Pour conclure notre dossier, parlons un peu des chasseurs de balles, ces jeunes qui partagent le court avec les champions et pour qui la Coupe Rogers est aussi un peu une compétition.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Ils sont une centaine chaque année avec environ 60 % d’anciens et 40 % de nouveaux. Un camp de recrutement est organisé chaque année et pas moins de 150 candidats viennent d’un peu partout, même des autres provinces canadiennes ou des États-Unis.

Quand le tournoi commence, les chasseurs sont divisés en huit équipes qui se partagent tous les matchs. Les premiers jours de compétition sont chargés, avec souvent quatre matchs par jour. À partir du jeudi, on réduit les effectifs, et seulement 24 jeunes ont la chance d’être du dernier week-end.

« C’est très difficile pour une recrue d’être retenue pour les derniers jours du tournoi, explique Nicolas Beaudet, ancien chasseur de balles qui est aujourd’hui l’un de leurs coordonnateurs. Les joueurs sont souvent exigeants et la pression est forte, surtout pour les plus jeunes. »

Quand on aime le tennis, c’est une expérience formidable de pouvoir côtoyer les joueurs de si près. Il y a une super ambiance de groupe entre nous et c’est une semaine mémorable. L’atmosphère est incroyable sur le court central en soirée quand il est bondé.

Arnaud Delestre-Ducharme, chasseur de balles de 2015 à 2019

Habituellement passionnés de tennis, les chasseurs de balles connaissent souvent les habitudes des joueurs et ils se préparent avant les matchs. « Certains veulent que ce soit toujours le même chasseur, à gauche ou à droite, qui leur envoie les balles pour servir, explique Arnaud. D’autres ne veulent qu’une balle et il faut rester aux aguets s’ils ratent leur premier service. »

Le rythme des matchs est rapide et les chasseurs de balles n’ont souvent que quelques secondes pour prendre position. « Les joueurs nous demandent parfois d’accélérer, mais c’est quand même rare que nous ayons des problèmes avec eux. On m’a dit que Nick Kyrgios s’amusait à faire courir les chasseurs de balles, ou qu’Angélique Kerber frappait parfois des balles sur le mur du fond, près de nous, quand elle est en colère. »

De grands joueurs du passé étaient réputés pour leurs caprices. Nicolas Beaudet rappelle : « Andre Agassi attendait que tous les chasseurs aient repris leur position initiale avant de servir. Et ça lui arrivait de replacer les jeunes sur le terrain ! D’autres ont des demandes particulières avec leur serviette. Richard Gasquet demande qu’on place la sienne en forme de boule avant de la lui remettre, Rafael Nadal en a deux. »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Le gagnant Rafael Nadal avec les chasseurs de balles après le match de finale de la coupe Rogers l’an dernier.

Arnaud Delestre-Ducharme n’avait jamais été plus loin que le vendredi… jusqu’à l’été dernier. Pour sa dernière année comme chasseur de balles, il a été sélectionné pour les finales. Lui et son groupe ont donc pu poser avec Rafael Nadal, sur le court central, après la victoire de l’Espagnol.

« J’ai atteint la limite d’âge [18 ans] et j’espérais vraiment être choisi, explique le futur étudiant en médecine. Ça montre qu’on peut atteindre ses objectifs quand on travaille fort et qu’on est persévérant. »