Serena Williams aura 30 ans cet été et même si elle se comporte encore parfois comme l'adolescente surdouée qui avait remporté l'Omnium des États-Unis à 18 ans, en 1999, la vie lui a réservé un lot d'épreuves qui l'a obligée à acquérir une certaine maturité.

Michel Marois LA PRESSE

Douze ans et 13 titres majeurs plus tard, Serena tente cette année à Wimbledon un autre de ses célèbres retours. La cadette des soeurs Williams n'a joué que trois matchs depuis juillet dernier.

Elle a remporté mardi son match de premier tour contre la Française Aravane Rezai, 6-3, 3-6, 6-1, et a éclaté en larmes à la conclusion de la rencontre. «Ça m'a frappé à la fin du match», a-t-elle raconté un peu plus tard en conférence de presse, encore très émotive.

«Je ne suis pas une "pleurnicharde" et je n'avais jamais pleuré de joie auparavant. La dernière année a été si difficile et je ne pouvais imaginer pouvoir revenir ici et gagner à nouveau...

Serena revient effectivement de loin. En juillet dernier, deux semaines après avoir remporté son quatrième titre sur le gazon londonien, elle s'était gravement blessée aux deux pieds en marchant sur du verre brisé dans un bar.

«Je devais porter des bottes ce soir-là, mais je m'étais fait faire un pédicure dans la journée et ne voulais pas gâcher mes ongles, a-t-elle rappelé. J'ai opté pour des sandales, allez savoir pourquoi...»

Serena a dû subir plusieurs interventions chirurgicales, porter des plâtres et des coquilles protectrices pendant plusieurs mois, mais ce n'était que le début de ses ennuis. En mars, elle a dû être hospitalisée d'urgence pour une embolie pulmonaire, une condition très grave qui aurait pu avoir des conséquences permanentes pour la suite de sa carrière et même pour sa vie.

«J'ai eu une période de doute où je me suis demandé si je jouerais encore au tennis un jour, a-t-elle avoué. Ma famille m'a beaucoup aidé, encore. Dans les moments les plus difficiles, ils étaient toujours là à mes côtés...»

Blessures et dépression

La carrière de Williams a déjà été interrompue à quelques reprises. En 2003, au sommet du tennis féminin avec cinq titres majeurs en six tournois, elle s'est blessée à un genou en dansant en talons hauts, quelques semaines après un titre à Wimbledon justement.

Plus dramatique, elle a dû composer à la fin de l'année avec l'assassinat de sa demi-soeur et n'est revenue au jeu qu'en mars 2004. Malgré une victoire en Australie, en 2005, les deux saisons suivantes ont été difficiles.

Combattant la dépression, Serena a éclaté en larmes à Melbourne en 2006 au cours d'un match perdu. Suivi par un psychothérapeute, elle n'est revenue au jeu qu'à la fin de la saison, au US Open, mais n'avait pas la tête au tennis.

En janvier 2007, elle s'est pointée en Australie hors de forme, pratiquement sans entraînement... et elle a remporté sa victoire la plus étonnante en tournoi majeur. Au cours des quatre saisons suivantes, elle n'a raté qu'une seule fois les quarts de finale en Grand Chelem. Jusqu'à ce qu'elle marche sur ce verre brisé...

«Revenir au jeu cette fois-ci a évidemment une tout autre signification pour moi, a-t-elle insisté dimanche. Quand on a de tels problèmes de santé - j'ai littéralement été sur mon lit de mort -, on adopte une perspective différente sur la vie. Comme si on prenait une autre route que celle qu'on a suivie jusque-là.»

La semaine dernière, Serena a atteint le deuxième tour à Eastbourne, ne s'inclinant que devant la Russe Vera Zvonareva, deuxième favorite à Wimbledon, dans un match de trois heures. «J'avais encore de l'énergie, mais j'avais l'impression que les pauses ne duraient que cinq secondes! a-t-elle raconté dimanche à Wimbledon. Chaque fois que je m'assoyais, l'arbitre nous appelait sur le terrain!

«Ma mère était tellement inquiète. Elle me disait: "Si tu ne te sens pas bien, arrête tout de suite!" Et je lui répondais : "Mom, le médecin a dit que ce serait ok..." J'ai consulté les spécialistes avant mon départ pour l'Angleterre et ils m'ont assurée que je n'aurais pas d'ennuis. Je dois retrouver mon endurance, au niveau pulmonaire notamment, mais je suis déjà en meilleure forme qu'avant ma blessure.»

Forte d'une première victoire, Serena estime qu'elle a ses chances pour le titre - «comme toutes les autres filles qui sont passées au deuxième tour...» -, mais elle a d'autres priorités. «Gagner Wimbledon serait merveilleux, bien sûr, mais je n'y pense pas vraiment. Je suis simplement heureuse d'être ici, heureuse de jouer et ça me suffit amplement.»