Marco Cecchinato continue de vivre un rêve éveillé! L'inattendu Italien s'est invité dans le dernier carré de Roland-Garros en s'offrant l'ancien numéro 1 mondial Novak Djokovic mardi sur un court Suzanne-Lenglen en fusion.

Mis à jour le 5 juin 2018
AGENCE FRANCE-PRESSE

Après un dernier jeu décisif à couper le souffle (6-3, 7-6 (7/4), 1-6, 7-6 (13/11)), le Sicilien de 25 ans n'en revenait pas. «Êtes-vous sûr? Peut-être que je suis en train de dormir».

C'est un véritable conte de fées pour le Palermitain qui n'avait jamais gagné un match en Grand Chelem et a échappé en 2016 à une suspension de 18 mois dans une affaire de paris truqués présumés.

«Quand j'ai vu mon retour prendre la ligne, cela a été le plus beau moment de ma vie», a dit cet habitué des tournois de deuxième division, que l'Italie rêve de voir succéder à Adriano Panatta, champion en 1976.

C'est comme si Cecchinato entamait une nouvelle carrière huit ans après ses débuts professionnels. Tout a commencé à la fin avril avec un premier titre à Budapest, en tant que «lucky loser».

Puis le déclic a eu lieu Porte d'Auteuil quand, dominé deux sets à zéro par le Roumain Marius Copil, il a renversé le match pour s'offrir son premier gain dans un tournoi majeur.

Après trois autres tours, dont deux contre des têtes de série, l'Espagnol Pablo Carreno (11e) et le Belge David Goffin (9e), il avait droit à un duel de prestige avec Djokovic, le champion de l'édition 2016.

Djokovic déconfit

Porté par un service efficace, le Palermitain a poussé «Djoko» à faire l'essuie-glace tout en faisant admirer sa panoplie de coups (amorties, lobs, volées tranchantes...). Moins en réussite dans la troisième manche, il a refait surface lorsque le Serbe a servi pour égaliser.

Avant de l'achever sur sa quatrième balle de match dans un bris d'égalité ébouriffant de suspense où «(son) coeur a battu la chamade» et où Djokovic s'est procuré trois balles de set. Sur la dernière, un coup droit expédié dans les airs, le Serbe a porté son index à sa bouche, vraisemblablement gêné par le bruit du public.

«Cette défaite est difficile en particulier parce qu'elle arrive au bout de mois de reconstruction et que j'avais une grande chance de franchir, au moins, une étape de plus», a réagi «Djoko», qui court après son meilleur niveau depuis deux ans.

Très affecté, il s'est précipité en conférence de presse après le match, expédiant la plupart des questions de manière laconique. Et il «ne sait pas» s'il jouera la saison sur gazon, dont Wimbledon (2-15 juillet). «Je ne veux pas penser au tennis à cet instant précis», a lâché l'ancien numéro 1 mondial tombé au 22e rang.

Zverev a craqué

L'exploit de Cecchinato a presque éclipsé le duel de la «nouvelle vague», remporté par son prochain adversaire, l'Autrichien Dominic Thiem (8e), face au numéro 3 mondial, l'Allemand Alexander Zverev.

Le face-à-face entre deux des plus sérieux concurrents de Rafael Nadal promettait. Mais le grand Sasha (1,98 m) a été rapidement lâché par son corps, sa cuisse gauche précisément, et le duel a tourné court: 6-4, 6-2, 6-1 en moins de deux heures. Sans doute le prix de ses trois précédents matches à rallonge, gagnés en cinq sets après avoir été dos au mur.

«À chaque jeu, chaque glissade, ça empirait. Au milieu du deuxième set, la douleur était trop importante», a raconté l'Allemand de 21 ans qui reconnaît avoir «pensé» à abandonner.

À 24 ans, Thiem, le seul joueur à avoir fait mordre la poussière à Nadal sur terre battue ces deux dernières saisons (deux fois), atteint lui pour la troisième année d'affilée le dernier carré à Paris. «J'aime tellement ce tournoi. Quand j'étais encore junior, je n'aurais jamais imaginé ça, s'est réjoui l'Autrichien. Maintenant, c'est le moment de faire encore plus. J'espère franchir un palier supplémentaire».

Photo Christophe Ena, AP

Novak Djokovic