Si les Jeux de 2024 de Paris « sont beaucoup plus réalistes », « tout est encore possible » pour Tokyo 2020, juge-t-elle.

Une partie des espoirs de Méthot et Milette, qui s’exécuteront ensemble en synchro (épreuve non olympique), repose sur la prestation de MacLennan, double médaillée d’or olympique et mondiale qui revient elle aussi d’une fracture à une cheville.

Si elle atteint la finale, le Canada pourra décrocher une deuxième place aux Jeux par l’entremise des Coupes du monde. « Elle a vraiment plus de chances que les autres [Canadiennes] en raison de ses résultats antérieurs, de son coefficient de difficulté et de sa hauteur », a évalué l’entraîneuse Karina Kosko, qui accompagne ses athlètes au Japon.