(Longueuil) Après avoir atteint son objectif de participer aux Jeux olympiques à PyeongChang en 2018, le patineur artistique québécois Charlie Bilodeau n’a plus jamais été le même. En conséquence, après avoir mûrement réfléchi sa décision, il a officiellement annoncé sa retraite jeudi.

Alexandre Geoffrion-McInnis
La Presse canadienne

« J’avais des questionnements au fond de moi depuis un bon moment déjà. Je suis parti de chez moi à Trois-Pistoles à l’âge de 14 ans, avec l’idée en tête de me rendre aux Jeux olympiques, et pendant toutes ces années-là je ne visais qu’une seule chose ; me rendre au fil d’arrivée. Et maintenant, cet objectif-là est déjà derrière moi », a évoqué Bilodeau en entretien téléphonique avec La Presse canadienne.

À ses premiers JO en carrière en Corée du Sud, le Québécois avait terminé en neuvième place en couples avec sa partenaire de l’époque, Julianne Séguin. Quelques mois plus tard, il a décidé de mettre un terme à son partenariat avec Séguin, et de poursuivre sa carrière avec Lubov Ilyushechkina. Une décision qui n’était pas tellement réfléchie, a-t-il admis.

« Tout de suite, par automatisme, sans trop aller au fond des choses, je me suis dit que oui, j’allais continuer, car c’est ce que j’étais, un patineur artistique, avec une nouvelle partenaire pour viser plus haut, a ajouté le patineur âgé de 26 ans. En même temps, j’avais envie de vivre différemment, car j’ai mis plusieurs pans de ma vie de côté afin de me consacrer entièrement au sport élite.

“Et, pendant ma transition d’un an entre mes deux partenaires, le sport était absent de ma vie, et j’ai pu mettre mon énergie ailleurs. […] Je me suis retrouvé face à moi-même, et j’étais déjà ailleurs, je crois. Mais il restait l’appât du gain, la volonté de me rendre encore aux JO, de décrocher une médaille… Puis est arrivée la pandémie, et j’ai pu réfléchir, et je me suis rendu compte que j’avais peut-être accompli ce que j’avais à faire dans le sport. »

Ensemble, Bilodeau et Ilyushechkina ont remporté deux médailles de bronze sur le circuit de l’ISU lors de la saison 2019-2020. Le couple canadien n’a toutefois pas été retenu pour représenter le pays aux Championnats du monde de patinage artistique qui devaient se dérouler au Centre Bell, du 16 au 22 mars. Une décision difficile à digérer, mais qui a facilité sa décision, même si les Mondiaux ont éventuellement été annulés à cause de la pandémie de COVID-19.

« Le fait que ma saison se soit terminée avec des contre-performances, sans atteindre les objectifs que nous convoitions, et bien ça m’a mis face à mon malaise. En fait, je ne me suis jamais défini comme un passionné du patinage artistique ; ce qui me passionnait, c’était d’atteindre mon objectif de participer aux Jeux olympiques », a reconnu Bilodeau, qui avait pourtant terminé en septième place avec Ilyushechkina au début du mois de février au Championnat des quatre continents à Séoul, en Corée du Sud.

Évidemment, la décision de mettre un terme à leur partenariat après seulement une saison n’a pas été facile à annoncer à Ilyushechkina.

« Ç’a été un coup dur pour Lubov, a-t-il admis. On s’est lancés là-dedans et c’est certain que je ressens un certain sentiment de culpabilité pour les gens qui gravitaient autour de nous dans cette aventure-là. C’est un peu comme quelqu’un qui n’est plus heureux dans son emploi, ou dans son mariage. Je lui souhaite la meilleure des chances pour la suite. »

Quant à savoir si ce n’est que partie remise, en raison de son jeune âge et du fait que les Jeux olympiques de Pékin ne sont qu’à deux ans, Bilodeau jure qu’il ne reviendra pas sur sa décision d’accrocher ses patins.

« Ah non, je ferme définitivement la porte à un retour à la compétition, a-t-il dit, sans hésitation. Je me suis toujours dit que je ne voulais pas uniquement être un patineur artistique. Ce chapitre-là est fermé, et maintenant je suis simplement curieux de voir ce que la vie va me réserver. »

Bilodeau souhaite maintenant perfectionner ses aptitudes dans le domaine des communications afin de faire carrière dans les médias, en plus de continuer à partager son parcours et ses leçons lors de ses conférences.

« C’est certain que ça m’intéresserait (de commenter des compétitions de patinage artistique à la télévision). Ce serait la place où je pourrais réunir les deux grandes passions de ma vie, grâce à mes études en communications à l’UQAM et mes connaissances en patinage », a-t-il résumé, en précisant qu’il n’a toujours pas d’offre sur la table.