Il y a eu Leylah Fernandez en finale aux Internationaux des États-Unis, et Félix Auger-Aliassime en demi-finale de ce même tournoi. Quelques mois plus tôt, Denis Shapovalov s’était rendu en demi-finale à Wimbledon.

Publié le 7 déc. 2021
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

Fernandez a remporté un tournoi WTA et a fait un bond de 64 places au classement pour terminer l’année 24e. Aliassime (11e) et Shapovalov (14e) cognent à la porte du top 10.

Vraiment, la saison 2021 des joueurs de tennis canadiens a été mémorable.

Mais elle s’est conclue un peu en queue de poisson.

Après sa défaite en finale à Stockholm en novembre, Shapovalov a annoncé qu’il renonçait à la Coupe Davis, disputée quelques semaines plus tard. Il citait un « manque de motivation », se disant fatigué mentalement. Félix Auger-Aliassime a emboîté le pas subséquemment.

Après une saison « très compliquée », Bianca Andreescu a décidé de faire une croix sur les Internationaux d’Australie de janvier 2022, révélant sur les réseaux sociaux lundi qu’elle avait l’impression d’« avoir le poids du monde sur le dos ».

Est-ce seulement les blues de la fin d’un calendrier éreintant de 11 mois qui expliquent cette fatigue, ou est-ce symptomatique d’un plus grand problème dans le tennis de haut niveau au Canada ?

« Ce n’est pas facile pour les sportifs », a expliqué Guillaume Marx, chef de la performance à Tennis Canada, lors du bilan de fin de saison de l’organisation, mardi.

« Ils ont beau être relativement bien payés dans ce qu’ils font, ce sont des êtres humains. C’est sûr qu’un circuit de 11 mois, dans les conditions dans lesquelles ça se joue actuellement avec toutes les contraintes, ça pèse forcément sur le système.

« Chaque cas est particulier, il ne faut pas généraliser, nuance-t-il. Quand tu arrives à la fin de novembre et tu sais que le 20 décembre, tu dois repartir et recommencer ta saison en Australie, […] tu peux accuser le coup moralement. C’est assez normal. »

Le cas d’Andreescu est singulièrement parlant. Sylvain Bruneau en a été témoin.

PHOTO FRANK FRANKLIN II, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Bianca Andreescu

Après sa victoire aux Internationaux des États-Unis en 2019, l’Ontarienne « a eu une blessure assez sérieuse, puis il y a eu la pandémie », explique le chef du tennis féminin professionnel canadien. « Ç’a été très compliqué pour elle. »

« Ce n’était pas facile d’être un athlète au Canada avec les 14 jours de quarantaine obligatoire, et celles qu’elle a eues à Melbourne et à Madrid, renchérit-il. J’ai eu la COVID, elle a eu la COVID. Elle a parlé de sa grand-mère [qui a passé plusieurs semaines aux soins intensifs à combattre la COVID-19]. Elle avait besoin de prendre un petit recul, et je pense qu’elle va revenir en force. »

Mais pour Bruneau, le fait que les athlètes verbalisent les enjeux qu’ils vivent à l’extérieur du terrain est « salutaire ».

« On doit apprécier les athlètes qui affirment qu’ils ont besoin de prendre un pas en arrière pour revenir en force, et c’est ce qu’elle fait. Je ne pense pas qu’il y ait raison du tout de s’alarmer. Je dirais même qu’elle prend une bonne décision pour avoir une carrière longue et bien remplie. »

Visiblement, c’est un enjeu qui tracasse la fédération canadienne de tennis. Le président et chef de la direction, Michael Downey, a révélé que le comité administratif de Tennis Canada avait déjà prévu en discuter jeudi.

« Une de nos tactiques pourrait être d’embaucher une personne consacrée à cet enjeu et de la faire travailler avec notre équipe de haute performance », a-t-il indiqué en visioconférence.

« On souhaite être dans une position où tous nos joueurs, autant les professionnels et ceux en transition que nos jeunes U12 à U18, aient accès à des ressources s’ils en ont besoin. Ils font face à un monde très compétitif. […] Nous prenons ça très au sérieux. »

Leylah, le moment marquant

Tennis Canada dit ne pas prendre à la légère la nouvelle pression à laquelle les jeunes athlètes font face, notamment avec l’importance qu’ont prise les réseaux sociaux dans la dernière décennie.

Les succès de Fernandez, notamment, entraînent une attention soutenue qui doit être gérée avec « prudence ».

« Pour tout jeune athlète de nos jours, les réseaux sociaux ont pris une nouvelle amplitude, avec les résultats et ce qui en découle, exprime Bruneau. Il faut être prudent pour tout le monde. Y compris Leylah, y compris son adversaire en finale à New York, Emma Raducanu. »

Il faut être bien averti, bien conseillé.

Sylvain Bruneau, chef du tennis féminin professionnel et de transition à Tennis Canada

Mais Bruneau n’a quand même pas caché sa joie de voir le parcours de la jeune Fernandez aux Internationaux des États-Unis.

« C’était exceptionnel, lance-t-il. Ça nous a tous pris un peu par surprise. […] C’était un coup d’éclat. C’est une fille tellement dans son truc, qui est tellement passionnée par son sport. »

« J’étais très content pour elle, ajoute Bruneau. Elle a bénéficié de Bianca. Bianca a bénéficié d’Eugenie. Leylah va bénéficier à beaucoup de jeunes filles. »

Eugenie Bouchard sur la bonne voie

PHOTO CHARLES PLATIAU, ARCHIVES REUTERS

Eugenie Bouchard

Si un retour pour les Internationaux d’Australie de 2022 n’est pas envisageable pour Eugenie Bouchard, Sylvain Bruneau a révélé que « les médecins sont super contents » de sa rééducation après son opération à une épaule subie au printemps. « Il n’y a pas d’échéancier pour son retour au jeu, ajoute-t-il. Elle doit être très prudente avec cette blessure et y aller lentement. Elle a hâte de reprendre le jeu très bientôt. »

Des joueurs vaccinés seulement à Montréal et à Toronto ?

« Il y a de fortes chances que les joueurs et joueuses qui se présenteront à Montréal et à Toronto en août 2022 devront être vaccinés », a déclaré Michael Downey, président et chef de la direction de Tennis Canada. « On va se préparer pour cette éventualité », a-t-il ajouté, notant que les règles gouvernementales changent régulièrement à cet égard. « On ne sera probablement pas le seul pays à avoir ces règles. » Downey a aussi affirmé que Tennis Canada avait réussi à engendrer un « petit profit » en 2021 grâce à la tenue des évènements de la Coupe Banque Nationale. « Ça nous a permis de passer d’un budget où nous pensions perdre 5 millions de dollars en 2021 à finalement faire un peu de profit. C’est notable, puisqu’on avait terminé la saison 2020 avec un déficit de 8 millions de dollars. »