Le tennis canadien a connu la plus belle année de son histoire en 2019 et l’équipe masculine l’a conclu avec un point d’exclamation en atteignant la finale de la Coupe Davis.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Denis Shapovalov, Milos Raonic, Vasek Pospisil, Brayden Schnur et d’autres encore ont connu du succès, mais c’est le jeune Félix Auger-Aliassime qui a continué de susciter les prédictions le plus élogieuses pour la suite sa carrière. À 19 ans, le Québécois a terminé la saison au 21e rang mondial, malgré quelques blessures qui lui ont fait rater deux ou trois grands rendez-vous.

Nous l’avons joint lundi, à Monte-Carlo, où il prépare présentement la prochaine saison avec son équipe. « Je suis très, très content de ma saison, ça dépasse tous mes objectifs, a assuré Auger-Aliassime. Au début de l’année, je pensais que si je jouais vraiment bien, je pourrais peut-être approcher le top 50. »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE


Félix Auger-Aliassime lors du deuxième tour de la Coupe Rogers, à Montréal, cet été

« Si on m’avait dit que je terminerais l’année 21e, après avoir atteint le 17e rang, j’aurais tout de suite signé le contrat ! C’est vraiment une belle saison complète, avec beaucoup d’apprentissages. Il y avait encore beaucoup d’inconnus pour moi cette année, par rapport au circuit, au calendrier, aux grands tournois, à me mesurer par rapport aux grands athlètes. Au final, je me sens à ma place et je sens que je serai encore mieux préparé pour réaliser de belles choses à l’avenir dans les grands tournois. »

Un mal pour un bien

Très rigoureux dans sa préparation, Auger-Aliassime estime que les blessures l’auront finalement peut-être bien servi pour la suite de sa carrière. « D’une certaine façon, c’est peut-être un mal pour un bien, a-t-il souligné. Les blessures font partie de la saison d’un joueur. C’est frustrant, parce qu’on n’a aucun contrôle, mais il faut composer avec cela. »

« Cette année, j’ai eu deux grosses blessures, les adducteurs juste avant Roland-Garros, puis la cheville en fin de saison (à Shanghai); chaque fois, j’ai réussi à en faire quelque chose de positif. À Roland-Garros, ça m’a forcé à prendre du repos après une période chargée, tout en m’amenant à renforcer mes adducteurs. J’ai pu ensuite enchaîner avec une belle saison sur le gazon. »

« Quant à la cheville, cette blessure m’a permis d’écourter un peu une saison qui est très longue, de prendre encore un peu de repos, puis d’avoir une période de préparation un peu plus longue et, je l’espère, très bonne. La blessure est d’ailleurs complètement guérie, j’ai pu reprendre l’entraînement intensif avec déjà beaucoup de progrès. »

C’est au niveau technique qu’Auger-Aliassime et ses entraîneurs Guillaume Mark et Frédéric Fontang entendent mesurer ses progrès au cours des prochains mois.

« Je n’ai jamais eu d’objectifs chiffrés, assure-t-il. Même cette année, le top 50, on n’en avait jamais vraiment parlé entre nous. Quand j’étais plus jeune, Frédéric Niemeyer (entraîneur au Centre national d’entraînement) m’avait dit toujours me concentrer sur mon niveau de jeu, que le reste allait venir après. »

« Quand tu appliques ce conseil à la lettre, comme j’ai toujours essayé de le faire, tu constates que c’est très vrai. Le tennis, c’est un sport qui ne ment pas. C’est toi contre un adversaire et si tu réussis à élever ton niveau, tes compétences, les résultats vont venir. »

« Ce sera donc encore mon objectif en 2020, d’augmenter mon niveau de jeu, de devenir plus constant afin que chaque semaine, je puisse avoir mon meilleur niveau avec mon meilleur état d’esprit. Si je réussis à faire ça, je pense que je peux faire de belles choses, me rapprocher du top 10 par exemple, peut-être gagner un titre ou même plus. Tout ça, ça va venir si je me concentre sur les choses importantes. »

Des leçons en Coupe Davis

Même s’il n’a pu jouer qu’un match, en finale, Auger-Aliassime a beaucoup apprécié son expérience avec l’équipe canadienne de Coupe Davis.

PHOTO JAVIER SORIANO, AFP

Les Canadiens Frank Dancevic, Denis Shapovalov, Félix Auger-Aliassime, Brayden Schnur et Vasek Pospisil après la finale de la Coupe Davis perdue aux mains des Espagnols.

« Depuis déjà plusieurs années, avec Denis (Shapovalov) et les autres, on a cette facilité à mettre les égos de côté pour travailler tous ensemble aux succès de l’équipe. Ça nous a beaucoup aidés à Madrid. Aller chercher un point en Coupe Davis, c’est bien sûr un effort personnel sur un match de tennis ; mais il y a aussi les efforts de toute une équipe, le capitaine, le personnel, les autres joueurs. »

« Un gars comme Brayden Schnur a sacrifié une semaine de sa saison pour venir soutenir l’équipe. Moi, je n’ai pu jouer autant que je l’aurais voulu, mais j’étais là pour aider l’équipe. Tout ça a permis de créer une atmosphère incroyable qui nous a aidés à réussir un bel exploit. »
Sa présence à Madrid a aussi permis au jeune Québécois de voir l’un des grands joueurs de notre époque, Rafael Nadal, réussir un autre de ses nombreux exploits.

« Pour nous, les jeunes, c’est inspirant, magnifique. C’est difficile de trouver les mots pour décrire ce qu’ils font, lui, Federer et Djokovic. »

« Les gens ne réalisent pas à quel point un joueur comme Nadal subit une pression incroyable. Ce n’est quand même qu’un être humain comme vous et moi, mais il réussit toujours à se surpasser dans les grandes occasions. À Madrid, en Coupe Davis, il portait les espoirs de tous ses compatriotes et les milliers de spectateurs de la finale s’attendaient à ce qu’il mène son équipe à la victoire. Et il l’a fait ! »

« Si je peux un jour m’approcher de quelque chose comme ça, j’aurai réussi ma carrière. »