En l’absence de Roger Federer et de Novak Djokovic, la porte est grande ouverte pour que Rafael Nadal remporte un cinquième titre à la Coupe Rogers. Mais attention aux jeunes…

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Quel jeune prendra du galon ?

Pas besoin de s’étendre en long et en large sur la domination de Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic ces dernières années. Laissons ici une simple statistique pour le rappeler : les trois ténors du tennis ont remporté les 11 derniers tournois du Grand Chelem. Le dernier « intrus » couronné : Stanislas Wawrinka aux Internationaux des États-Unis en 2016.

Alexander Zverev, Allemand de 22 ans perçu comme un des visages de la « Next Gen » (la prochaine génération), a été clair.

« En ce moment, ils sont encore les meilleurs, ils gagnent des titres et ils sont meilleurs que nous, les jeunes. On devra trouver une façon de s’ajuster pour gagner ce genre de match. »

Sachant cela, il est tentant de voir Nadal comme le grand favori pour enlever les honneurs de la Coupe Rogers, qui s’amorce ce midi en l’absence de Federer et de Djokovic. D’abord, parce que Nadal est la première tête de série. Ensuite, parce qu’il doit bien se plaire par ici ; il n’a jamais fait l’impasse sur le tournoi montréalais depuis le début de sa carrière.

Enfin, parce qu’il persiste des doutes sur les autres prétendants au titre. L’Autrichien Dominic Thiem (2e tête de série) a gagné samedi la finale à la maison à Kitzbühel. Il aura donc très peu de temps pour combattre le décalage et s’acclimater au ciment, surface sur laquelle il n’a pas joué depuis mars.

Zverev (no 3) a admis le mois dernier être en mal de confiance et connaît une saison 2019 inférieure aux attentes. Le Grec Stefanos Tsitsipas (no 4) est bourré de talent, mais il est encore jeune et n’a toujours pas gagné de titre en série Masters 1000 ; les trois tournois qu’il a remportés étaient de niveau 250.

Alors, plus facile, un tournoi sans Federer et Djokovic ? Pas si vite !

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Rafael Nadal

Quand j’arrive à un tournoi, j’essaie simplement de travailler sur mon jeu. Je ne peux pas penser à Novak et à Roger, s’ils sont ici ou pas. Le circuit, c’est plus que trois joueurs.

Rafael Nadal, en point de presse au stade IGA, hier

Le Majorquin sait très bien de quoi il parle. Les trois derniers tournois auxquels il a participé en l’absence de Federer et Djokovic ont été des échecs.

Barcelone, avril 2019 : défaite en demi-finale contre Thiem

Acapulco, février 2019 : défaite au deuxième tour contre Nick Kyrgios

Paris, novembre 2017 : défaite en quart de finale contre Filip Krajinovic

« Il y a plusieurs bons joueurs ici. Je dois être aussi bon qu’à l’habitude, que Roger et Novak soient ici ou non. J’essaie de jouer de mon mieux. De toute façon, quand ils sont là, je les rencontre seulement en demi-finale ou en finale. J’ai donc beaucoup de matchs à gagner avant d’en arriver là ! »

La roue qui tourne

Cela dit, la Coupe Rogers, que ce soit à Toronto ou à Montréal, a souvent servi à lancer ou à confirmer de grands débuts de carrière.

À commencer par celle de Nadal. À l’été 2005, il n’avait que 19 ans, déjà neuf titres à son actif, dont Roland-Garros. Mais les neuf avaient été remportés sur la terre battue. C’est donc à Montréal qu’il a démontré qu’il était plus qu’un spécialiste d’une seule surface.

« Je ne sais pas quel impact cette victoire a eu sur ma carrière, mais c’était ma première victoire sur surface dure. C’était gros pour moi, surtout de battre Andre [Agassi] en finale. Je me suis toujours bien senti ici, j’ai joué de très bons matchs ici. J’ai hâte de recommencer », a-t-il dit.

Deux ans plus tard, le phénomène Djokovic grandissait. Le Serbe, alors âgé de 20 ans, a remporté à Montréal son deuxième titre en Masters 1000, battant au passage Nadal en demi-finale et Federer en finale. Cinq mois plus tard, il allait enlever son premier tournoi du Grand Chelem, en Australie.

Plus récemment, l’édition 2017 de la Coupe Rogers a été celle de Denis Shapovalov. L’ado de 18 ans s’était permis un parcours jusqu’en demi-finale, avec au passage une victoire contre… Nadal ! Sa performance l’avait fait bondir du 143e au 67e rang mondial.

L’an dernier, à Toronto, c’était Tsitsipas qui s’offrait la deuxième finale de sa carrière, à 19 ans. Pour s’y rendre, il avait battu quatre joueurs du top 10. Qui l’attendait en finale ? Nadal.

Alors oui, Nadal sait mieux que quiconque que ce tournoi peut être celui d’un jeune qui prendra soudainement du galon. 

Quatre joueurs de 20 ans ou moins sont inscrits au tableau principal : Shapovalov, Tsitsipas, Félix Auger-Aliassme et l’Australien Alex de Minaur. Évidemment, c’est vers Auger-Aliassime que les yeux se tournent, puisque le Québécois joue « à la maison ».

« Je l’aime, j’aime son caractère, il est bien élevé, c’est un bon gars et il est passionné par son sport, a énuméré Nadal. C’est le genre de joueur que j’aimerais voir connaître du succès. Il le mérite. »

Nadal et Auger-Aliassime ne sont pas dans la même moitié de tableau ; s’ils se rencontrent cette semaine, ça ne peut qu’être en finale.

Mais si de Minaur gagne son match de premier tour, il sera le premier adversaire de Nadal. Tsitsipas, lui, est l’adversaire potentiel de l’Espagnol en demi-finale.

Aucun doute, Nadal aura de jeunes jambes dans sa route vers le titre.

Les autres têtes d’affiche

Dominic Thiem (AUT)

PHOTO JOHANN GRODER, AGENCE FRANCE-PRESSE

Dominic Thiem 

2e tête de série, 4e au monde, 25 ans

Il arrivera en ville avec le vent en poupe, après avoir remporté le tournoi de Kitzbühel. Il s’est toutefois imposé dans un tableau où il était l’unique joueur du top 25 mondial. Pour ajouter à son défi, il n’a joué que neuf matchs sur ciment en 2019. Par contre, c’est sur cette même surface qu’il a triomphé l’hiver dernier au Masters d’Indian Wells, la plus grande victoire de sa carrière. Il a droit à un laissez-passer au premier tour, mais il aura un adversaire coriace au second : le gagnant du duel entre Shapovalov et le Français Pierre-Hugues Herbert, qui montre une fiche de 2-0 contre Thiem.

Alexander Zverev (ALL)

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Alexander Zverev

3e tête de série, 5e au monde, 22 ans

L’Allemand n’a jamais perdu à Montréal ; il est venu une seule fois, en 2017, et est reparti avec le gros trophée ! Mais avec un seul titre et une fiche de 28-15, il ne joue pas à son plein potentiel en 2019. « J’ai dit à Wimbledon que je n’avais pas ma pleine confiance. Ça aide assurément de revenir à un endroit où j’ai gagné, où je suis à l’aise. […] Mais je suis encore 5e au monde. [...] Je suis encore compétitif avec les meilleurs. Ça peut seulement aller en s’améliorant. On va voir comment la saison sur le ciment va aller. Mais ce n’est pas aussi mauvais que ce que les gens disent. »

Stefanos Tsitsipas (GRÈ)

PHOTO GEOFF BURKE, USA TODAY SPORTS

Stefanos Tsitsipas 

4e tête de série, 6e au monde, 20 ans

La jeune sensation partira avec une longueur d’avance sur ses rivaux, lui qui a déjà renoué avec le ciment en participant au tournoi de Washington. Son parcours s’est arrêté en demi-finale, samedi, contre un Nick Kyrgios en transe cette semaine. Sa fiche sur surface dure en 2019 est de 20-8. Depuis sa présence en finale à Toronto l’an dernier, Tsitsipas a participé à cinq autres finales.

Kei Nishikori (JAP)

PHOTO TONY O'BRIEN, ARCHIVES REUTERS

Kei Nishikori 

5e tête de série, 7e au monde, 29 ans

Le Nippon a mis fin à une disette de plus de deux ans sans titre en remportant le tournoi de Brisbane en début d’année. Pas de coup d’éclat depuis, mais il a démontré une belle constance en atteignant les quarts de finale dans les trois tournois du Grand Chelem cette année. Cette semaine, il disputera son premier tournoi depuis sa défaite contre Roger Federer à Wimbledon. « Ce n’est jamais facile de passer du gazon au ciment. […] La surface me semble rapide ici, surtout sur le central. J’aime les terrains rapides, donc c’est bon. »

Karen Khachanov (RUS)

PHOTO JEAN-YVES AHERN, USA TODAY SPORTS

Karen Khachanov

6e tête de série, 8e au monde, 23 ans

Comme Tsitsipas, Khachanov a également participé au tournoi de Washington, mais il s’est incliné dès son premier match, contre Jo-Wilfried Tsonga. « J’aime bien jouer à Washington avant de venir au Canada. J’essaie de jouer le plus de matchs possible sur le ciment, pour faciliter la transition. » Afin de maximiser son nombre de matchs, Khachanov est également inscrit au tournoi en double cette semaine. Le Russe compte quatre titres à son actif, les quatre sur surface dure. Mais aucun en 2019.