Après avoir connu une année 2019 remarquable, les grands protagonistes du tennis canadien entameront, dans les prochains jours, une nouvelle saison marquée par de fortes ambitions. « Il faut que le Canada s’installe définitivement sur la scène internationale », lance le responsable du développement de l’élite, Louis Borfiga. Tour d’horizon.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Les Canadiens peuvent-ils faire encore mieux ?

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Louis Borfiga (à gauche), responsable du développement de l’élite chez Tennis Canada, est le grand architecte de l’ascension du pays sur la scène internationale au cours de la dernière année.

Il y a quelques semaines, lors du bilan de la saison 2019 de Tennis Canada, Louis Borfiga est revenu sur les exploits de Bianca Andreescu, Denis Shapovalov ou Félix Auger-Aliassime, mais il a vite tourné son attention vers l’avenir.

« On a gagné un Grand Chelem, on a atteint la finale de la Coupe Davis, mais au-delà de tous ces résultats, ce qui est satisfaisant, c’est de savoir qu’il y a une relève derrière qui est assez intéressante, a rappelé le responsable du développement de l’élite au pays. Ça prouve que le travail est fait en profondeur.

« Les résultats sont là, mais il faut toujours penser au futur pour que le Canada s’installe définitivement sur la scène internationale. »

Quand il est arrivé à Montréal en 2006, Borfiga avait déjà un beau parcours derrière lui. Il avait notamment contribué au développement et à la percée de toute une génération de champions français au début des années 2000. Il amenait avec lui une mentalité de « gagnant ».

Dans cette perspective, Borfiga est fier de voir comment les ambitions des joueurs développés au pays sont devenues de plus en plus élevées avec les années. « Milos [Raonic] et Eugenie [Bouchard] ont eu un rôle très important dans les succès de cette année », a-t-il expliqué. Leurs exploits, il y a cinq ou six ans, ont montré aux jeunes que c’était possible de viser très haut, et c’est beaucoup grâce à eux si Bianca, Denis, Félix et tous les autres jouent aujourd’hui avec une telle confiance. »

Borfiga ne doute d’ailleurs pas que les succès de 2019 vont avoir un formidable effet d’entraînement. « Gagner un tournoi du Grand Chelem, c’est l’objectif de toutes les fédérations, a-t-il souligné. Quand j’étais en France, j’ai vu comment un premier grand titre pouvait entraîner tous les joueurs vers les sommets. »

La victoire de Bianca [Andreescu] à New York va avoir le même effet ici et je pense que nous avons maintenant d’autres joueurs qui peuvent eux aussi s’imposer en Grand Chelem.

Louis Borfiga, responsable du développement de l’élite chez Tennis Canada

Quand il est arrivé, Borfiga rêvait de voir plusieurs joueurs canadiens dans le top 100 mondial féminin et masculin, tous animés par le même désir de vaincre. Au-delà des aléas du classement, l’objectif est atteint : chaque fois qu’un Canadien, qu’une Canadienne arrive sur le court dans un tournoi d’envergure, c’est pour gagner.

Félix et Denis en équipe !

À peine sorti d’une saison de rêve, on entre déjà dans la prochaine et on aura vite droit à une belle compétition. Dès vendredi (jeudi soir au Québec), Denis Shapovalov et Félix Auger-Aliassime seront à la tête de l’équipe canadienne à la Coupe de l’ATP, un tournoi qui n’est pas sans rappeler la nouvelle formule de la Coupe Davis et qui est aussi très richement doté avec des bourses totalisant plus de 20 millions.

Disputée dans trois villes d’Australie – Brisbane, Perth et Sydney –, cette Coupe réunit 24 équipes. Le Canada est dans le Groupe F, avec l’Australie, l’Allemagne et la Grèce, et jouera ses rencontres du tournoi à la ronde à Brisbane. Chaque rencontre consiste en deux matchs de simple et un match de double. Les premières équipes des six groupes et les deux meilleures deuxièmes seront qualifiées pour les quarts de finale.

Au contraire de la Coupe Davis, les joueurs pourront récolter des points de classement, ce qui explique, avec les bourses, la présence de la plupart des meilleurs. Les Canadiens devront ainsi affronter des joueurs comme Stefanos Tsitsipas, Alexander Zverev, Alex de Minaur ou Nick Kyrgios au tour préliminaire. En plus de Shapovalov et Auger-Aliassime, Steven Diez, Peter Polansky et Adil Shamasdin seront de la formation canadienne.

De leur côté, Milos Raonic et Vasek Pospisil vont amorcer leur saison à Doha. Le second jouera ensuite à Auckland et même s’il n’est actuellement que 149e mondial, il entrera directement dans le tableau principal aux Internationaux d’Australie en vertu d’un classement protégé.

« Milos est très motivé, a assuré Louis Borfiga. Il avait retrouvé un très bon niveau en fin de saison 2019 et a quand même terminé l’année au 31e rang, malgré toutes ses blessures.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Milos Raonic lors de son match de deuxième tour à la Coupe Rogers, en août, contre son compatriote Félix Auger-Aliassime

Je suis convaincu qu’il peut revenir à son meilleur niveau et réussir de belles choses cette saison.

Louis Borfiga, à propos de Milos Raonic

« Vasek a montré à la Coupe Davis qu’il avait retrouvé tous ses moyens. Il s’est toujours transcendé quand il représentait son pays et l’a encore fait à Madrid. Je pense qu’il va connaître une très bonne saison.

« Il y a aussi un bon groupe avec Brayden Schnur, Steven Diez, des jeunes dans les universités américaines, qui ont le potentiel pour rejoindre les meilleurs bientôt, estime Borfiga. Derrière, la relève est sans doute un peu plus dense chez les filles que chez les garçons, mais chez les moins de 12 ans, nous avons un groupe de six joueurs comme je n’en ai jamais vu auparavant. »

Le temps que cette relève arrive chez les professionnels, Félix Auger-Aliassime et Denis Shapovalov viendront tout juste d’atteindre leur maturité. Et si les prédictions de Borfiga se réalisent, ceux qu’il aime appeler ses « gamins » seront sans doute tous deux dans le top 10 !

PHOTO DAN HAMILTON, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Bianca Andreescu

Un programme allégé pour Andreescu avant Melbourne

L’entraîneur Sylvain Bruneau disait, il y a quelques semaines, que l’objectif principal de Bianca Andreescu cette saison serait de rester en santé. Pour l’instant, ça commence plutôt mal, puisque la Canadienne a dû déclarer forfait pour le tournoi d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, en raison d’une blessure à un genou qui tarde à guérir. Elle s’était déjà désistée d’un tournoi de démonstration à Hawaii.

C’est la même blessure qui l’avait gênée en fin de saison au Championnat de la WTA. Même si la cinquième joueuse mondiale a pu éviter une intervention chirurgicale et qu’elle a repris l’entraînement, son équipe et elle ont jugé qu’elle était encore à court d’entraînement, comme elle l’a expliqué dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

La Classique ASB d’Auckland doit débuter le 6 janvier et rappelons que c’est là qu’Andreescu avait amorcé sa poussée vers les sommets du classement féminin la saison dernière. À 18 ans, elle avait atteint la finale en épinglant au passage Venus Williams et Caroline Wozniacki à son tableau de chasse.

Comme les Internationaux d’Australie s’amorceront le 20 janvier, il semble probable qu’Andreescu ne disputera aucun tournoi préparatoire avant le premier tournoi du Grand Chelem de la saison. Elle pourrait encore demander un laissez-passer pour l’un ou l’autre des deux tournois disputés à compter du 13 janvier, à Brisbane et à Hobart, mais elle préférera sans doute se rendre directement à Melbourne.

PHOTO JEWELS SAMAD, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Eugenie Bouchard

Bouchard à Auckland

On l’a un peu oublié, mais Eugenie Bouchard avait aussi signé de belles performances l’année dernière à Auckland. La Canadienne avait atteint les quarts de finale, où elle s’était inclinée contre la future championne, l’Allemande Julia Goerges. Elle avait aussi remporté le titre en double avec l’Américaine Sofia Kenin.

La suite de la saison a malheureusement été beaucoup moins convaincante pour la joueuse de 25 ans qui a glissé au 214e rang du classement féminin. Bouchard continue pourtant d’attirer les spectateurs, et quelques organisateurs lui accordent encore des laissez-passer, comme ce sera le cas à Auckland. Karl Budge, le directeur du tournoi, l’a d’ailleurs expliqué récemment.

Nous sommes vraiment heureux de son retour à Auckland. [Eugenie] a été très populaire lors du tournoi de cette année [2019] et on a vu par ses performances qu’elle appréciait d’être ici.

Karl Budge, directeur du tournoi d’Auckland

Bouchard aidera un peu à faire oublier l’absence de Bianca Andreescu, mais les organisateurs pourront aussi miser sur l’Américaine Serena Williams, ainsi que sur la Danoise Caroline Wozniacki, qui disputera là l’un des derniers tournois de sa carrière. Les deux amies sont d’ailleurs inscrites en double ensemble.

En raison de son classement, Bouchard devra passer par les qualifications aux Internationaux d’Australie, un tournoi en soi, où elle devra remporter trois matchs pour mériter une place dans le tableau principal.

PHOTO MARK BLINCH, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Leylah Fernandez

Fernandez en Grand Chelem

Mine de rien, la jeune Leylah Fernandez est maintenant la deuxième Canadienne du classement féminin.

Actuellement 211e, trois rangs devant Eugenie Bouchard, la joueuse de 17 ans a obtenu une place en qualifications à Melbourne à compter du 14 janvier. « Depuis que je suis très jeune, j’ai toujours voulu jouer en Grand Chelem, dans les grands stades et devant de grosses foules », a-t-elle confié sur le site de la WTA.

Être en qualification aux Internationaux d’Australie me permet donc de réaliser un rêve. Ce sera excitant d’aller là-bas, d’essayer d’imposer mon jeu et de remporter quelques matchs.

Leylah Fernandez

La saison dernière, Fernandez avait atteint la finale du tournoi junior à Melbourne, avant de remporter le titre à Roland-Garros, sa dernière compétition chez les juniors.

En 2020, la Canadienne espère continuer de progresser sur le circuit professionnel. « Ce serait bien de rester en santé, mentalement, émotionnellement et physiquement, tout au long de l’année », a-t-elle espéré.

« Je voudrais aussi finir l’année dans le top 100. Être constante dans tous les tournois, remporter quelques matchs, atteindre quelques quarts de finale ou demi-finales pourrait me permettre d’atteindre cet objectif. »