(Melbourne, Australie) Ils ne sont en quarantaine que depuis deux jours, mais déjà, les effets de l’isolement se font sentir chez les participants aux Internationaux d’Australie : ironie, déception, colère, système D ou méthode Coué, ils s’extériorisent sur les réseaux sociaux.

Agence France-Presse

L’ensemble des joueurs et de leurs accompagnateurs, arrivés en fin de semaine dernière sur le sol australien, sont confinés 14 jours dans leurs hôtels, selon le protocole préétabli qui prévoit une autorisation de sortie de cinq heures quotidiennes pour s’entraîner.

Mais 72 des joueurs et joueuses engagés ont été placés en isolement strict, sans aucune autorisation de sortie, pour avoir été cas contact lors de leurs vols vers l’Australie.

Les premiers coups de griffe ont été donnés avant même l’arrivée dans le pays-continent en avions spécialement affrétés, lorsque certains ont mis en cause l’équité des Internationaux d’Australie (8 au 21 février) avec l’exil de l’élite dans une bulle VIP à Adélaïde quand la majorité était confinée à Melbourne.

Et la tentative de Novak Djokovic, en tant que syndicaliste en chef – il a créé la Professional Tennis Players Association (PTPA) l’été dernier –, d’obtenir une amélioration des conditions de ses collègues à Melbourne n’a rien arrangé.

Il a reçu un « non » ferme du premier ministre de l’État de Victoria et s’est attiré des railleries de la part de joueurs.

Souris

« Depuis Adélaïde ? Ahhahah », a ironisé Stanislas Wawrinka, en commentaire d’un tweet publiant les doléances adressées par le numéro 1 mondial à la Fédération australienne (Tennis Australia, TA). Le Suisse laisse ainsi entendre que, malgré les dénégations officielles, la quarantaine est plus favorable à Adélaïde qu’à Melbourne.

Les quartiers ont maintenant été pris dans les différents hôtels. Daniil Medvedev – qui ne s’est plaint que du décalage horaire – a publié à son arrivée une photo de sa chambre avec d’immenses baies vitrées donnant sur la ville, alors qu'Alizé Cornet a regretté une morne vue sur la cour intérieure de son hôtel.

Choquée, la Kazakhe Yuliya Putintseva a tenu à montrer son encombrante colocataire : « Ça fait deux heures que j’ai demandé à changer de chambre ! Et personne n’est venu à cause de la quarantaine », a-t-elle écrit en commentaire d’une vidéo montrant une souris courir dans sa chambre.

Les repas ont également provoqué des réactions indignées.

« Vraiment ? », interroge Pablo Cuevas en publiant la photo d’un repas jugé mesquin. « Vraiment ? », l’imite Marco Cecchinato pour accompagner un risotto coco-mangue bien plus prometteur dans son titre que dans son apparence. « Ça pourrait être mieux… la prochaine fois bien sûr », ironise de son côté Fabio Fognini.

Face à cette malbouffe fournie par l’hôtel, Benoît Paire s’est tourné vers un autre fournisseur et s’est fait livrer par une chaîne de hamburgers. Le Français avait déjà subi de plein fouet la toute première bulle sanitaire liée à la pandémie, l’été dernier aux Internationaux des États-Unis, dont il avait été exclu pour un test de COVID-19 positif, et confiné dans sa chambre sans pouvoir en sortir.

Surf

Certains de ceux autorisés à s’entraîner ont fait part d’un problème inattendu dans l’organisation pourtant toute militaire de leur quarantaine : l’annulation de leurs séances. « Adaptation, à cause de l’annulation… gym dans la chambre », a publié Caroline Garcia, privée d’un entraînement programmé à 7 h 30.

Comme elle, de nombreux joueurs tentent de dédramatiser, comme Cuevas qui traverse sa chambre en surfant sur son lit à roulettes, selon une vidéo publiée sur Instagram.

Sans oublier le travail physique (allers-retours entre deux murs en petite foulée, haltères, parcours entre des plots…) ni le tennis de chambre individuel : taper des balles contre les fenêtres ou relever des matelas contre les murs pour pouvoir frapper plus fort.

« Je fous en l’air la sieste de mon voisin », son partenaire de double Juan Sebastien Cabal, s’amuse Robert Farah, en frappant des volées directement contre le mur.

« Je sais pas ce qui est le plus dur entre pas sortir de la chambre ou entendre des mecs jouer au tennis contre une fenêtre toute la journée », a regretté Corentin Moutet.

Mais pour d’autres, la colère est déjà là.

Sorana Cirstea a affirmé qu’elle ne serait pas venue si elle avait su les conditions qui l’attendaient.

« Je n’ai aucun problème à rester 14 jours à regarder Netflix dans ma chambre. Ce que je ne peux pas faire, c’est CONCOURIR après avoir passé 14 jours sur un canapé », a-t-elle tweeté.