Les Canadiens disputeront dimanche la finale de la Coupe Davis pour la toute première fois et personne au pays ne va contester qu’il s’agit d’un exploit historique.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Vasek Pospisil et Denis Shapovalov ont vaincu les Russes Andrey Rublev et Karen Khachanov, 2-1, samedi à Madrid, en demi-finale d’un tournoi qui réunissait les 18 meilleures équipes au monde.

Encore une fois, les Canadiens se sont imposés dans le double décisif, 6-3, 3-6, 7-6 (5). Les Russes avaient pourtant pris l’avantage 3-0 dans le bris décisif, mais les Canadiens n’ont pas perdu leur concentration et ils ont gagné sept des neuf points suivants pour assurer leur triomphe.

Le Canada affronte aujourd’hui le pays hôte, l’Espagne et son numéro un mondial Rafael Nadal, mais plus personne n’ose négliger une équipe qui a déjà déjoué toutes les prédictions.

« Nous savions que nous avions une excellente équipe, mais il faut un peu de chance, jouer du tennis extraordinaire à un niveau très relevé et c’est ce que nous avons fait aujourd’hui, a expliqué Shapovalov en conférence de presse. Je suis super content d’être en finale. Je rêvais d’aider notre pays à atteindre cette finale et mon rêve se réalise. »

PHOTO BERNAT ARMANGUE, ASSOCIATED PRESS

Pospisil a ajouté : « Les cinq derniers jours ont été chargés d’émotions. Cela augmente avec chaque match, cela devient de plus en plus excitant. Gagner au jeu décisif de la troisième manche rend cela encore plus dramatique, encore plus spécial. Accéder à la finale pour la première fois de l’histoire, de cette façon, est exceptionnel et c’est fantastique de faire partie de cette équipe. »

Il s’en est encore fallu de peu devant deux excellents joueurs russes. « Toute la rencontre a été incroyable, a souligné le capitaine canadien, Frank Dancevic. Les Russes ont vraiment offert une formidable opposition et le match de double a sûrement été le fait saillant de notre semaine jusqu’ici. Il a fallu jouer du tennis parfait et nos joueurs l’ont encore fait. À la fin, la tension était si forte que je croyais m’évanouir ! »

Plus tôt dans la journée, les deux équipes s’étaient partagé les deux matchs en simple, Rublev (23e) prenant la mesure de Pospisil, 6-4, 6-4, avant que Shapovalov rétablisse l’équilibre avec une victoire de 6-4, 4-6, 6-4 sur Khachanov (17e). Comme lors de leurs trois premières rencontres, ce sont les mêmes joueurs qui sont revenus sur le court en double et, malgré la fatigue, ils ont offert un spectacle d’une rare intensité.

« Nous avons une équipe incroyable, a expliqué Dancevic. Vasek et Denis ont été fantastiques, mais Félix (Auger-Aliassime) et Brayden (Schnur) ont aussi fait leur part à l’entraînement. Et il ne faut pas oublier les entraîneurs (Fred Fontang et Daniel Nestor) et tout le personnel qui travaille sans répit pour aider les joueurs à être prêts. »

PHOTO SUSANA VERA, REUTERS

La tâche s’annonce difficile contre l’Espagne, mais les Canadiens auront eu droit à plusieurs heures de repos supplémentaires, les hôtes ayant assuré leur victoire contre la Grande-Bretagne bien après minuit. Nadal a remporté ses sept matchs (trois en double), il n’a pas encore perdu son service et présente un pourcentage d’efficacité de 84 % sur ses premières balles.

Surmonter la fatigue ?

La nouvelle formule de la compétition, avec toutes les rencontres regroupées sur une semaine, est très exigeante. Pospisil et Shapovalov ont disputé sept matchs en six jours, et le premier a dû recevoir des traitements vendredi et encore samedi, pendant le match décisif.

« Rendus où nous sommes, on oublie la fatigue, les malaises, on serre les dents et on continue, a raconté Pospisil. Il ne nous reste qu’une rencontre, une journée ; ce sera une journée historique et nous allons donner tout ce qui nous reste.

« Quand nous sommes arrivés ici, la semaine dernière, on rêvait de gagner la Coupe et voilà qu’on est en finale ! C’est un peu surréaliste et j’ai encore de la difficulté à croire les mots que je dis. »

Un peu en retrait jeudi en quart de finale contre l’Australie, Shapovalov avait retrouvé tout son enthousiasme samedi et il a sauvé la mise pour les Canadiens en remportant le deuxième simple. Il a pourtant bien failli échapper ce match, repoussant trois balles de bris d’affilée dans le 10e jeu de la troisième manche, avant de forcer la tenue du double décisif.

« C’est tellement inspirant de jouer avec Vasek. Aujourd’hui, il avait des points de suture à une jambe (une chute dans son match de simple), des malaises un peu partout, et il a encore été incroyable. Je me souviens l’avoir vu gagner des matchs importants en Coupe Davis avec Daniel (Nestor) et je rêvais de pouvoir le faire avec lui un jour. »

Demi-finalistes de la Coupe Davis en 2013, avec Milos Raonic, Daniel Nestor, Dancevic et déjà Pospisil, les Canadiens réalisent cette semaine une performance sans précédent. « À mes débuts, nous étions encore dans la zone Amérique avec des rencontres en Amérique du Sud dans des conditions souvent difficiles », a rappelé Pospisil.

« Depuis 2012, avec Daniel, Milos, Frank, nous avons gagné notre place dans le groupe mondial et maintenant, avec notre nouvelle génération de joueurs, nous avons la chance de gagner la coupe. Pour moi, ce serait très important, aussi gros que mon titre en double à Wimbledon (en 2014). »

Les performances de l’équipe canadienne à Madrid viennent également confirmer les spectaculaires progrès du tennis au pays. Avec quatre joueurs dans le Top 100, un cinquième (Pospisil) qui devrait y être de retour bientôt, une championne en Grand Chelem, le Canada se retrouve aux côtés des meilleures nations.

« Le tennis canadien a connu une année incroyable avec les performances Bianca (Andreescu) chez les filles, et celles de Denis, Vasek, Félix et tous les autres qui ont porté bien haut les couleurs du pays dans tous les tournois », a rappelé Dancevic.

« Terminer la saison avec une finale de la Coupe Davis est incroyable. Gagne ou perds, c’est un scénario fantastique et ce n’est que le début pour notre sport au Canada ! »

Dès 10 h 30, en direct

Uniquement diffusée jusqu’ici sur les chaînes spécialisées du réseau Sportsnet, la finale de la Coupe Davis sera aussi présentée aujourd’hui sur le site de Radio-Canada (http://radio-canada.ca/sports). Dès 10 h 30, Vasek Pospisil et Denis Shapovalov devraient encore défendre les couleurs du Canada, mais on ne sait pas encore qui jouera le premier simple pour l’Espagne, avant Rafael Nadal. Même chose pour le double, où Nadal a eu deux partenaires différents cette semaine.