C’est jeudi qu’ont débuté les qualifications de l’Omnium Western & Southern au Centre national de tennis Billie Jean King, à New York. Même s’il s’agit d’un vrai tournoi – il est habituellement présenté à Cincinnati –, c’est difficile de ne pas y voir une grande répétition en préparation pour les Internationaux des États-Unis, qui seront disputés sur le même site à compter du 31 août.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Malgré le forfait d’un grand nombre d’athlètes, particulièrement du côté féminin, près de 400 joueurs sont inscrits et la majorité d’entre eux sont déjà entrés dans la bulle créée par la USTA pour isoler les participants, leurs équipes et l’ensemble du personnel impliqué dans l’organisation et la diffusion des deux tournois.

Michael Dowse, directeur général de la USTA, est revenu cette semaine en conférence téléphonique sur les raisons qui avaient motivé l’organisme à aller de l’avant en dépit de la pandémie : « Depuis le début de nos démarches, nous avons toujours eu trois questions à l’esprit : un, pouvons-nous organiser le tournoi en assurant la santé et la sécurité de tous, des joueurs, du personnel et de l’ensemble de la communauté new-yorkaise ? Deux, est-ce dans l’intérêt supérieur du tennis et de la promotion de notre sport ? Trois, est-ce économiquement viable, pour les joueurs, pour la USTA et pour le tennis ? Nos réponses ont toujours été : oui. »

Plus de cinq mois après l’annulation du tournoi d’Indian Wells, ce sont donc vraiment les compétitions majeures qui reprennent sur les circuits féminin et masculin. Pour l’instant, tout se passe relativement bien avec un seul test positif (sur plus de 1400 tests).

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Denis Shapovalov

Tout va bien pour le moment. J’ai beaucoup réfléchi à ce retour au jeu et je ne savais même pas jusqu’à tout récemment si j’allais pouvoir participer aux Internationaux des États-Unis, mais en ce moment, la formule fonctionne très bien. Ils font un boulot remarquable pour s’assurer que tout est propre et nous tester chaque fois que nous rentrons à l’hôtel.

Denis Shapovalov, en entrevue avec La Presse canadienne mercredi

« Les gens de la USTA ont indiqué qu’ils seraient très stricts », a souligné la Canadienne Gabriela Dabrowski, qui est à New York depuis plusieurs jours déjà. « Il n’y aura aucune tolérance envers ceux qui quitteront la bulle ou qui agiront de façon à mettre les autres en danger. »

« Est-ce que je crois que ce sera 100 % sûr ? Probablement pas. Je comprends que certaines joueuses du circuit ont préféré ne pas venir à New York, surtout si elles viennent d’un autre continent. Pour ma part, j’ai eu la possibilité de demeurer aux États-Unis pour m’entraîner et j’ai conduit mon véhicule pour me rendre à New York.

« La USTA et la WTA ont travaillé très fort afin de nous permettre de jouer et d’avoir l’occasion de toucher des bourses équivalentes à ce que nous gagnons habituellement en Grand Chelem. Après de nombreux mois sans compétition, c’est bien de pouvoir exercer notre boulot à nouveau. »

Des inquiétudes, quand même

Le vétéran canadien Milos Raonic était impatient de revenir à la compétition, mais il n’est pas sans appréhension à l’idée d’effectuer son retour. « J’ai l’impression que la USTA a vraiment bien travaillé pour créer un environnement sûr », a-t-il souligné en entrevue il y a quelques jours.

« Depuis le début de la pandémie, avec mon équipe, nous nous sommes assurés de ne jamais nous placer en situation à risque. Là, ce sera différent : nous n’aurons plus le contrôle sur tout ce qui nous entoure. Je suis très rigoureux et les membres de mon équipe le sont aussi, mais là, il va falloir faire confiance à tous ceux qui vivront avec nous dans la bulle et ça représente plusieurs centaines de personnes… »

Chris Evert et Martina Navratilova, deux des grandes championnes de l’histoire du tennis féminin, ont évolué dans toutes sortes de conditions au début de leur carrière, dans les années 70, quand le circuit féminin n’était pas aussi bien organisé. Elles n’ont toutefois jamais eu à composer avec une pandémie.

Evert, qui fera partie de l’équipe du réseau ESPN pendant les Internationaux des États-Unis, ne cachait d’ailleurs pas ses inquiétudes, il y a quelques jours en entrevue : « Nous allons être sur place, au cœur de cette bulle créée par la USTA, et cela implique une part de risque », a-t-elle rappelé.

« Notre loge de description est située directement sur le court central, à proximité des vestiaires et des salons des joueurs, tout près aussi des locaux du personnel du tournoi et des officiels. Et nos plateaux sont toujours très occupés. Même s’il n’y aura pas de spectateurs, ce sont quand même plusieurs centaines de personnes que nous allons côtoyer chaque jour. J’ai vraiment hâte de voir si tout le monde va respecter les règles avec la même rigueur… »

Navratilova sera également à New York et elle s’interroge sur la possibilité d’y respecter les règles de distanciation physique. « Sur le court, pendant les matchs, il n’y a aucun problème, a-t-elle rappelé. Un court de tennis est l’un des endroits les plus sûrs en ce moment. »

Mais dès qu’on en sort, c’est difficile de ne pas approcher les autres. Il faut prendre sa douche, recevoir des traitements, donner une conférence de presse, puis rentrer à l’hôtel. Et à travers tout ça, il faut se nourrir. Ça implique donc qu’on est exposé et donc un peu à la merci des autres et c’est ça qui est inquiétant. Il faut que tout le monde soit aussi rigoureux.

Martina Navratilova

Un impact sur la compétition ?

Difficile de savoir quel impact la situation actuelle aura sur le plan sportif. Même si tous les athlètes évolueront dans des conditions identiques, certains facteurs risquent d’influencer davantage certains joueurs, l’absence de spectateurs en particulier.

« Ça va être intéressant de voir comment ça va se dérouler, sans les partisans, surtout ici, a reconnu Shapovalov, qui est très populaire à New York où il s’est souvent nourri de l’énergie de la foule. J’ai eu tellement d’amour et de soutien dans cette ville ces dernières années. »

« Le feeling sera très différent cette année, c’est certain, a ajouté Martina Navratilova. Le jeu ne sera pas très différent, mais l’ambiance le sera et ce sera intéressant de voir comment les joueurs vont réagir. Chaque année, les joueurs reprennent la compétition en Australie après une pause de deux mois et on voit qu’ils sont toujours un peu rouillés. Là, ils sont arrêtés depuis plus de cinq mois !

« Je ne sais pas comment chacun va composer avec cette situation, mais moi, j’y aurais vu une belle occasion pour essayer des choses afin de corriger mes points faibles, afin d’améliorer mon jeu, ma condition physique. Ce sera donc intéressant de voir si certains en auront profité.

« Cela dit, les conditions n’ont pas été les mêmes pour tous les athlètes, en fonction des pays où ils vivent, des possibilités d’entraînement qu’ils ont eues, de la présence ou non de leur entraîneur… Même s’ils sont tous dans la même situation, ils ne sont pas nécessairement dans le même bateau. En ce moment, chacun a propre bateau ! »

Et certains bateaux sont plus gros que d’autres. Si la majorité des athlètes sont logés dans un hôtel de la chaîne Marriott – que les athlètes de la LNH surnommaient à une certaine époque « l’Alcatraz d’Uniondale » –, certains plus fortunés ont préféré louer des maisons à proximité du site de compétition.

Stacey Alaster, directrice des deux tournois, a assuré qu’ils seraient soumis aux mêmes règles et conditions. « Essentiellement, ils devront créer leur propre bulle à l’intérieur de leur résidence. Les joueurs et leurs équipes subiront les mêmes tests et ils devront nous aviser de leurs déplacements entre leur résidence et le stade. »