Le championnat ouvert du Canada existe depuis près de 140 ans, mais on fête cette année la 40e présentation du tournoi sous l’égide de Tennis Canada. C’est en 1980 qu’a été créé le tournoi tel qu’on le connaît aujourd’hui, avec cette formule inédite d’une alternance femmes-hommes entre Montréal et Toronto.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Pour souligner le coup, Tennis Canada avait réuni hier une série de panélistes, d’organisateurs, de commanditaires et de joueurs pour discuter du tournoi et rappeler leurs plus beaux souvenirs.

Les trois directeurs de l’histoire du tournoi – John Beddington, Richard Legendre et Eugène Lapierre – n’ont pas manqué de souligner les dates marquantes de la compétition.

« Ce sont les femmes qui étaient venues à Montréal en 1980, pour un tournoi “test” disputé à la mi-juillet, pendant les vacances de la construction, a rappelé Beddington. Pas vraiment le meilleur moment, mais il y avait quand même eu plus de 8000 spectateurs !

« L’année suivante, il a fallu convaincre les dirigeants des deux circuits que c’était possible de faire alterner les joueurs et les joueuses d’une ville à une autre. Quand cela a été réglé, la formule du tournoi a été fixée et elle a vite connu beaucoup de succès. »

D’abord l’adjoint de Beddington, Richard Legendre a hérité d’un dossier vite prioritaire : « À la fin des années 80, on voyait que le stade Jarry était devenu un peu trop “pittoresque”, c’est-à-dire désuet ! Et Vancouver voulait s’en mêler en réclamant une place dans l’alternance. On s’est mis au travail, mais il a fallu convaincre six gouvernements successifs avant d’avoir le financement nécessaire pour aller de l’avant et construire ce nouveau stade vraiment adapté au tennis.

« Personne n’a oublié la fameuse finale de 1995, entre Andre Agassi et Pete Sampras, le dernier match dans le “stade de baseball” où tout a commencé », s’est souvenu Legendre.

Penser que, dans quelques jours, un jeune Québécois de 18 ans [Félix Auger-Aliassime], 21e au monde, va jouer sur le Court central devant des milliers de spectateurs. C’est selon moi la plus belle histoire de succès sportif au Québec.

Richard Legendre

Eugène Lapierre a continué dans la même veine : « C’est Nadal qui, en battant Andre Agassi en finale en 2005, a lancé la nouvelle ère du tennis pour nous à Montréal. C’est un peu symbolique de voir qu’il a aussi gagné en 2013 quand il a battu un joueur canadien en finale, Milos Raonic. Nous avions eu deux Canadiens en demi-finale cette année-là, avec aussi Vasek Pospisil, et on espère en voir d’autres bientôt. »

Le directeur du tournoi a aussi évoqué l’avenir : « Le défi quand je suis arrivé était de ne pas nous laisser distancer par la concurrence au plus haut niveau. Quand on voit des milliardaires comme Larry Ellison, à Indian Wells, dépenser sans compter pour leurs tournois, ça nous montre contre quoi on doit lutter.

« Avec nos moyens, nous avons réussi à développer des installations de qualité et un tournoi dont le succès ne s’est jamais démenti. Nous devrons continuer de le faire au cours des prochaines années. »

SOUVENIRS DE JOUEURS

Martin Laurendeau 

« Nous habitions juste à côté et nous étions venus à pied pour assister à la première édition, en 1980. Au début, le stade était très rustique, avec du foin un peu partout. Les gens ne venaient que pour voir du tennis, et il y avait eu 8000 ou 9000 spectateurs pour toute la semaine. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, on bat des records d’assistance, et le tournoi est devenu un véritable happening, un évènement auquel tout le monde veut assister. Et l’ambiance est toujours extraordinaire, particulièrement en soirée quand il y a des Canadiens en action. »

Daniel Nestor 

« J’ai joué ce tournoi 30 fois, mais je ne suis plus assez bon ! Je suis de Toronto, mais tout le monde sait bien que le tournoi est meilleur à Montréal, comme les installations ! Je n’ai malheureusement jamais gagné, mais j’avais été en finale ici en 2015 (avec Édouard Roger-Vasselin). Le tournoi a toujours été très relevé, et c’est intéressant de voir la progression des joueurs canadiens. Milos [Raonic] et Vasek [Pospisil] avaient déjà bien fait en 2013, Denis [Shapovalov] était en demi-finale en 2017 et Félix [Auger-Aliassime] devrait bien faire cette année. »

Stanislas Wawrinka 

« Ce sera ma 12e participation depuis 2005. C’était alors la première fois que je me qualifiais dans un grand tournoi et, même si j’avais perdu au premier tour contre Greg Rusedski, j’avais beaucoup aimé venir ici. Avec les années, on a vu l’évolution du tournoi, des installations, et c’est toujours un pur bonheur pour un joueur de venir ici retrouver un public si chaleureux. Même aujourd’hui, ils étaient nombreux à assister aux entraînements. Comme disait Martin, les gens viennent aussi ici pour faire la fête, et cela crée une super ambiance pour les joueurs. »