Connaissez-vous la ganglioneuralgie sphénopalatine ?

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

C’est cette sensation qui traverse votre corps après que vous avez avalé cul sec un litre de sloche aux raisins. Vos yeux se plissent. Vos vaisseaux sanguins se compriment. Votre tête se refroidit. Grosse migraine. Comme à la lecture des statistiques hallucinantes de Bianca Andreescu cette année sur le circuit de la WTA. Des chiffres invraisemblables qui pourraient faire exploser votre cerveau !

Un exemple ?

Le 1er janvier dernier, la joueuse canadienne occupait le 152e rang mondial. Lundi, elle sera parmi les 10 meilleures. Tous ces échelons ont donc été gravis en seulement huit mois – dont quatre passés à l’infirmerie.

Quelle autre joueuse active a connu une progression aussi spectaculaire ?

Aucune. Ni de près ni de loin. Voici le nombre de mois qu’ont mis certaines des meilleures joueuses au monde pour passer du 150e rang au 10e.

Du 150e rang au 10e

Bianca Andreescu 8 mois

Serena Williams 21 mois

Ashleigh Barty 24 mois

Aryna Sabalenka 27 mois

Naomi Osaka 37 mois

Petra Kvitová 39 mois

Madison Keys 44 mois

Simona Halep 46 mois

Elina Svitolina 54 mois

Même en fouillant dans les archives, les progressions semblables à celle de Bianca Andreescu sont rares. Steffi Graf ? Martina Hingis ? Monica Seles ? Maria Sharapova ? Justine Henin ? Elles ont toutes mis plus d’un an – souvent deux – pour passer du 150e rang au 10e. La dernière joueuse à être apparue comme une comète sur le circuit est probablement Jennifer Capriati, qui était entrée directement dans le top 25 à l’âge de 14 ans, en 1990.

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Votre cerveau a survécu à cet en-cas ? C’est bon signe. Le plat de résistance s’en vient.

La progression de Bianca Andreescu s’explique par une année hors norme. Sa fiche en 2019 : 44-4. Elle a donc remporté 91,7 % de ses parties. Un pourcentage comparable à celui obtenu par le gagnant de la dernière élection présidentielle en Ouzbékistan.

C’est – de loin – le meilleur taux de réussite parmi les 10 meilleures joueuses cette année.

Pourcentage de victoires en 2019

Bianca Andreescu 92 %

Serena Williams 83 %

Ashleigh Barty 83 %

Karolína Plíšková 78 %

Simona Halep 75 %

Petra Kvitová 74 %

Naomi Osaka 73 %

Kiki Bertens 70 %

Madison Keys 67 %

Elina Svitolina 64 %

Aryna Sabalenka 58 %

Et si on comparaît la fiche de Bianca Andreescu cette année à celles des équipes les plus victorieuses de l’histoire de la LNH, de la NBA et du baseball majeur ? Encore là, avec 92 % de réussite, elle serait tout au haut du classement. Devant les Bruins de Boston de 1930 (88 %), les Cubs de Chicago de 1906 (86 %) et les Warriors de Golden State de 2016 (89 %).

Les symptômes de la ganglioneuralgie sphénopalatine se manifestent ? Allez, je suis certain que vous êtes capable d’en prendre encore un peu. Une rafale pour le dessert.

– Bianca Andreescu avait déjà tenté sa chance à New York en qualifications, mais c’est sa première présence dans le tableau officiel. Combien de joueuses dans les 50 dernières années ont gagné la finale des Internationaux des États-Unis à leur première apparition ? Aucune.

–  Une victoire cet après-midi permettrait à Bianca Andreescu de remporter son troisième tournoi cette année. Le record de titres en simple pour une Canadienne dans l’histoire moderne ? Deux. Par Carling Bassett-Seguso. Et ce n’était pas en un an, mais en carrière…

– Avec une victoire à New York, Bianca Andreescu monterait au cinquième rang mondial. Ce serait le plus haut rang de l’histoire pour une Canadienne, à égalité avec Eugenie Bouchard en 2014. L’exploit d’Andreescu serait d’autant plus remarquable qu’elle a disputé une seule partie entre le 1er avril et le 1er août.

– On dit de Bianca Andreescu qu’elle excelle sous la pression. Preuve no 64531 : elle a remporté ses 12 dernières parties ayant nécessité une troisième manche.

– Une petite dernière. Ma préférée. Celle qui devrait mettre le feu à votre cerveau. L’autre finaliste cet après-midi, Serena Williams, a déjà remporté six titres à Flushing Meadows. La première fois ? C’était en août 1999. Soit 10 mois avant la naissance de Bianca Andreescu.

La solution pour les statistiques

Restons dans le thème des statistiques. Mardi, je vous expliquais comment certains parents devenaient fous avec la publication des buts et des passes de leurs enfants dans le hockey mineur. 

Cette chronique a suscité un abondant courrier. De mépris. De dégoût. De découragement. Mais aussi de solutions. Une d’entre elles se démarque.

Le concept est archisimple. Deux fois par saison, le joueur recevrait un bulletin. Plutôt que des notes, ce serait ses statistiques personnelles. Ainsi que la moyenne de son équipe et celle de la ligue. Exactement comme à l’école.

Brillant.

Ce projet a été présenté aux gouverneurs de Hockey Québec dans une réunion en mai 2018. Le document – dont j’ai obtenu une copie – est signé par Jacques Blouin, ex-directeur du développement des joueurs de l’organisme. Il est écrit blanc sur noir : « Soyons progressistes, innovateurs et pensons au joueur en premier. »

Plein de bon sens. Le projet a reçu un bel accueil des gouverneurs.

Et qu’a fait Hockey Québec ?

Rien. La proposition a été « tablettée ». Et les stats continuent d’être disponibles, « à la demande des parents ».

Dommage. Hockey Québec a raté une belle occasion de faire passer les joueurs en premier.