Après la fermeture du Centre national d’entraînement du stade IGA, Tennis Canada s’est mis en mode « travail à distance ». Ces jours-ci, Sylvain Bruneau s’occupe de ses filles au chalet familial, sa conjointe étant temporairement retenue à Montréal pour son travail.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Dans un sport où, comme il le dit, « tout le monde se plaint tout le temps que la saison est trop longue, trop chargée, c’est un peu étrange de constater que ce ne sera pas le cas en 2020. Nous aurions évidemment préféré que ça se passe dans un contexte différent, mais cette période de ralenti fait quand même un peu de bien ».

L’entraîneur de Bianca Andreescu apprécie tous les moments passés en famille, sans jamais complètement oublier son boulot.

« Depuis l’automne dernier, avec Bianca, nous étions presque toujours en déplacement. Et au début de l’année, même si elle ne jouait pas, elle a dû se rendre à Barcelone pour consulter des médecins. »

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Sylvain Bruneau

La championne des Internationaux des États-Unis profite donc d’une période prolongée de convalescence, mais cela commence visiblement à lui peser. « Elle était sur le point de revenir au jeu, rappelle son entraîneur. Le repos supplémentaire ne peut qu’être positif, mais il y a maintenant tellement longtemps qu’elle n’a pas joué qu’elle trouve ça difficile chaque fois qu’on annonce de nouvelles annulations.

« J’essaie bien sûr de lui rappeler le bon côté des choses, de lui dire qu’elle devait revenir au jeu quand elle se sentirait vraiment à 100 %, et on sait maintenant que ce sera le cas, quelle que soit la date de la reprise des activités. »

Aussi responsable de l’élite féminine canadienne, Bruneau communique régulièrement avec toutes ses joueuses. « Les conditions sont différentes selon les régions du pays ou du monde, explique-t-il. En Floride, c’est encore possible de frapper des balles, de s’entraîner à l’extérieur. Au Canada, avec les directives, c’est complètement impossible, comme en Europe, où les restrictions sont très sévères. »

Pour l’instant, tout le monde profite de la pause ; on verra à mesure que le temps va passer comment on va pouvoir s’ajuster.

Sylvain Bruneau

« On ne sait vraiment pas comment tout cela va finir. J’imagine qu’on va avoir un peu de temps avant la reprise des activités pour permettre aux athlètes de bien se préparer. Je regarde Bianca, elle a les instruments à la maison pour se maintenir en forme : un vélo stationnaire, un elliptique, d’autres accessoires. Virginie [Tremblay] et Clément [Golliet] lui ont préparé un programme et elle peut faire sa préparation physique, comme tous les autres athlètes.

« Ensuite, quand ce sera le temps de retrouver ses sensations sur un court de tennis, ça ne devrait pas être très compliqué avec des joueuses de ce niveau. Le plus important, c’est vraiment de rester en santé, de garder sa forme, et je ne suis pas inquiet pour Bianca ou les autres Canadiennes. »

Améliorer les outils

« Tout le monde est chez lui, en sécurité, et c’est évidemment notre priorité absolue en ce moment », insiste de son côté le responsable du centre national, Louis Borfiga.

« Pour les joueurs, qui sont habitués à toujours se dépenser énormément, c’est un peu plus difficile, mais tout le monde comprend que la santé est ce qu’il y a de plus important, celle des autres aussi. Ils comprennent qu’il y a des limites à ne pas dépasser, que c’est un moment à traverser et que ça va finir par reprendre. »

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Louis Borfiga

En attendant que les choses évoluent, Borfiga et son équipe essaient de préparer l’avenir.

La condition physique des athlètes reste évidemment une préoccupation. « Nicolas Perrotte et nos autres préparateurs physiques travaillent là-dessus », explique le vice-président de Tennis Canada.

« Tous les joueurs ont déjà des programmes d’entretien physique, qu’ils peuvent effectuer à la maison. Ces programmes seront adaptés au gré des semaines en fonction de l’évolution de la situation et des consignes des autorités.

« J’ai aussi demandé à tous mes entraîneurs de travailler sur de nouvelles idées, d’en profiter pour faire des appels téléphoniques afin de développer de nouveaux projets dans tous les secteurs du tennis, que ce soit les domaines physiques, techniques…

« Habituellement, on est tout le temps dans l’action. Là, on a l’occasion de réfléchir, de se remettre en cause aussi, souligne Borfiga. On va regarder beaucoup de matchs, analyser l’évolution du jeu, les développements tactiques. On va aussi pouvoir organiser des conférences téléphoniques pour échanger nos idées, faire un peu de formation.

« Nous avons aussi développé un nouveau secteur très pointu où nous analysons toutes les statistiques des matchs de nos joueurs et de leurs adversaires. C’est un domaine de plus en plus important, mais il exige beaucoup de temps. Debbie Kirkwood [directrice du développement haute performance] travaille là-dessus et nous lui fournissons des tonnes de données. »

L’importance de la concertation

Il est évidemment trop tôt pour évoquer une reprise des tournois, mais il est clair que la saison sera écourtée, sinon carrément annulée. Refaire un calendrier sera de toute évidence complexe et l’annonce par les organisateurs de Roland-Garros du report unilatéral du tournoi à la mi-septembre, tout de suite après les Internationaux des États-Unis, a suscité de vives réactions.

Je pense que les joueurs vont préférer disputer un tournoi du Grand Chelem, s’il y a peu de tournois en fin de compte. À mon avis, c’est aussi dans l’intérêt du tennis, ces grands tournois étant les plus suivis, les plus lucratifs aussi.

Louis Borfiga

De son côté, Bruneau rappelle : « Roland-Garros est un tournoi majeur, et je comprends que ce soit important d’essayer de disputer les tournois du Grand Chelem en priorité si la saison est condensée à la fin de l’année. Cela dit, c’est important qu’un éventuel nouveau calendrier soit établi en coordination entre tous les acteurs impliqués, les tournois du Grand Chelem, les circuits masculin et féminin, l’ITF, les joueurs.

« Ce sera complexe de s’entendre, car il n’y aura pas de place pour tout le monde. Ce sera difficile, si Roland-Garros, Wimbledon ou d’autres tournois commencent à prendre unilatéralement des dates sans consulter les autres instances.

« Au moment où on parle tellement d’entraide dans la population pour passer à travers de cette crise, ce serait dommage de voir les dirigeants sportifs incapables de s’entendre en équipe pour une reprise harmonieuse des activités. »