Antoine Gélinas-Beaulieu, Laurent Dubreuil et Valérie Maltais sont montés sur le podium aux Championnats du monde par distance individuelle de Salt Lake City, la semaine dernière. Retour sur une compétition faste pour le patinage de vitesse québécois et canadien.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Ça avait pourtant mal commencé. Antoine Gélinas-Beaulieu et Laurent Dubreuil se sont un peu emmêlé les pinceaux à la dernière transition du sprint par équipes, jeudi, à la première journée des Championnats du monde par distance individuelle de patinage de vitesse longue piste de Salt Lake City.

Avec Gilmore Junio au départ, les Canadiens ont néanmoins enregistré le meilleur temps. Pendant cinq minutes, ils étaient champions du monde. Jusqu’à ce que Dubreuil réalise, en essuyant ses lames, que son trio était disqualifié pour un échange de relais un tantinet trop hâtif.

Assis à ses côtés, Gélinas-Beaulieu a arrêté de pitonner sur son téléphone. « On est disqualifiés ? », a-t-il demandé, incrédule.

Trois jours plus tard, ce faux pas n’était plus qu’un mauvais souvenir. Les deux patineurs de vitesse québécois ont chacun terminé les Mondiaux avec une médaille de bronze individuelle. Et pour tout l’or du monde, ils ne l’échangeraient pas… contre l’or perdu du sprint par équipes.

De toute façon, l’or du sprint par équipes est gravé dans nos cœurs.

Antoine Gélinas-Beaulieu, avant de monter à bord de l’avion, lundi matin

Cette première course en Utah a servi à alimenter le feu pour le reste de l’évènement.

« Autant c’était une grande déception, c’était aussi une petite victoire, a souligné Gélinas-Beaulieu plus tôt au téléphone. On a quand même battu toutes les meilleures équipes au monde. On avait un plan, on l’a super bien exécuté. On allait vraiment, vraiment vite sur la glace. Je ne suis probablement jamais allé aussi vite de ma vie ! Le feeling était incroyable de glisser comme ça à des vitesses un peu surhumaines. »

Le natif de Sherbrooke a réussi les courses individuelles les plus rapides de sa carrière par la suite. Neuvième au 1000 m, il a obtenu le septième temps au 1500 m dimanche. Après cette épreuve, il a eu moins d’une heure pour se préparer au départ de groupe.

L’athlète de 27 ans pensait la jouer de façon prudente, il s’est plutôt lancé à bride abattue. Utilisant l’écran géant pour évaluer la distance avec le peloton de poursuite, il s’est accroché jusqu’à la dernière ligne droite pour terminer troisième derrière le Néerlandais Jorrit Bergsma et son compatriote Jordan Belchos, respectivement médaillés d’or et d’argent.

PHOTO RICK BOWMER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Antoine Gélinas-Beaulieu (à droite) est monté sur le podium en compagnie de son compatriote Jordan Belchos et du vainqueur, le Néerlandais Jorrit Bergsma.

Gélinas-Beaulieu n’était plus monté sur un podium international depuis ses sept médailles aux Mondiaux juniors de courte piste et longue piste en 2010. Ralenti par du surentraînement et des ennuis de santé, il s’est arrêté quatre ans, a voyagé en Asie, fait du cinéma, avant de rechausser les bottines à longues lames.

« C’est sûr que c’est un rêve qui se réalise. Quand je suis revenu, c’est justement pour le départ de groupe [une nouveauté sur le circuit]. Je savais que je pourrais être bon à cette épreuve-là. Ça me motivait. Je m’imaginais gagner une médaille aux Mondiaux en déjouant mes adversaires en étant plus stratégique… C’est un peu surréel et exceptionnel que ce soit arrivé. »

Enfin un peu de chance pour Dubreuil

Dubreuil, lui, courait après un premier podium aux Mondiaux depuis sa médaille de bronze au 500 m en 2015. Ironiquement, il l’a décrochée au 1000 m.

PHOTO RICK BOWMER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Laurent Dubreuil à l’épreuve du 1000 m, samedi

« Je n’avais jamais fait de podium au 1000 m, ni en Coupe du monde ni en Championnats du monde. À part aux 5000 et 10 000 m, c’est assez rare en longue piste que les gens gagnent des médailles dans deux distances différentes. C’est assez incroyable pour moi quand je pense au fait que j’ai eu beaucoup de 25es places dans ma carrière au 1000 m. »

Double ironie, Dubreuil a pu monter sur la troisième marche du podium en raison de la disqualification de son ami néerlandais Thomas Krol, qui a nui à un rival russe en sortant trop large d’un virage. Le même Krol avait bénéficié de la relégation du Canada pour remporter l’or deux jours plus tôt au sprint par équipes.

Jusque-là, Dubreuil, 27 ans, pensait échouer au pied du podium par deux centièmes, après avoir réussi un record personnel. « J’ai fini par être chanceux », a résumé le patineur de Lévis, sixième vendredi sur 500 m.

Maltais s’invite à la fête

Valérie Maltais a elle aussi participé à la fête, arrachant le bronze vendredi à la poursuite par équipes avec Ivanie Blondin et Isabelle Weidemann. À l’image de son ancien coéquipier Olivier Jean, la triple athlète olympique en courte piste a obtenu sa première médaille dans sa nouvelle discipline.

PHOTO RICK BOWMER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Ivanie Blondin, Isabelle Weidemann et Valérie Maltais, vendredi, à la poursuite par équipes

« Après ma course, Olivier m’a envoyé un texto qui disait : bienvenue dans le club », a raconté la native de La Baie, médaillée de bronze du cumulatif aux Mondiaux courte piste de 2014, à Montréal.

Douzième du 3000 m à l’issue de ce qu’elle considère comme sa course la plus aboutie sur le plan technique, Maltais a ensuite largement contribué à la victoire de Blondin au départ en groupe. En vertu de ses victoires à deux sprints intermédiaires, elle a elle-même fini sixième au total, un sommet personnel.

Depuis le début de la formule des Mondiaux par distance en 1996, jamais le Québec n’avait remporté trois médailles dans le même championnat. De quoi donner des ailes au moment où le futur Centre de glaces de Québec et son anneau couvert sont déjà bien visibles en bordure de l’autoroute Henri-IV.

Prochaine compétition : Championnats du monde sprint (Dubreuil) et toutes distances (Maltais), à Hamar, en Norvège, du 28 février au 1er mars.

Un sommet en 12 ans

PHOTO FOURNIE PAR LA FÉDÉRATION DE PATINAGE DE VITESSE DU QUÉBEC

De gauche à droite, en partant du haut : l’entraîneur Gregor Jelonek, les patineurs Alexandre St-Jean, Alex Boisvert-Lacroix, Laurent Dubreuil, Valérie Maltais, Antoine Gélinas-Beaulieu et Béatrice Lamarche. 

Avec neuf médailles, le Canada n’avait jamais connu d’aussi bons Mondiaux depuis 2008 et la belle époque de Kristina Groves, Christine Nesbitt, Clara Hughes, Jeremy Wotherspoon et Denny Morrison.

Or, Ivanie Blondin, départ en groupe
Or, Graeme Fish, 10 000 m (record mondial)
Or, Ted-Jan Bloemen, 5000 m
Argent, Ted-Jan Bloemen, 10 000 m
Argent, Jordan Belchos, départ en groupe
Bronze, Graeme Fish, 3000 m
Bronze, Antoine Gélinas-Beaulieu, départ en groupe
Bronze, Laurent Dubreuil, 1000 m
Bronze, Ivanie Blondin, Valérie Maltais et Isabelle Weidemann, poursuite par équipes