Louis Borfiga, vice-président au développement de l’élite chez Tennis Canada, quittera ses fonctions à l’automne

Mis à jour le 15 févr. 2021
Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Louis Borfiga gardera de nombreux bons souvenirs de ses 15 années avec Tennis Canada. Tout en haut, la victoire de Bianca Andreescu aux Internationaux des États-Unis, en 2019.

Le Canada a beaucoup gagné en double. Eugenie Bouchard avait atteint la finale de Wimbledon en 2014. Milos Raonic, en 2016. Et les juniors canadiens connaissaient de grands succès.

« Ce qui prouvait que le système de formation était bon », a fait valoir Borfiga.

Le titre majeur d’Andreescu a concrétisé le tout.

« Je pense que c’est le plus grand moment du tennis canadien. C’était l’accomplissement d’un rêve, a-t-il dit. Maintenant, on attend la victoire en Grand Chelem d’un garçon. »

L’un des grands architectes du développement de l’élite au pays, Borfiga a rencontré les médias par visioconférence en fin d’après-midi, lundi, pour discuter de son départ, annoncé quelques heures plus tôt dans un communiqué.

À l’interne, tous connaissaient ses intentions depuis un certain temps déjà. Mais le dévoilement de sa retraite a été précipité par un article paru le week-end dernier dans le journal français L’Équipe. Gilles Moretton, fraîchement élu président de la Fédération française de tennis, y affirmait qu’il avait demandé à celui qu’il appelle « Luigi » d’exercer « une fonction de conseil » à ses côtés.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @FFTENNIS

Gilles Moretton, président de la Fédération française de tennis

Rien n’est conclu en ce sens, a précisé le principal intéressé. Mais on se doute qu’il s’agit d’une formalité. Moretton et lui se connaissent depuis « très longtemps ». Ce serait une tâche à temps partiel, a insisté Borfiga.

Quoi qu’il en soit, la nouvelle a sans doute fait plaisir à certains connaisseurs outre-mer.

« Il a formé des champions pour la France dans le passé. Il continue de le faire au Canada. Bianca en est le parfait exemple. Le rapatriement des compétences me semble urgent », lit-on dans le Dictionnaire amoureux du tennis de Laurent Binet et Antoine Benneteau, paru l’automne dernier. D’une certaine façon, ils seront exaucés.

Cette fonction éventuelle en France ne l’empêcherait toutefois pas de demeurer conseiller et consultant honoraire au sein de l’équipe assignée à l’élite chez Tennis Canada. Pour assurer une transition en douceur avec son successeur. Mais il ne veut surtout pas être intrusif. Essentiellement, et ce, pour une durée indéterminée, il répondra au téléphone pour des conseils et des avis.

« S’il y a toujours mon ombre au-dessus de celui qui sera à ma place, sa tâche ne sera pas facilitée. Ce serait une très grosse erreur que je sois beaucoup impliqué, juge-t-il. Ce sera un consulting de loin. »

Dans tous les sens.

La pandémie change la donne

Après avoir formé Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils, Gilles Simon, Nicolas Mahut et Julien Benneteau, Borfiga, originaire de Monaco, s’est joint à Tennis Canada en 2006. Dès l’année suivante, il a mis sur pied, à Montréal, le Centre national de tennis (CNT) pour le développement de l’élite du pays.

« Je croyais beaucoup au rassemblement des meilleurs au même endroit, avec de très bons entraîneurs. C’est vraiment la pierre angulaire du programme », nous avait-il rappelé mardi dernier dans le cadre d’une visite du CNT.

Il était donc aux commandes pendant l’ascension des Milos Raonic, Eugenie Bouchard et Rebecca Marino, puis Félix Auger-Aliassime et Bianca Andreescu, entre autres.

Ce qui me rend le plus fier, c’est la place actuelle du tennis canadien au niveau international. C’est un des pays cités en référence. Aussi, de laisser derrière moi des fondations solides et un avenir que je pense brillant, compte tenu des joueurs actuels, les Denis, Félix, Bianca et Leylah, qui sont très jeunes.

Louis Borfiga

Plus de 40 joueurs ont été diplômés du Centre pendant son règne.

À 66 ans, il commençait à envisager la transmission du flambeau depuis un moment. « Il faut savoir laisser sa place. Avoir un autre discours à la tête sera positif », a affirmé celui qui a obtenu sa citoyenneté canadienne en début d’année.

Au bout du compte, la pandémie aura accéléré le processus. Presque un an sans voir son fils et ses parents, l’éloignement, « très difficile », pesait de plus en plus lourd.

Dans quelques mois, sa femme et lui les rejoindront.

Un leader calme

À la barre du tournoi montréalais de l’Omnium Banque Nationale depuis une vingtaine d’années, Eugène Lapierre a donc travaillé étroitement avec Louis Borfiga au cours des 15 dernières années.

On l’a mentionné précédemment, son départ n’est pas une surprise pour ses collègues. « Si j’avais son grand âge, je serais déjà parti ! », a lancé à la blague Lapierre, qui aura 65 ans le mois prochain.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Eugène Lapierre

Questionné sur l’apport de Borfiga à l’organisation, il répond : « On a beaucoup de temps ? »

« C’est un homme qui parle doucement, mais plus fort que n’importe qui. C’est formidable de ne jamais le voir élever la voix, mais que le message porte à ce point. C’est ce qui a marqué tout le développement de l’environnement des athlètes dès le départ. La force du message auprès de tous. »

Lapierre lui attribue une bonne part du changement de culture chez Tennis Canada. Pas la totalité, évidemment, c’est un travail d’équipe, ont-ils tous deux souligné. Mais il y a grandement contribué.

« Très rapidement après son arrivée, des résultats se sont mis à débouler. Et on s’est dit qu’on pouvait gagner. C’est une façon de voir les choses, de voir que c’est possible. Et avec Louis, ç’a été possible. Son passage a vraiment changé la face du tennis au Canada. »

Le groupe est bien armé pour absorber la perte de Borfiga. La compétence est omniprésente, la relève est prête, ont-ils assuré. N’empêche.

« Si vous m’aviez donné le choix, que Louis parte ou qu’il reste encore 20 ans, j’aurais voulu qu’il reste », a affirmé Lapierre.