Les fondeuses québécoises Cendrine Browne et Katherine Stewart-Jones ont obtenu les meilleurs résultats de leur carrière en Coupe du monde l’an dernier. Pourtant, on ne les verra pas dans l’équipe nationale au début de la prochaine saison de Coupe du monde.

Agence Sportcom

Vendredi dernier, Nordiq Canada a annoncé la composition des équipes nationales 2020-2021. L’organisation a fait le pari de miser sur les athlètes plus jeunes. Browne redoutait cette décision le mois dernier en mentionnant les budgets limités de l’organisation nationale.

Cendrine Browne en convient : elle n’a pas répondu aux critères de sa fédération qui avaient été établis l’an dernier. La fondeuse âgée de 26 ans a terminé la saison avec 8 points de Coupe du monde et elle devait en avoir 22 pour tous les athlètes nés avant 1996, selon les critères nationaux.

PHOTO JOE KLAMAR, AFP

Katherine Stewart-Jones au départ du 10 km classique féminin à Seefeld, en Autriche le 26 février 2019.

Ce qui la frustre, c’est qu’elle a été privée des départs des étapes de Québec, Minneapolis et de Canmore, six courses au total, qui ont été annulées en raison de la pandémie. Katherine Stewart-Jones (25 ans) et l’Albertaine Maya MacIsaac-Jones (24 ans) se retrouvent dans la même situation que l’Olympienne des Jeux de Pyeongchang avec respectivement 6 et 7 points.

Sportcom a demandé à Nordiq Canada si l’organisation avait tenu compte de l’annulation des six dernières courses de la saison dans sa sélection de l’équipe nationale. La fédération confirme qu’elle s’en est tenu aux critères d’origine.

« Nous avons des objectifs ambitieux de faire partie des six meilleures nations en ski de fond, femmes et hommes, au classement mondial en 2026 et de remporter deux médailles aux Jeux de 2026 », a soutenu le directeur général de Nordiq Canada, Shane Pearsall, dans une déclaration écrite.

« L’atteinte de ces objectifs de performance élevés ne se fait pas sans faire des choix difficiles, à commencer par la mise en place de critères de sélection élaborés pour aider la communauté à atteindre ces objectifs communs », a-t-il ajouté. « Le Comité haute performance s’est entendu pour ne pas ajuster les critères originaux. »

Trois Québécois nés après 1996 ont obtenu leur place dans l’équipe nationale senior de développement : Philippe Boucher (23 ans, Lévis), grâce à son top-12 aux mondiaux des moins de 23 ans, ainsi qu’Antoine Cyr (21 ans, Gatineau) et Laura Leclair (23 ans, Chelsea), qui ont tous les deux terminé premiers au classement national des épreuves de distance.

Les critères, oui, mais…

Louis Bouchard, l’entraîneur de Cendrine Browne au Centre national Pierre-Harvey, reconnaît que Nordiq Canada a respecté ses critères mais ajoute que la situation actuelle est toutefois exceptionnelle.

« Habituellement, les meilleures Canadiennes sont dans l’équipe canadienne. Au moment où tu écris les critères, tu as en tête que ce sera une pleine saison. Là, 20 % de la saison a été perdu. Ensuite, la question c’est : est-ce que l’on considère cette situation (la pandémie) comme étant exceptionnelle ? Pour 99 % des organismes, entreprises et PME, c’est oui. Eux, ils ont fait le choix de ne pas la considérer. »

Stewart-Jones, qui a fêté son 25e anniversaire mardi, a quant à elle préféré limiter ses commentaires. « J’ai eu ma meilleure saison à vie, alors c’est sûr que c’est décevant », a-t-elle mentionné.

Le meilleur résultat de la fondeuse de Chelsea l’hiver dernier a été une 29e place au classement cumulatif du Tour de Scandinavie. À ce tour, elle s’était classée trois fois dans les 35 meilleures à cette compétition de six étapes.

L’ancien entraîneur d’Alex Harvey rappelle que Cendrine Browne est arrivée tardivement dans le circuit international la saison dernière en raison d’une commotion cérébrale qui l’a mise sur la touche durant l’automne. Même si elle était loin sur la ligne de départ aux épreuves de départs de groupe en raison de son classement mondial, elle a su décrocher de très bons résultats.

« Si elle était partie 30e, ce qui était sa valeur moyenne cette année, c’est sûr qu’elle aurait pu faire un top-15. Nos filles sont rendues bonnes. Ça fait environ 10 ans que l’on n’a pas vu quatre Canadiennes dans les points de Coupe du monde (top-30). C’est donc extrêmement positif pour nous ! Les filles ont 25-26 ans et c’est une bonne fenêtre pour qu’elles donnent encore un 4 ou 5 ans au sport. Elles ont une maturité pour aller dans les top-10 et top-15. »

L’an dernier, aucun homme retenu dans l’équipe de l’an prochain n’a réalisé un top-30 (individuel) en Coupe du monde.

Browne a fait un appel contre sa fédération l’an dernier et elle a été déboutée. Elle ne reviendra pas à la charge ce printemps.

« C’est tellement d’énergie négative et qui est gaspillée que je préfère continuer sur ma lancée. Ça ne vaut pas la peine », avance celle dont les meilleurs résultats en Coupes du monde ont été des 25e et 29e places.

« J’aime tellement mon sport et j’ai vu ce que j’étais capable de faire sur la scène internationale. C’est ce qui me motive. S’ils ne veulent pas croire en moi, la communauté du ski et moi allons croire en moi. Ce qui me motive, ce sont les prochains Jeux olympiques. »