Cinq Canadiens participent aux Internationaux des États-Unis en simple, dont les jeunes Québécois Leylah Annie Fernandez et Félix Auger-Aliassime. Avec Milos Raonic, qui vient d’aller en finale au tournoi Western & Southern, Denis Shapovalov, et Vasek Pospisil, ils entendent bien créer quelques surprises.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

MILOS RAONIC

Pas étonnant que Milos Raonic soit le joueur canadien qui a le mieux négocié la reprise des activités. Finaliste samedi au tournoi Western & Southern, le joueur de 29 ans avait parfaitement préparé son coup.

Et même s’il n’a pu résister au retour de Novak Djokovic, subissant une 11e défaite en 11 matchs contre le numéro 1 mondial, Raonic sait qu’il peut aller très loin dans les Internationaux.

« Je jouais très bien à l’entraînement au cours des dernières semaines et je suis heureux de mes performances jusqu’ici, a-t-il confié en vidéoconférence. Je m’y attendais d’ailleurs un peu, car je savais tout le travail que j’y avais mis. J’ai fait mes devoirs, j’y ai mis les efforts et je suis heureux de voir que toutes les pièces du casse-tête sont vite tombées ensemble !

« Aujourd’hui [samedi], j’ai laissé échapper quelques occasions où j’aurais pu pencher la balance. De tous nos matchs, c’est sans doute celui où j’ai eu les meilleures chances de l’emporter. »

Raonic espère enchaîner sur le même niveau et il pense avoir mis toutes les chances de son côté. Celui qui aime contrôler tous les détails de leur carrière. Ça explique en partie pourquoi il a préféré, comme quelques autres joueurs, louer une résidence tout près du Centre de tennis Billie Jean King. Il s’y est installé avec son équipe, créant sa propre bulle, qu’il estime plus sûre que celle mise en place à l’hôtel où la plupart des joueurs sont hébergés.

Ma principale motivation est très simple : ce sont mes parents.

Milos Raonic

« Je ne sais pas pour les autres joueurs, mais mes parents ont plus de 65 ans, avec des antécédents médicaux qui exigent des précautions supplémentaires. Je n’ai pas vu mon père depuis le début de l’année et je n’ai vu ma mère que deux jours en Australie.

« Pour moi, c’est très important de pouvoir les revoir quand ce sera possible et je suis sans doute un peu extrémiste dans mon approche à cause d’eux. Je respecte toutes les règles à la lettre, j’essaie d’éviter les contacts avec les autres joueurs. Et j’entends bien garder cette approche pour la suite de la saison, à Rome, à Roland-Garros. »

Raonic a souvent bien fait à New York et les nouvelles surfaces plus rapides pourraient l’avantager. Celui qui est 25e favori amorcera le tournoi contre l’Argentin Leonardo Mayer (118e), mais pourrait ensuite affronter son compatriote Vasek Pospisil (92e). En principe, le premier gros test devrait survenir au troisième tour avec l’Espagnol Roberto Bautista Agut (8e favori).

De son côté, Pospisil va tenter de confirmer son excellente fin de saison 2019, avec notamment des exploits en Coupe Davis, et son bon début de campagne en 2020. Le joueur de 30 ans, qui avait subi une intervention chirurgicale au dos au début de l’année dernière, n’est encore que 92e mondial, mais il a déjà été 25e (en 2014) et pourrait surprendre.

FÉLIX AUGER-ALIASSIME

PHOTO FRANK FRANKLIN II, ASSOCIATED PRESS

Félix Auger-Aliassime

Félix Auger-Aliassime venait de disputer deux finales consécutives cet hiver quand la pandémie est venue interrompre la saison sur le circuit masculin. Après quelques semaines à Montréal, il est retourné à Monte-Carlo pour reprendre l’entraînement. Rassuré sur sa forme physique et son niveau de jeu avec une participation à l’Ultimate Tennis Showdown, au début du mois d’août, le Québécois a repris la compétition la semaine dernière au tournoi Western & Southern.

Vainqueur au premier tour, il est tombé au second devant l’Américain Tennys Sandgren, 7-6 (4), 2-6, 6-7 (5), après avoir servi pour le match en troisième manche. « Un mauvais jour », a-t-il résumé en point de presse pour expliquer ses nombreuses fautes directes et ses 15 doubles fautes.

Des raisons de s’inquiéter ?

Mon service n’a pas bien été lors du dernier match, d’autres aspects de mon jeu aussi, mais je ne crois pas que ce soit significatif.

Félix Auger-Aliassime

« Au début de la saison, je servais très bien en général, sur mes premières et deuxièmes balles, et je considère que ce dernier match n’est qu’un accident de parcours. Il ventait, il faisait très chaud…

« Cette défaite n’a pas vraiment semé un doute dans mon esprit, a assuré le joueur de 20 ans. Au contraire, je pense que mes services sont bons et je n’anticipe pas de problèmes à ce niveau. J’ai quand même eu une excellente période d’entraînement, j’ai bien travaillé et mon jeu est à un bon niveau. »

Encore à la recherche d’une première grande performance en Grand Chelem, Auger-Aliassime en sera à sa troisième participation aux Internationaux des États-Unis. En 2018 et 2019, il s’était incliné au premier tour devant son compatriote et ami, Denis Shapovalov.

Cette fois, il amorcera le tournoi contre le Brésilien Thiago Monteiro (82e), mais pourrait ensuite affronter… Andy Murray. Le Britannique, qui revient au jeu après une longue convalescence, a montré la semaine dernière qu’il avait déjà retrouvé un excellent niveau et son jeu très complet risque d’embêter sérieusement Auger-Aliassime.

LEYLAH ANNIE FERNANDEZ

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Leylah Annie Fernandez

Comme Auger-Aliassime, Leylah Annie Fernandez était sur une belle lancée quand la saison a été interrompue. Finaliste à Acapulco, la joueuse de 17 ans a battu l’Américaine Sloane Stephens la semaine suivante à Monterrey, ne s’inclinant que devant la septième mondiale, Elina Svitolina, en quart de finale.

De retour au jeu, il y a trois semaines, au Kentucky, elle y a encore battu Stephens. Et la semaine dernière, après s’être brillamment qualifiée pour le tableau principal du tournoi Western & Southern, elle a bien failli surprendre la 39e mondiale, Ons Jabeur (6-0, 4-6, 3-6).

J’ai vraiment bien joué en première manche et j’ai l’impression d’avoir laissé cette victoire me glisser entre les doigts Mais je suis contente de mon jeu depuis que nous avons repris la compétition.

Leylah Annie Fernandez

Maintenant 111e mondiale, Fernandez est la plus jeune joueuse du top 200, après l’Américaine Cori Gauff (16 ans). Pas évident à cet âge de se retrouver dans la « bulle » mise en place par la USTA à New York, alors qu’elle participe aux Internationaux des États-Unis pour la première fois de sa carrière.

« C’est très différent, a d’ailleurs reconnu la Canadienne. Les organisateurs font toutefois du bon travail pour nous offrir différentes activités, tout en respectant les règles de distanciation. Entre l’hôtel et le stade, nous n’avons jamais à quitter la bulle et nous avons vraiment tout à notre disposition. »

Fernandez avoue qu’elle passe beaucoup de ses temps libres sur son téléphone et rappelle que sa priorité est bien le tennis : « À mon âge, c’est quand même très excitant de jouer dans le US Open. Je suis heureuse d’être directement dans le tableau principal. Il n’y a pas de spectateurs et on ne pourra profiter de leur énergie, mais de toute façon, je suis habituellement très concentrée sur mon jeu et ça ne me dérange pas vraiment. »

Éliminée au premier tour des Internationaux d’Australie au début de l’année, sa première participation à un tournoi du Grand Chelem, Fernandez veut faire beaucoup mieux cette fois.

« Avec mon équipe, nous nous fixons des objectifs élevés. Je ne veux pas me contenter d’être ici, de participer au tournoi. J’espère pouvoir gagner quelques matchs, peut-être trois ou quatre. J’ai beaucoup progressé depuis un an et je veux profiter de cette opportunité. »

Fernandez a toutefois hérité d’un tableau difficile, avec un premier tour contre la revenante Vera Zvonareva. Si elle gagne, elle pourrait affronter ensuite la deuxième favorite, Sofia Kenin.

DENIS SHAPOVALOV

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Denis Shapovalov

Des quatre tournois du Grand Chelem, c’est aux Internationaux des États-Unis que Denis Shapovalov a signé ses meilleures performances. Qualifié pour le quatrième tour à ses débuts en 2017, il a toujours atteint le troisième tour depuis.

Très populaire auprès du bruyant public new-yorkais, le joueur de 21 ans devra toutefois se passer du soutien de ses partisans cette année. « J’aime les spectateurs et j’aime leurs cris quand je réussis des coups spectaculaires, c’est vrai, mais on finit par s’habituer à leur absence, a-t-il avoué en point de presse.

« Dans le feu de l’action, quand on est vraiment concentré sur son match, on n’y porte plus attention. »

Ça me rappelle un peu l’époque où je jouais dans des tournois Challengers quand les membres de mon équipe étaient les seuls spectateurs. Et le plus important, c’est ce qui se passe sur le court.

Denis Shapovalov

Auteur d’une fin de saison remarquable en 2019, avec un titre à Stockholm, une finale en Masters 1000 à Paris et des exploits en Coupe Davis, Shapovalov n’avait pas encore trouvé son rythme cette année quand la pandémie a forcé l’annulation du tournoi d’Indian Wells.

« J’ai été chanceux, puisque j’ai pu rester une dizaine de jours à Indian Wells, avec mon entraîneur Mikhail Youzhny. Nous avons ensuite pu aller en Floride poursuivre l’entraînement, et cela m’a été très profitable. J’ai passé un peu plus d’un mois aux Bahamas, mais à la fin, cela commençait à devenir plus compliqué avec une augmentation du nombre de cas [de COVID-19] et je suis revenu aux États-Unis pour préparer la reprise des compétitions. »

Shapovalov a aussi profité de la pause forcée pour travailler à une autre de ses passions : la musique. Il a en effet présenté il y a quelques jours des extraits vidéo de Night Train, une pièce de rap où il se dévoile un peu, tout en s’amusant à narguer ceux qui le dénigrent dans les médias sociaux.

En principe, Shapovalov a hérité du tableau le plus favorable parmi les joueurs canadiens, avec un premier test au troisième tour (Taylor Fritz ?), et un quatrième tour à sa portée contre David Goffin ou Filip Krajinovic.