Afin d’éviter une autre édition blanche, Eugène Lapierre et toute son équipe ont dû travailler d’arrache-piedpour s’assurer de la présence des meilleures raquettes mondiales au stade IGA. Retour sur cette tâche colossale, et sur ce que nous réserve la prochaine semaine.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

« J’ai l’impression qu’on y est presque… »

Temps fort de l’été montréalais, l’Omnium Banque Nationale est à la fois une formidable fête du tennis et la principale source de revenus, avec son pendant torontois, de Tennis Canada.

Après l’annulation en 2020 en raison de la pandémie, le retour de l’évènement cette semaine au stade IGA est le résultat d’une folle année de travail pour le directeur Eugène Lapierre et toute son équipe.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

En raison de la pandémie et des mesures sanitaires approuvées par le gouvernement fédéral, seulement 5000 spectateurs seront autorisés sur le site du stade IGA, soit la moitié de la capacité du court central.

« On voulait avant tout éviter une autre année blanche, comme 2020, a expliqué le vice-président principal de Tennis Canada, il y a quelques jours en entrevue. On avait pris la décision d’organiser le tournoi avec ou sans spectateurs et, au début, on pensait bien qu’il n’y en aurait pas du tout ! Mais on savait que la télédiffusion serait très bonne et qu’on pourrait garder une partie des droits et des revenus de commandites. »

Et tous les scénarios ont été imaginés. « On a pensé réunir les deux tournois, femmes et hommes, à Montréal quand ça allait très mal en Ontario. On a même étudié la possibilité de tenir tout le tournoi à Cincinnati [où les joueurs doivent se rendre la semaine prochaine], ce que je n’aimais pas du tout !

« C’est ça qu’on fait depuis des mois, élaborer et étudier des scénarios, des scénarios et encore des scénarios. C’est épuisant de travailler comme ça dans l’incertitude, mais nous avons une équipe extraordinaire. Je dis souvent que je ne fais pas grand-chose là-dedans. Je dis oui ou non, et habituellement, c’est oui ! »

Là, après cette année un peu folle, j’ai l’impression qu’on y est presque…

Eugène Lapierre, vice-président principal de Tennis Canada

Mille détails ont dû être réglés en cours de route. En toile de fond, au-delà de l’organisation proprement dite, il a fallu résoudre l’épineuse question de l’entrée des athlètes au Canada. « C’est le fédéral qui devait donner son accord, mais ils nous avaient demandé d’avoir d’abord l’approbation de la Santé publique provinciale et de la Ville de Montréal, rappelle Lapierre. C’est donc surtout avec eux qu’on a travaillé et nous avons élaboré ensemble un plan solide, avec notamment la mise en place d’une bulle [baptisée Or] pour les joueuses, leur entourage, les officiels et l’équipe de production de la télévision.

« À la fin, le processus était long et on avait un peu l’impression d’être dans une file d’attente, comme d’autres organisations bien sûr. Et c’est évident que les autorités préféraient attendre à la dernière minute pour s’assurer que la situation ne s’aggravait pas soudainement, avec une résurgence du nombre de cas par exemple. »

L’approbation est finalement venue le 26 juillet.

« On est quand même limités à 5000 spectateurs, la moitié de notre capacité sur le court central, il n’y a rien sur le site, pas d’aires de restauration, mais c’est vraiment la chose à faire dans les circonstances », estime Lapierre.

PHOTO ERIC BOLTE, USA TODAY SPORTS

Eugène Lapierre, directeur du tournoi de Montréal, a dû subir un test de dépistage de la COVID-19 à son arrivée au stade IGA, vendredi.

Les visiteurs seront sans doute étonnés par l’aménagement du site, avec des zones bien séparées pour assurer le respect de la bulle Or. Une immense passerelle en hauteur a été installée à l’est du court central pour permettre aux joueuses d’aller des vestiaires aux courts d’entraînement. Les spectateurs passent en dessous pour accéder au stade et à leurs sièges. Et ils n’auront accès qu’au court central.

« On va faire le service aux sièges pour la nourriture et les rafraîchissements, explique Eugène Lapierre. Les gens vont pouvoir commander en ligne, sur leur téléphone, directement de leur siège. Ce sera donc une année hors de l’ordinaire, c’est le cas de le dire, mais le tournoi aura lieu et c’est le plus important. »

Des joueuses à découvrir

Cette semaine, quand il nous a reçu sur le court central, Eugène Lapierre retrouvait d’ailleurs ses préoccupations habituelles à quelques jours du tournoi.

Le directeur de l’Omnium Banque Nationale s’est exclu de la bulle Or, car, comme il l’explique, c’est surtout avec les agents des joueurs qu’il doit composer. Et plusieurs l’ont contacté au cours des derniers jours, la proximité des Jeux olympiques et les contraintes imposées aux voyageurs ayant entraîné de nombreux forfaits.

Les numéros 1 et 2 mondiales, Ashleigh Barty et Naomi Osaka, la championne de Roland-Garros, Barbora Krejčíková, et la championne olympique, Belinda Bencic, se sont ainsi désistées, tout comme d’autres têtes d’affiche. À Toronto, les organisateurs doivent composer avec la même situation.

« C’est dommage, surtout pour Osaka, mais on connaît son histoire et on s’y attendait un peu, a expliqué Lapierre. Mais nous aurons quand même un tableau très relevé. »

La profondeur du tennis féminin est exceptionnelle en ce moment avec toute une nouvelle génération de joueuses qui brillent à chaque tournoi et que les gens vont découvrir.

Eugène Lapierre

« On a hâte de voir Coco Gauff, la Grecque [María] Sákkari, sans oublier toutes les anciennes, [Victoria] Azarenka, [Elina] Svitolina, qui vient d’épouser Gaël Monfils, [Aryna] Sabalenka, qui avait si bien fait lors de la dernière présentation du tournoi à Montréal. J’ai l’impression que les amateurs sont simplement heureux de revoir du tennis de haut niveau. »

Avec un public fidèle, des habitués qui occupent les mêmes sièges depuis des années, écouler les 5000 billets disponibles pour chacune des 13 séances ne devrait pas être un problème. Tennis Canada est ainsi assuré de toucher plusieurs millions en revenus, une manne bienvenue après une période noire pour l’organisme.

PHOTO ERIC BOLTE, USA TODAY SPORTS

Avec le début des qualifications plus tôt cette semaine, les premiers tests ont commencé à être administrés au stade IGA.

« Ce ne sera pas un tournoi aussi lucratif qu’en 2019 ou dans les années précédentes, mais au moins, on n’aura pas tout perdu, c’est certain, souligne Lapierre. On a quand même mis à pied 40 % de notre personnel et ce n’est pas demain matin que nous allons pouvoir tous les reprendre.

« On a aussi dû faire des coupes dans plusieurs programmes et c’est ça qui fait le plus mal pour le développement du tennis et des joueurs. Ça va prendre quelques années avant de retomber sur nos pieds, de redémarrer la machine. Les plus pessimistes parlent de quatre ou cinq ans avant de revenir au niveau de 2019, j’espère que ce sera avant ça. »

Lapierre pense déjà aux prochaines éditions du tournoi, à celle de 2022, quand les hommes vont revenir à Montréal. « Il va falloir s’habituer à un nouvel ordre, avec les hommes ici les années paires, les femmes les années impaires. Et on croise les doigts pour l’année prochaine, en espérant que la pandémie soit derrière nous.

« Je crois que nous ne sommes pas à plaindre quand on pense à l’avenir, avec nos jeunes vedettes, et la situation quand même avantageuse du tournoi. »

Les Canadiens à suivre

À Montréal

Bianca Andreescu

PHOTO SIMON BRUTY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Bianca Andreescu lors de son match de premier tour au tournoi de Wimbledon, en juillet dernier

  • 5e mondiale
  • 21 ans, 12-7 en 2021
  • 5e participation au tournoi, championne en 2019

Après un printemps prometteur, avec notamment une finale à Miami, Andreescu a encore dû composer avec des blessures et des ennuis de santé. Elle a aussi décidé de mettre fin à sa longue et fructueuse collaboration avec Sylvain Bruneau et s’entraîne depuis quelques semaines avec le réputé Sven Gröneveld. Même si elle est la championne en titre, il est bien difficile de prédire le genre de performance qu’elle pourra offrir cette semaine.

Leylah Annie Fernandez

PHOTO ALBERTO PEZZALI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Leylah Fernandez, lors de son duel contre Jeļena Ostapenko au premier tour du tournoi de Wimbledon, le 30 juin

  • 70e mondiale
  • 18 ans, 15-13 en 2021, un titre à Monterrey
  • 3e participation au tournoi, 1er tour en 2019

À tout juste 18 ans, la Québécoise retrouve avec plaisir le public du stade IGA. En 2018, à 15 ans, elle avait bien failli gagner sa place au tableau principal, ne s’inclinant qu’en trois longues manches au dernier tour des qualifications. Maintenant bien installée dans le top 100 féminin, gagnante d’un premier titre sur le circuit WTA cette année, Fernandez espère profiter de l’Omnium Banque Nationale pour poursuivre sa remarquable progression.

Rebecca Marino

PHOTO ANDY BROWNBILL, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Rebecca Marino au service durant son match de premier tour aux Internationaux d’Australie, en février dernier

  • 219e mondiale
  • 30 ans, 17-11 en 2021
  • 6e participation au tournoi, 1er tour en 2001

Longtemps à l’écart du tennis, l’ancienne 38joueuse mondiale a vu son retour compromis par une longue série de blessures. De retour en forme cette année, elle vient de gagner un tournoi à Evansville, en Indiana, et a reçu un laissez-passer pour le tableau principal. La qualité de ses services et de ses coups droits pourrait l’aider à causer des surprises.

Carol Zhao

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Carol Zhao, au Challenger de Granby, en 2014

  • 299e mondiale
  • 26 ans, 19-11 en 2021
  • 10e participation au tournoi, 1er tour en 2018

Après une belle carrière universitaire à Stanford, l’Ontarienne a mis beaucoup de temps à bien gérer la transition vers le circuit professionnel. Les blessures s’en sont mêlées et elle n’a pas encore pu confirmer son potentiel. Avec déjà deux finales cette année, elle a reçu un laissez-passer pour le tableau principal.

À Toronto

Félix Auger-Aliassime

PHOTO SCOTT TAETSCH, USA TODAY SPORTS

Félix Auger-Aliassime au tournoi de Washington, au début de la semaine

  • 15mondial
  • 21 ans, 26-15 en 2021
  • 4participation au tournoi, 3tour en 2019

À 21 ans aujourd’hui même, il est bien installé parmi l’élite mondiale du tennis et, même s’il est toujours à la recherche d’un premier titre, ses progrès sur toutes les surfaces permettent de croire que ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne soulève les plus gros trophées ! Impressionnant en route vers les quarts de finale à Wimbledon, Auger-Aliassime va vouloir faire mieux que sa performance de 2019 à Montréal, quand il avait atteint le troisième tour.

Denis Shapovalov

PHOTO PAUL CHILDS, ARCHIVES REUTERS

Denis Shapovalov a atteint la demi-finale à Wimbledon,
il y a quelques semaines.

  • 10mondial
  • 22 ans, 22-15 en 2021
  • 5participation au tournoi, demi-finaliste en 2017

Doté d’une formidable confiance en ses moyens, le 10mondial n’hésite plus à défier les meilleurs joueurs et il a bien failli causer une grosse surprise en demi-finale à Wimbledon quand il a poussé Novak Djokovic dans ses derniers retranchements. Comme Auger-Aliassime, il a maintenant les atouts pour viser le titre chaque fois qu’il dispute un tournoi.

Vasek Pospisil

PHOTO NICK WASS, ASSOCIATED PRESS

Vasek Pospisil lors du tournoi de Washington, au début de la semaine

  • 61mondial
  • 31 ans, 5-9 en 2021
  • 13participation, demi-finaliste en 2013

Même s’il a surtout fait parler de lui pour son engagement, aux côtés de Djokovic, dans une association des joueurs, Pospisil a retrouvé sa place au sein du top 100 et il reste un adversaire redoutable sur les surfaces rapides. Demi-finaliste à Montréal en 2013, il aura une chance de bien faire cette semaine à Toronto.