(Paris) A 19 ans, Iga Swiatek trace sa route avec calme et détermination. Un peu plus d’un an après avoir fait ses débuts en Grand Chelem aux Internationaux d'Australie en 2019, la jeune Polonaise s’apprête à disputer sa première demi-finale en Majeur, jeudi à Roland-Garros.

Delphine PAYSANT
Agence France-Presse

« Welcome to the jungle, we’ve got fun and games » (bienvenue dans la jungle, on va jouer et s’amuser) : casque sur les oreilles, c’est en écoutant ces paroles, tirées d’une chanson des Guns N’Roses, que Swiatek, fan des rockers hors d’âge, fait son entrée sur les courts depuis le début de la quinzaine parisienne.

Du plaisir et des jeux, la jeune Polonaise n’en manque pas depuis dix jours. Mardi, Martina Trevisan a été la dernière victime de sa folle épopée Porte d’Auteuil, où elle a notamment sorti sans ménagement (6-1, 6-2) dimanche la grande favorite, Simona Halep.

PHOTO MARTIN BUREAU, AGENCE FRANCE-PRESSE

La Polonaise Iga Swiatek était tout sourire après sa victoire sans équivoque sur la Roumaine Simona Halep.

Etrange retournement de situation : il y a un peu plus d’un an, pour sa première participation à Roland-Garros, Swiatek n’avait tenu que 45 minutes face à la Roumaine. Cette année, il ne lui a fallu qu’un peu plus d’une heure pour éliminer la N.2 mondiale.

« Ça me surprend d’avoir réussi à faire ça. Mais gagner un tel match, ça me montre à quel point j’ai grandi », a-t-elle expliqué après cette victoire, les larmes aux yeux. Bref moment de relâchement où la combattante des courts est soudain redevenue une adolescente qui « vit son rêve ».

Gérer la pression

Il faut dire qu’en un an, il s’en est passé des choses pour la jeune femme. Un huitième de finale en Australie, un troisième tour aux Internationaux des États-Unis et surtout plusieurs matchs contre des joueuses haut classées (Osaka, Wozniacki, Vekic).

« Ça m’a beaucoup aidé, je gère mieux la pression maintenant », a-t-elle expliqué.

Autre changement notable : Swiatek, qui était encore lycéenne assidue il y a quelques mois, est désormais diplômée. Un soulagement pour elle, mais aussi pour son entraîneur.

Avant, le tennis n’était pas la partie principale de sa vie. C’était difficile. Imaginez : je devais faire des entraînements à 7 heures du matin, parce qu’elle devait aller à l’école après. Et elle, elle arrivait fatiguée, parce qu’elle avait dû étudier la nuit.

Piotr Sierzputowski. l'entraîneur d'Iga Swiatek

Une situation qui appartient désormais au passé. Même si, sur les courts, la Polonaise reste studieuse, avec notamment une psychologue qui l’aide à préparer ses matchs. « Elle m’a rendu plus intelligente. Grâce à elle, mon niveau de confiance est plus haut. »

« La force mentale est particulièrement importante. Au haut niveau, tout le monde est capable de bien jouer, mais les meilleures, ce sont celles qui sont les plus fortes dans la tête », estime la plus jeune des demi-finalistes de ce Roland-Garros 2020.

De la force, la Polonaise n’en manque pas sous ses airs juvéniles. A Paris, celle que son entraîneur qualifie de « bête de compétition » n’a laissé en moyenne que quatre jeux par match à ses adversaires, sans concéder le moindre set.  

« Quand elle rentre sur le court, elle est prête à tout » car depuis ses débuts, elle a « faim de victoires », explique Sierzputowski.

Son père était avironneur aux JO de Séoul en 1988

Petite, Swiatek est venue au tennis parce qu’elle voulait battre sa grande sœur. Un esprit de compétition sans doute hérité de son père, Tomacz Swiatek, ancien rameur de l’équipe polonaise aux JO de Seoul en 1988.

Cette pugnacité précoce lui a permis de remporter le premier tournoi professionnel qu’elle a disputé en 2016 à Stockholm, sur le circuit inférieur, alors qu’elle sortait des qualifications. Deux ans plus tard, après plusieurs mois sans tennis en raison d’une cheville blessée, elle soulevait le trophée juniors à Wimbledon en simple, et à Roland-Garros en double.

Depuis, le Grand Chelem parisien est devenu son « tournoi préféré ». Et ce dernier le lui rend bien.  

En 2019, la native de Varsovie faisait partie de l’armée de jeunes pousses qui avait atteint les 8es de finale dans le tableau féminin à Paris. Parmi elles, la Tchèque Marketa Vondrousova – dont elle n’a fait qu’une bouchée cette année au 1er tour – s’était hissée jusqu’en finale.  

Swiatek, qui accumule cette année les victoires en simple mais aussi en double Porte d’Auteuil – elle est en quarts avec Nicole Melichar – arrivera-t-elle à faire de même ?