« En tant qu’ex-compétiteur, j’étais encore tout feu tout flamme et je voyais bien quelle était la tendance internationale. On se disait : "si on fait du surplace, on va reculer" », raconte Richard Legendre, qui était l’adjoint de John Beddington à son arrivée chez Tennis Canada, avant de devenir plus tard le directeur de l’événement. « Devenir un tournoi de deuxième catégorie, on avait peur de ça. C’est pourquoi on se disait qu’il fallait réussir à construire le stade. »

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L’objectif principal était donc la sauvegarde du tournoi pour garder les profits réinjectés dans le développement de jeunes joueurs. Rénover seulement le stade aurait coûté 18 millions de dollars, mais le ministre des Finances du Québec de l’époque, le regretté André Bourbeau, estimait qu’il aurait été une erreur d’abandonner le projet de huit terrains intérieurs.

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Richard Legendre, le 16 juin 1999, au stade des Internationaux de tennis du Canada à Montréal .

« M. Bourbeau a eu l’instinct politique de me dire qu’on est bien mieux de chercher à trouver 24 millions pour 12 mois par année pour l’ensemble de la population que 18 pour deux semaines par année pour les meilleurs au monde. Et il avait bien raison, se rappelle Richard Legendre. C’était un projet global. C’était le Centre de tennis du parc Jarry. »

Six ans ont passé entre le début du projet et l’inauguration du nouveau stade. Si Tennis Canada savait qu’il était important de réussir, la fédération n’imaginait pas nécessairement un tel succès 25 ans plus tard.

Cette rénovation a permis de maintenir Montréal parmi les grandes villes du tennis du monde, mais elle a aussi contribué davantage au développement de joueurs d’élite du Québec et du reste du Canada. Les nouvelles infrastructures ont rapporté des revenus importants et ont permis plus tard à Tennis Canada d’y installer son Centre national d’entraînement en 2007.

Investir dans le haut de la pyramide

Depuis sa création au XIXe siècle, Tennis Canada a toujours tenté de populariser ce sport. Pour trouver de nouvelles idées, la fédération s’est inspirée de ce qui se faisait dans d’autres pays nordiques, comme en Russie ou en France, par exemple. C’est de là qu’est venue cette idée d’investir davantage dans le « haut de la pyramide », dans l’élite.

Le but était de développer des champions locaux pour attiser l’intérêt des médias et du public. Et les résultats sont venus rapidement.

« Est-ce par talent, par compétence ou par chance que ç’a fonctionné tout de suite en partant ? Peut-être un peu de tout ça », explique Eugène Lapierre, directeur de la Coupe Rogers.

Milos Raonic y était dès la première année et ceux que l’on voit aujourd’hui parmi les têtes d’affiche du tennis canadien ont tous frappé des balles au Centre national.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE.

Milos Raonic, alors âgé de 18 ans, au stade du Parc Jarry, le 12 août 2009.

« On s’est dit : nos athlètes, on va en prendre soin et on va les développer. Dès 11 ou 12 ans, on commence à les remarquer. Ils peuvent venir ensuite à partir de 14 ans jusqu’à environ 18 ans, jusqu’à ce qu’ils soient prêts à faire le saut chez les professionnels », explique le vice-président de Tennis Canada.

« Le centre national est venu donner au Canada et au Québec les outils pour développer des joueurs de plus haute performance. Ces joueurs peuvent aspirer à être dans le top-10 mondial et même à gagner des tournois et peut-être un jour gagner un grand chelem », dit Réjean Genois, président de Tennis Québec, qui rappelle que des joueurs talentueux choisissaient de s’entraîner à l’extérieur du pays par le passé.