Un peu comme Bianca Andreescu l’année dernière, la jeune Leylah Annie Fernandez connaît un début de saison exceptionnel. Et comme sa compatriote, la Canadienne se démarque par une force de caractère peu commune.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

Finaliste à Acapulco la semaine dernière, elle jouera vendredi en quarts de finale du tournoi de Monterey, au Mexique. Depuis le début de l’année, la joueuse de 17 ans a progressé de près de 100 places au classement féminin et se retrouve aux portes du top 100.

Qualifiée aux Internationaux d’Australie, brillante en Fed Cup avec notamment une victoire contre la cinquième mondiale Belinda Bencic, Fernandez a signé un nouvel exploit mercredi en défaisant l’Américaine Sloane Stephens, ancienne troisième mondiale et championne des Internationaux des États-Unis en 2017.

J’ai vraiment joué un bon match. J’étais nerveuse au début, car c’est une grande joueuse et elle a déjà gagné en Grand Chelem. Je savais que ce serait difficile et j’ai tenté de mettre en pratique ce que j’avais travaillé à l’entraînement, comme oublier le passé, me concentrer sur le présent, et cela m’a beaucoup aidée. J’ai fait beaucoup de préparation mentale depuis que je suis très jeune et cela porte fruit aujourd’hui.

Leylah Annie Fernandez

Après avoir laissé échapper la première manche au bris d’égalité, après avoir gâché une balle de manche dans le 12e jeu, Fernandez a dominé Stephens grâce à un jeu très varié et une défensive impeccable. 

« J’ai eu mes chances en première manche, mais j’ai raté quelques opportunités, a-t-elle expliqué. En deuxième et troisième manches, j’ai simplement essayé de contrôler mes nerfs et de trouver la façon de gagner. »

Championne junior à Roland-Garros, championne du Challenger de Gatineau, la Québécoise a terminé l’année 2019 au 209e rang mondial. Elle est déjà assurée de grimper au 117e rang cette semaine et pourrait même percer le top 100 avec deux autres victoires.

Un bon début d’année

Depuis le début de l’année, Leylah Annie Fernandez a remporté 12 de ses 16 matchs. Elle a bien failli remporter son premier titre sur le circuit WTA la semaine dernière, ne s’inclinant qu’en trois manches dans un marathon de plus de trois heures devant la Britannique Heather Watson (69e).

Certains noteront qu’à l’exception de Bencic et de Stephens, Fernandez n’a battu aucune joueuse très bien cotée, mais on doit constater que toutes ses adversaires (sauf une) étaient mieux classées qu’elle ! Et il faut aussi reconnaître qu’elle a saisi toutes les occasions qui se sont présentées à elle.

Elle en aura une de plus vendredi, contre la gagnante du match disputé tard jeudi entre la septième mondiale Elina Svitolina et Olga Govortsova. 

« Un autre match difficile, car ce sont deux bonnes joueuses, a-t-elle estimé en point de presse. Svitolina, elle a gagné plusieurs tournois, je l’ai vue jouer à la télé !

« Je vais m’entraîner normalement [jeudi], tenter de corriger quelques points, préparer un plan de match avec mon équipe. Je vais espérer le meilleur, tout en étant prête pour le pire. »

> Consultez la fiche de Leylah Annie Fernandez (en anglais)

Une affaire de famille

Fernandez travaille actuellement avec l’entraîneur français Romain Deridder, en Floride, où la Canadienne vit maintenant avec sa famille. Son père Jorge, qui a longtemps été son entraîneur, consacre maintenant plus de temps à la sœur de Leylah Annie, Bianca Jolie. Cette dernière, qui est âgée de 16 ans, progresse elle aussi à un bon rythme, même si ses résultats sont pour l’instant moins spectaculaires.

Respectivement originaires de l’Équateur et des Philippines, les parents des jeunes femmes ont beaucoup sacrifié à leur développement comme joueuses de tennis, et la famille a longtemps été séparée, Leylah Annie et son père à Laval, sa mère Irene et ses sœurs en Floride.

Samedi dernier, Jorge Fernandez était dans les gradins à Acapulco pour suivre la finale. Après le match, Leylah Annie n’a pas manqué de souligner : « Je remercie ma famille, ma mère, mes sœurs, qui m’ont soutenue tout au long de ma carrière »… avant de s’arrêter, la voix éteinte par l’émotion.

Pas étonnant qu’elle soit si déterminée.

Au début de la saison, elle avait assuré : « Si je reste en santé – mentalement, émotionnellement et physiquement – tout au long de l’année, ce sera très bien. J’aimerais terminer l’année dans le top 100. Être constante dans chaque tournoi, gagner quelques matchs, atteindre des quarts de finale, des demi-finales, m’aiderait à atteindre cet objectif. »

On est au début du mois de mars et elle y est presque déjà. Et on n’a pas fini de la voir progresser.