(Montréal) Pour Louis Borfiga, la pause forcée par la pandémie de COVID-19 n’aura pas d’effets sur les performances de l’élite des joueurs de tennis au Canada. Le responsable du développement élite à Tennis Canada espère en revanche qu’elle n’aura pas d’effet sur son programme.

Frédéric Daigle
La Presse canadienne

Tennis Canada est sur une belle lancée depuis quelques années. Bianca Andreescu est sixième à la WTA. Eugenie Bouchard a déjà occupé la cinquième place. Denis Shapovalov (16e), Félix Auger-Aliassime (20e) et Milos Raonic (30e) occupent le top-30 de l’ATP. Ces résultats sont en lien direct avec le travail accompli par Borfiga depuis son arrivée à la tête du programme de haute performance de Tennis Canada.

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Louis Borfiga

Il poursuit son travail avec la prochaine génération de joueurs et joueuses du pays, comme Leylah Annie Fernandez, qui occupe le 118e rang à 17 ans.

Le coronavirus a forcé le Centre national d’entraînement de Montréal — comme tous les clubs du pays — à fermer ses portes et forcé les espoirs du tennis canadien à rentrer chez eux, tandis que les circuits de l’ATP, de la WTA et de l’ITF ont suspendu toutes leurs activités jusqu’au 13 juillet.

Plusieurs pourraient croire que ces jeunes espoirs — ou Bouchard, qui tente de retrouver son aplomb d’antan — seront pénalisés par l’actuel confinement et l’arrêt des activités. Borfiga n’en croit rien.

« Ça ne les retardera pas, car tous les joueurs sont dans le même bateau, a-t-il indiqué à La Presse canadienne au cours d’un entretien téléphonique, jeudi. Leylah va continuer de progresser ; Eugenie va certainement réussir son retour. Là-dessus, pas de souci. J’espère que ça ne durera pas trop longtemps, mais je ne suis pas trop inquiet pour le tennis. »

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Leylah Annie Fernandez occupe le 118e rang à 17 ans.

Là où la situation pourrait venir embêter Tennis Canada, c’est si la pandémie force l’annulation de la Coupe Rogers.

Les volets féminin et masculin du tournoi de la série Masters 1000 retournent une importante partie de leurs revenus au tennis canadien, dont une portion importante est attribuée au programme de haute performance de la fédération.

Mercredi, le directeur du tournoi, Eugène Lapierre, a dit craindre pour l’édition 2020. Une décision sera prise d’ici le 1er juin quant à son report ou son annulation pure et simple.

« Si on devait en arriver là, ce serait très pénalisant pour notre département de haut niveau, a fait valoir celui qui a pris la tête de ce programme il y a une douzaine d’années. Il y aura beaucoup de répercussions et c’est évident que ce ne sera plus comme avant. Attendons, mais il est clair que ça aurait des répercussions importantes. »

« Ce que je crains, poursuit-il, c’est que des entraîneurs perdent leur boulot. C’est ma principale crainte. Ensuite, c’est vrai qu’il est évident qu’il y aura des programmes qui seront réduits. On n’en est pas là, mais on envisage tous les scénarios. Notre programme subirait des modifications pour les deux prochaines années si la Coupe Rogers n’avait pas lieu. Il ne faut pas être naïf : il y a une possibilité que ça arrive. »

De l’action à la réflexion

Entre-temps, tous les athlètes sous sa gouverne ont reçu des programmes d’entraînements modifiés, puisque tous n’ont pas accès à gym à domicile ou un endroit où frapper des balles.

« C’est un moment très difficile, mais je dirais que le tennis passe un petit peu en second plan. […] Tous les joueurs ont reçu des séances d’entraînement à faire à la maison et sont en contacts fréquents avec leurs entraîneurs. Il y a aussi beaucoup de séances vidéo pour visionner des matchs, réviser la technique. On fait avec les moyens du bord. »

« Pour les entraîneurs aussi c’est une autre façon de fonctionner. On passe de l’action à la réflexion. Voilà comment on essaie de traverser cette période. »

« (Pour les athlètes, ) il n’y a pas de cibles de fixées. Je dirais que ça ressemble beaucoup à ce qu’on leur demande quand ils se remettent de blessures. Il faut être patient, mais ce n’est pas parce qu’ils ne vont pas jouer pendant deux ou trois mois que leur progression sera ralentie. Ils vont peut-être revenir avec une plus grande envie de jouer. Si on veut regarder ça d’un côté plus positif, peut-être que beaucoup vont prendre conscience que c’est un privilège de jouer au tennis. »