Même si le sort les a obligés à s’affronter, les Canadiens sont très attendus cette année à la Coupe Rogers, à commencer bien sûr par Félix Auger-Aliassime, qui jouera pour la première fois devant les partisans du stade IGA.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Un tournoi spécial pour Auger-Aliassime

Privé d’une première participation à la Coupe Rogers en 2017 en raison d’une blessure, Félix Auger-Aliassime découvrira finalement de l’intérieur la formidable ambiance du court Central du stade IGA.

« Je mentirais si je disais que j’aborde ce tournoi comme tous les autres, a-t-il avoué hier en point de presse. L’attention est plus grande, c’est certain. Je me suis entraîné hier en fin de journée et je croyais ne voir personne, mais de nombreux spectateurs étaient là.

« C’est spécial, et j’espère pouvoir me servir de cette énergie de la bonne façon. Cela dit, je ne dois pas m’imposer une pression supplémentaire et, d’une certaine façon, [je dois] faire comme dans les autres tournois en me concentrant sur les choses que j’ai à faire. »

Battu au troisième tour au tournoi de Washington, jeudi, Auger-Aliassime a préféré rappeler son bilan de la saison. « Ça bouge beaucoup [les performances], des fois, on connaît une mauvaise semaine et on fait très bien la semaine suivante. C’est mieux de regarder le portrait général. »

Je connais quand même une très bonne saison et j’ai confiance en mes moyens. Je crois que je peux faire de belles choses.

Félix Auger-Aliassime

« Cela dit, la confiance, ce n’est pas tout. Je peux arriver dans un match en me disant que je suis confiant et jouer très mal ; je peux aussi me sentir moins confiant et offrir une très bonne performance. L’important, c’est d’avoir un bon niveau de jeu. Si c’est le cas, j’ai confiance de bien faire. »

Le joueur, qui aura 19 ans la semaine prochaine, devrait trouver une surface à sa mesure sur le court Central. « Je pense avoir été le premier à m’y entraîner, il y a deux semaines, avant mon départ pour Washington, a-t-il raconté. Ils [les organisateurs] l’ont un peu adaptée à celle du tournoi de Miami — (ou Félix [Auger-Aliassime] et Denis Shapovalov avaient atteint les demi-finales) —, et j’espère que cela va me porter chance.

« C’est un peu plus lent, et j’y ai de bonnes sensations. J’ai le temps de placer mon jeu, de faire des points. Ça va d’ailleurs dans le sens du nouveau jeu ; partout sur le circuit, les surfaces sont maintenant moins rapides qu’avant. Je pense que c’est mieux pour les joueurs et pour le spectacle. »

Rendus ailleurs

Témoin privilégié des exploits de Denis Shapovalov en 2017 — le Torontois habitait chez lui —, Auger-Aliassime ne pense pas pouvoir s’en inspirer outre mesure. « Sur le coup, ça m’a montré que c’était possible, que nos rêves étaient atteignables, mais c’était déjà il y a deux ans, et nous sommes rendus ailleurs dans nos carrières. Il est rendu à un autre niveau, moi aussi, et il peut avoir sa propre chambre ! »

Celui qui est maintenant 21e mondial a reconnu que sa vie avait beaucoup changé au cours des derniers mois. « Nous avons ajouté une personne à notre équipe, qui travaille avec mon agent pour coordonner les activités avec les médias et les relations publiques, un peu comme aujourd’hui.

« Le reste de mon équipe n’a pas changé, mais c’est sûr que les choses sont différentes sur le plan personnel. L’intérêt des gens est plus grand, je me fais reconnaître plus souvent à Montréal et même à l’extérieur du pays. »

Pour un jeune de 18 ans, ça change quand même une vie, mais j’essaie de rester le même et de garder une routine quotidienne normale.

Félix Auger-Aliassime

Auger-Aliassime estime aussi que son jeu a beaucoup évolué, au service en particulier. « Il y a eu une grosse amélioration et ça m’a permis de gagner de nombreux matchs, sur toutes les surfaces. J’ai bien joué au début de l’année sur la terre battue, en Amérique du Sud, sur le gazon cet été, et aussi sur surface dure un peu plus tôt, à Miami. »

« Je pense aussi que mon jeu est beaucoup plus constant. Je réussis maintenant à aborder tous les matchs de la même façon, sans avoir de haut et de bas, et ça, c’est le métier, c’est l’expérience qui s’acquiert. Et ça me permet aussi d’être de plus en plus à l’aise dans les gros matchs, dans les situations importantes. »

Un tirage qui fait rire

Auger-Aliassime amorcera le tournoi demain par un match de double avec son compatriote Vasek Pospisil... qu’il devra affronter le lendemain en simple ! Et le gagnant pourrait ensuite affronter un autre Canadien, Milos Raonic. « J’avais le pressentiment que le tirage allait nous réserver quelque chose comme ça, a-t-il avoué. Quand on me l’a dit, je suis parti à rire, c’est quand même rare, tout de suite après notre match à Wimbledon. C’est un peu dommage pour les amateurs et pour nous, car on aurait pu s’affronter plus tard dans le tournoi, pas au premier tour. »

De son côté, Pospisil a expliqué qu’il avait d’abord cru à une blague de son entraîneur : « Ça m’a pris plusieurs minutes avant de comprendre que c’était vrai. Depuis ma demi-finale en 2013, j’ai été habitué à recevoir un soutien incroyable des spectateurs à Montréal. J’ai bien l’impression que je ne serai pas le favori de la foule cette fois-ci… »

« Ça fait partie du tennis, a rappelé Auger-Aliassime, et je n’ai pas réagi fortement. C’est arrivé par le passé et ça pouvait arriver de nouveau. Je pense que nous serons prêts pour un bon match. J’étais content de voir Vasek revenir au jeu à Wimbledon après une opération et une longue absence. Il avait très bien joué et, avec les entraînements et les matchs qu’il a joués depuis, je m’attends à ce qu’il soit encore meilleur cette fois-ci. »

Et Auger-Aliassime assure que son amitié avec ses compatriotes ne sera pas compromise, quoi qu’il arrive. « Ce n’est pas une “guerre” quand même. Quand nous sommes sur le court, nous sommes des compétiteurs et nous voulons tous l’emporter. Mais nous redevenons des amis aussitôt que le match est terminé. »

Les éloges de Raonic

Milos Raonic a eu droit à une « promotion » dont il se serait bien passé, hier, à la Coupe Rogers. Le forfait de Kevin Anderson lui a en effet permis d’accéder au statut de tête de série, et il a pris la place du Sud-Africain dans le tableau. Le problème, c’est qu’il affrontera un adversaire potentiellement plus coriace, le Français Lucas Pouille, et qu’il devrait ensuite affronter le vainqueur du match entre Félix Auger-Aliassime et Vasek Pospisil au deuxième tour.

« Je suis arrivé ce matin et je l’ai appris en attendant mes bagages à l’aéroport, a-t-il expliqué. Ce sera déjà difficile contre Pouille. Il m’avait battu en Australie et il est souvent imprévisible. »

« Par ailleurs, c’est dommage que ce soit ici, au Canada, que seulement l’un de nous trois [Auger-Aliassime, Pospisil et lui-même] ait la chance de passer au troisième tour. C’est toutefois quelque chose qui risque de se reproduire avec l’augmentation du nombre de Canadiens sur le circuit. »

Raonic en a profité pour parler de ses relations avec les autres joueurs canadiens et a été particulièrement élogieux envers Auger-Aliassime. « C’est probablement celui dont je suis le plus proche. Vasek était mon compétiteur direct quand nous sommes arrivés sur le circuit, alors que Denis a progressé très rapidement. »

« J’ai eu plus de temps pour côtoyer Félix avant qu’il arrive sur le circuit. Nous l’avions avec nous l’année dernière en Coupe Davis, et je m’étais entraîné tous les jours avec lui. Il était déjà capable de jouer à un très haut niveau alors qu’il n’avait que 16 ou 17 ans. Il est aussi très mature pour son âge et il a tous les atouts pour connaître une carrière remarquable. »

Retour opportun pour Shapovalov

C’est à Montréal, en 2017, que Denis Shapovalov a « éclaté » sur la scène du tennis. Sa victoire contre Rafael Nadal, sa poussée jusqu’en demi-finale ont déclenché une véritable « Shapo-folie » qui s’est poursuivie avec de nombreuses autres bonnes performances.

Le joueur de 20 ans, qui a rejoint le top 20 mondial en mars après avoir atteint la demi-finale à Miami, est toutefois un peu « en panne » depuis quelques mois. Sorti au premier tour de sept de ses neuf derniers tournois, Shapovalov a pris une longue pause après Wimbledon.

PHOTO ERIC BOLTE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Denis Shapovalov a battu Rafael Nadal en 2017 au tournoi de la Coupe Rogers.

Et la Coupe Rogers ne pouvait survenir à un moment plus opportun pour le Canadien. « J’avais besoin de retrouver cette étincelle que j’avais un peu perdue après ma performance à Miami », a-t-il expliqué hier en point de presse. « Mon jeu était toujours là, il a été là tout au long de la saison, à l’entraînement, quand je battais des joueurs mieux classés que moi. Ce n’était pas technique, [c’était] plutôt une question de confiance. »

« Après Miami, nous sommes rapidement partis pour l’Europe, et je n’ai pas eu de pause, pas de temps pour récupérer et retrouver mes forces avant la saison sur terre battue. Il a suffi ensuite d’une couple de matchs difficiles, de tirages difficiles pour que les choses dégringolent, pour que la confiance s’envole. »

« J’avais donc vraiment besoin de cette longue pause après Wimbledon. J’ai retrouvé mes amis les plus proches à Toronto, je suis un peu redevenu l’adolescent, ou le jeune adulte, qui ne pensait qu’à passer du bon temps, et ça m’a fait du bien. Ça m’a permis de retrouver cette passion du tennis, cette joie d’aller sur les courts pour m’entraîner que j’avais un peu perdues et dont je m’ennuyais. »

« Là, je suis en pleine forme et je suis vraiment emballé de retrouver les courts du stade IGA, ses partisans incroyables. J’ai vraiment hâte de jouer, quel que soit mon adversaire ! »

Toujours populaire

Arrivé très tôt à Montréal, Shapovalov a pu constater que sa popularité n’avait pas diminué auprès des amateurs. Les spectateurs étaient très nombreux hier matin pour surveiller la clinique qu’il a animée avec des jeunes du Centre Lajeunesse, organisme communautaire du quartier Villeray.

« Pour moi, c’est important de travailler au développement du tennis au Canada, important aussi de redonner aux jeunes. Et c’est incroyable de voir tous ces gens qui sont là pour nous voir ! J’ai toujours été bien ici, à Montréal, et ce sera toujours un plaisir de venir ici ! »

En 2017, Shapovalov demeurait dans la famille de Félix Auger-Aliassime. « Il m’a mis à la porte ! a-t-il blagué hier. Je pense que nous sommes rendus ailleurs, l’un et l’autre, même si nous sommes encore très proches. On se parle tous les jours, mais je séjourne à l’hôtel ! »

Un seul Canadien au deuxième tour des qualifications

Pas moins de 11 Canadiens prenaient part au premier tour des qualifications, hier, au stade IGA et au centre Aviva, mais un seul a réussi à l’emporter.

Il s’agit de Steven Diez, 204e mondial, qui a surpris le Kazhaque Alexander Bublik (72e) en deux manches de 6-4 et 6-4. Le Torontois, qui vit et s’entraîne en Espagne, affrontera aujourd’hui au dernier tour l’Américain Bradley Klahn (93e).

PHOTO NATHAN DENETTE, LA PRESSE CANADIENNE

Steven Diez, 204e mondial, a surpris le Kazhaque Alexander Bublik (72e) en deux manches de 6-4, 6-4.

Plus tôt dans la journée, le Québécois Alexis Galarneau s’est incliné devant le Lithuanien Ričardas Berankis, 6-2 et 6-4. « J’aurais aimé être plus agressif », a regretté le joueur de 20 ans après le match. « Mon jeu n’a pas été assez constant et, à ce niveau, cela ne pardonne pas. Il n’y avait pas de balle facile, et il [Berankis] profitait de toutes les occasions. Je suis quand même heureux de cette expérience. J’ai pu jouer devant mes proches et les spectateurs québécois. Et je vais étudier ce match avec attention pour voir tout ce que je dois améliorer dans mon jeu. Ça ne fait que me motiver à revenir encore plus fort les années prochaines. »

Le troisième Canadien, Filip Peliwo (267e), a été éliminé, 6-1 et 6-0, par le vétéran australien John Millman (67e).

Hécatombe chez les femmes

À Toronto, les huit Canadiennes en lice ont toutes subi l’élimination. Seule Gabriela Dabrowski a réussi à prendre une manche à la Russe Anastasia Potapova, avant de s’incliner 6-4, 3-6 et 6-3. La joueuse d’Ottawa sera toutefois en action en double.

La Montréalaise Françoise Abanda a quant à elle été battue par la Tunisienne Ons Jabeur (59e), 6-4 et 6-3. De retour au jeu récemment après une blessure à une épaule, la 224e mondiale était encore un peu à court de jeu pour vaincre une joueuse régulière du circuit féminin.

Carol Zhao s’est inclinée 6-2 et 6-1 devant l’Américaine Alison Riske, Carson Branstine a perdu 7-6 (4) et 6-3 face à la Roumaine Mihaela Buzărnescu, Ariana Arseneault a baissé pavillon 7-5 et 6-2 devant l’Américaine Christina McHale, Catherine Leduc a perdu 6-0 et 6-0 contre la Suédoise Rebecca Peterson, Layne Sleeth s’est inclinée 6-2 et 6-2 face à l’Allemande Tatjana Maria, et Louise Kwong a perdu 6-0 et 6-1 contre la Russe Ekaterina Alexandrova.