(Paris) Roland-Garros résiste encore et toujours à l’assistance vidéo à l’arbitrage, mais plus la technologie envahit les courts dans le monde, plus la position du Majeur parisien devient difficile à tenir, surtout quand les joueurs la réclament aussi fort que cette année.

Igor GEDILAGHINE
Agence France-Presse

Les incidents concernant des balles litigieuses ne datent pas d’aujourd’hui, et on se souvient notamment du « You cannot be serious ! (vous n’êtes pas sérieux !) » lancé par John McEnroe à un arbitre à Wimbledon… en 1981. À l’époque, il avait assuré avoir vu un petit nuage de craie, utilisée pour marquer les lignes sur le gazon, s’élever alors que sa balle avait été déclarée faute.

L’arbitrage numérique a été utilisé pour la première fois en Grand Chelem aux Internationaux des États-Unis en 2006 puis a été adopté l’année suivante aux Internationaux d’Australie et à Wimbledon. Pas à Roland-Garros.

Contrairement au dur et au gazon, la terre battue garde une marque quand la balle rebondit. Longtemps, ce fut un avantage pour l’arbitrage. Mais les marques ne sont pas toujours lisibles : chevauchements de traces, souffle qui déplace de la terre plus loin que l’impact réel, balle qui laisse un espace entre la trace et la ligne qu’elle a pourtant bien accrochée…

Alors nombre de joueurs ne comprennent pas le refus de Roland-Garros de recourir à une assistance.

Fini les juges de ligne

« La technologie est si avancée actuellement qu’il n’y a strictement aucune raison de garder des juges de ligne sur le court », a carrément lancé Novak Djokovic à Roland-Garros. Le président du conseil des joueurs de l’ATP s’appuie sur l’exemple des derniers Internationaux des États-Unis où, pour des raisons sanitaires, les juges de ligne n’avaient été maintenus que sur les grands courts, laissant les ordinateurs juger les balles sur les courts annexes.

Le plus étonnant est que les joueurs, prompts à discuter les décisions humaines, acceptent sans broncher de se plier à des machines qui ne sont pas infaillibles non plus.

Car le système le plus répandu, Hawkeye, est une reconstitution numérique de la trajectoire de la balle à partir d’images captées par une dizaine de caméras et ses concepteurs avouent une marge d’erreur de 3-4 mm.

« Je pense qu’il est temps d’avoir le Hawkeye sur terre battue. Je ne sais pas pourquoi on ne l’a pas. Il faudrait utiliser cette technologie, quelle que soit la surface. C’est l’innovation », a déclaré Stefanos Tsitsipas à Paris.

Sauf que le Hawkeye n’est pas homologué sur la terre battue, car c’est une surface meuble.

Un second système, FoxTenn, est lui basé sur de véritables images vidéo filmées par une quarantaine de caméras : « il n’y a pas d’interprétation de trajectoire », selon son concepteur Javier Simon qui affirme que la marge d’erreur de son système est donc « nulle ».

Des arbitres plutôt que des machines

Après une première utilisation au tournoi ATP de Metz en 2017 (surface dure, à l’intérieur), le FoxTenn a été inauguré sur terre battue en février au tournoi ATP 500 de Rio.

« Ça a très bien marché. J’ai joué trois matchs, dont un à Rio avec le Foxtenn et aucun problème. J’espère que l’année prochaine, nous l’utiliserons dans chaque tournoi sur terre », a commenté Dominic Thiem à Paris.

Pourtant, la Fédération française de tennis (FFT), organisatrice du Majeur parisien, assure ne pas vouloir franchir le pas. Officiellement pas pour des raisons financières, alors qu’équiper un court avec le FoxTenn coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros, mais pour des raisons éthiques.

« La FFT n’est pas favorable au remplacement des arbitres par les machines, explique-t-elle.  Les traces laissées par la balle sur terre battue sont censées permettre aux arbitres de valider ou d’invalider d’eux-mêmes les annonces des juges de ligne ».

L’Espagnole Garbiñe Muguruza, lauréate du tournoi en 2016, est d’accord : « Si on n’a plus que des machines sur le court, on va être encore plus seul, il est préférable d’avoir quelqu’un qui dit “in” ou “out” ».

En outre, d’après une étude de la FFT sur l’édition 2019 de Roland-Garros, « sur 800 parties il y a eu une vérification de trace à chaque manche et demie en moyenne, autant dire peu par rapport au nombre d’échanges joués ».