À 17 ans, Leylah Annie Fernandez n’en est encore qu’au début de ce qui s’annonce comme une belle carrière. Une série de belles performances au début de l’année lui ont permis de grimper du 209e au 118e rang du classement féminin et elle cognait aux portes du top 100 lorsque la saison a été suspendue au début du mois de mars. Un peu déçue d’être stoppée dans son élan, elle trouve néanmoins plusieurs avantages à cette pause qui lui permet de passer du temps avec sa famille.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

« Je suis évidemment très contente de mes résultats au début de l’année, a expliqué Fernandez vendredi dernier en entrevue téléphonique. Pouvoir me qualifier au tableau principal d’un premier tournoi du Grand Chelem, en Australie, était déjà très spécial ; jouer ensuite en Fed Cup, avec l’équipe canadienne, et pouvoir battre une joueuse du calibre de Belinda Bencic [5e mondiale] a aidé à me donner encore plus de confiance.

« On n’était quand même pas sûr que je puisse entrer directement dans le tableau au Mexique [Acapulco] avec mon classement et nous avons demandé un laissez-passer. Ce n’est que la veille de notre départ que nous avons reçu la confirmation. J’étais tellement contente de cette opportunité ! J’ai simplement voulu en profiter au maximum et cela a bien été pour moi… »

En effet ! Finaliste devant la Britannique Heather Watson, Fernandez s’est battue pendant près de trois heures avant de s’incliner, 4-6, 7-6 (8), 1-6. Encore quart de finaliste la semaine suivante à Monterey, après avoir battu Sloane Stephens, la Canadienne a obtenu un laissez-passer pour le tournoi d’Indian Wells.

Malheureusement, la compétition a été annulée et la saison de tennis n’a pas repris depuis. « Nous étions retournés à la maison, en Floride, afin de passer quelques jours avec ma mère et ma petite sœur, que nous n’avions pas vues depuis longtemps, a raconté Leylah Annie. Ce n’est que le jour précédant notre départ pour la Californie que nous avons reçu la nouvelle de la remise du tournoi. »

J’étais déçue, évidemment, mais c’est la même chose pour toutes les joueuses, tous les joueurs, et c’est certain qu’il faut penser avant tout à la santé de tout le monde.

Leylah Annie Fernandez

Rattraper le temps perdu

Élevée à Laval, Leylah Annie vit maintenant en Floride où toute la famille a rejoint sa mère Irene, qui y vivait depuis plusieurs années pour son travail avec sa troisième fille. Si son père, Jorge, longtemps son entraîneur, continue de l’accompagner régulièrement, tout en entraînant maintenant la sœur de Leylah Annie, Bianca Jolie (16 ans, qui a fait ses débuts en tournois professionnels récemment), Irene n’a pas souvent eu l’occasion de voir ses deux grandes filles.

L’arrêt forcé de la saison sportive permet aux Fernandez de passer de précieux moments en famille. « Toute la famille est réunie et on est tous en santé, assure Leylah Annie. Nous sommes tous réunis à la maison, on peut passer du temps ensemble, enfin rattraper un peu les années perdues.

« J’ai aussi la chance de pouvoir m’entraîner avec ma soeur [Bianca], de passer beaucoup de temps avec elle, un peu sur des courts à l’extérieur. C’est une très bonne joueuse et l’avoir à mes côtés me permet de continuer à m’améliorer, tout en l’aidant elle aussi. Ça lui permet de voir ce qui lui manque pour accéder au prochain niveau, tout en gagnant de la confiance pour ses prochains tournois.

« Travailler ainsi dans une ambiance familiale est aussi très rassurant en cette période difficile. Cela nous procure à tous une certaine tranquillité d’esprit, l’impression que les choses vont bien pour nous, que nous prenons les moyens pour éviter les difficultés. Mon entraîneur Romain [Derrider] est lui aussi très présent, comme un membre de la famille ! »

Continuer de progresser

Malgré son bon début de saison, Leylah Annie croit avoir encore une grosse marge de progression. « Je suis satisfaite de mes résultats, mais ce n’est encore qu’un début, assure-t-elle. Je veux continuer de progresser, améliorer mon jeu. »

Je suis présentement 118e mondiale et c’est encore loin de mes objectifs. Je sais que j’ai encore beaucoup de choses à améliorer, physiquement, mentalement, ainsi que dans mon jeu. On essaie de profiter au maximum de cette pause forcée pour travailler sur ces choses.

Leylah Annie Fernandez

Sylvain Bruneau, le responsable de l’élite féminine à Tennis Canada, soulignait vendredi en entrevue : « C’est un peu dommage : Leylah avait tellement un bel élan et venait de recevoir un laissez-passer pour Indian Wells… Mais c’est aussi une occasion pour elle de continuer à travailler, sur sa préparation physique notamment, afin de devenir plus forte.

« Et dans son cas, je ne suis pas inquiet, assure Bruneau. Elle est tellement à ses affaires, tellement rigoureuse, je sais qu’elle va trouver une façon pour profiter au maximum de la situation. Son préparateur physique m’a d’ailleurs contacté l’autre jour pour discuter d’un plan de travail. »

La rigueur, le travail, la détermination, des qualités qui expliquent les succès de Fernandez. « Ce sont les valeurs que mes parents nous ont inculquées depuis très longtemps, explique-t-elle. Mon père et ma mère nous ont toujours expliqué que nous devions être responsables, que les choses n’arriveraient jamais si facilement pour nous, qu’il fallait travailler pour réussir dans la vie. Ils nous ont aussi dit qu’il fallait profiter de chaque opportunité et c’est ce que j’essaie de faire chaque jour, à 100 %.

« Grâce à leur soutien, à celui de toute mon équipe et de Tennis Canada, je commence à voir les progrès et je suis contente de mes résultats. J’ai hâte de continuer, de retourner sur les courts et j’espère que ce sera bientôt ! »