Les patineurs de vitesse sur courte piste ont été parmi les premiers athlètes canadiens à subir les impacts de la COVID-19.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Au moment du report et de l’annulation des Championnats du monde de Séoul, à la fin de février, le Québec déplorait son tout premier cas de coronavirus. Le confinement n’était encore qu’une affaire chinoise et sud-coréenne. La semaine de relâche commençait.

Un mois plus tard, Kim Boutin attend une sortie de crise comme le reste du monde. Elle vit à Montréal avec son copain qui fait du télétravail. Elle court. Elle prend l’air. Sans savoir quand elle pourra rechausser les patins. Ni quand auront lieu les Mondiaux de 2020.

« Quand j’ai su que le Mondial était complètement annulé, [l’entraîneur] Fred [Blackburn] a dit : on a une dernière semaine d’entraînement à faire. Moi, j’ai levé le drapeau blanc. Je m’en vais me reposer. Une semaine de plus ou de moins, c’était terminé. »

Depuis l’été, elle avait encerclé le rendez-vous sud-coréen dans son calendrier. Elle ne cachait pas sa volonté de décrocher un premier titre pour son retour dans le pays où elle a gagné trois médailles olympiques en 2018.

Elle en faisait une priorité, presque une obsession. Pour se mettre en danger après une profonde remise en question, elle était même partie s’entraîner seule aux Pays-Bas, sur les terres de sa plus grande rivale, Suzanne Schulting.

« L’année passée, mon profil, c’était : Kim, elle court pour le plaisir et pour faire les choses différemment, a-t-elle expliqué au téléphone lundi. Toute la saison, je ne m’étais pas mis de pression. J’aurais voulu en avoir un peu plus pour voir si j’étais capable de la gérer. »

Cette année, je me suis dit : j’ai envie de gagner. Je le dis, je le fais.

Kim Boutin

Boutin a quand même été surprise d’amorcer la saison avec deux médailles d’or à Salt Lake City. D’abord au 1500 m, grâce à un dépassement tardif sur Schulting, un moment qu’elle n’oubliera jamais. Ensuite au 500 m, où elle a réussi un record du monde.

La pression a monté la semaine suivante à Montréal. « Ç’a bien été, j’ai gagné les deux distances, reste que ç’a été un gros défi. Je m’en demandais beaucoup. Et je ne suis pas quelqu’un qui tripe tant que ça à être dans les médias non plus. Il a fallu gérer ces attentes sans trop me perdre. J’ai beaucoup appris. »

« Le droit à l’erreur »

Grisée par ces quatre victoires en quatre départs, « encore sur un nuage », elle n’a pas levé le pied à son retour à l’entraînement. « Je continuais au même rythme. Je faisais attention à mon poids, je n’arrêtais pas, j’essayais de maintenir la courbe. Je ne voulais tellement pas que ça descende ! Je me suis essoufflée. J’ai comme été en mode survie en Asie. J’ai fait ce que j’ai pu, mais j’étais vraiment épuisée. »

Résultats à Nagoya et à Shanghai : deux fois l’or au 500 m, l’argent au 1500 m, le bronze au 1000 m, l’or et l’argent au relais…

À son retour, Boutin a senti que son corps lui « parlait » quand une tendinite au genou gauche l’a empêchée de prendre part aux premiers Championnats des quatre continents, disputés à Montréal.

Début février, à Dresde, elle a signé une cinquième victoire de suite sur 500 m, une distance qui lui faisait carrément peur pas plus tard que la saison dernière.

PHOTO JENS MEYER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Kim Boutin en action à Dresde, en Allemagne

« Ç’a comme débloqué cette année. J’ai tellement travaillé sur [le maintien de] ma vitesse, ma technique. On savait que j’avais de super bons départs, mais ça se gâtait un peu par la suite. Cette saison, j’ai démontré que j’avais le droit à l’erreur et que je pouvais gagner avec une certaine marge de manœuvre. Mais plus l’année avançait, plus les filles se rapprochaient. »

Deuxième au classement général derrière Schulting, elle a manqué la dernière Coupe du monde aux Pays-Bas afin de mieux préparer les Mondiaux qui n’ont jamais eu lieu. Elle prend le tout avec un grain de sel.

« C’est frustrant, j’aurais vraiment voulu performer, ç’a été ma meilleure saison, surtout au 500 m. Je me dis que tout le monde est dans la même situation et que l’année prochaine, je serai encore meilleure. »

Critique

Pour le moment, la seule indication de l’International Skating Union est que l’évènement ne sera pas présenté avant la mi-octobre. Boutin s’attend à ce qu’au moins une tranche de la Coupe du monde soit disputée en guise de préparation.

Malgré ses succès, l’athlète de 25 ans dresse un bilan plutôt critique de sa saison. Elle estime être « tombée dans le panneau » de la victoire à tout prix. « Ça n’a pas été facile sur les émotions et la gestion du stress. »

La native de Sherbrooke croit s’être éloignée de sa volonté d’apprendre, de se mettre en danger, d’emprunter des « chemins différents » pour parvenir à ses buts.

N’est-ce pas un jugement un peu sévère ? Elle rit.

« Il faut savoir que je suis très exigeante envers moi-même… Je dois faire attention à comment je m’exprime. Je suis vraiment contente de ma saison. C’est juste que je vois un peu plus loin.

« Je pense à l’athlète que je veux être dans deux ans. Je ne veux pas subir mes prochains Jeux. J’ai envie d’être en contrôle de toute ma préparation mentale, de la gestion du stress. Chaque année, j’atteins un autre niveau en ce sens-là. »