L’invitation a pris Claudia Avon par surprise. Elle, la skieuse discrète et underground, qui opère des excavatrices dans l’Ouest canadien, a été franchement étonnée lorsqu’elle a reçu un laissez-passer pour participer aux dernières épreuves de la saison du Freeride World Tour (FWT), dont l’arrêt à Golden (Colombie-Britannique) la fin de semaine dernière.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Elle connaît l’un des juges du circuit, Laurent Gauthier, depuis plus d’une décennie, mais elle ne pensait pas que l’organisation allait regarder et retenir son profil. Concentrée davantage sur le plaisir de se retrouver avec les meilleures au monde, la planchiste ne pensait pas non plus obtenir une deuxième place.

« Ma ligne n’a pas été exactement ce que j’avais en tête parce que j’étais un peu nerveuse. Sur le coup, j’étais tellement concentrée sur l’état de la neige en haut que je n’ai pas vu mon point de référence. Je l’ai réalisé juste quand il était trop tard. On ne peut pas le voir dans ma descente, mais dans ma tête, je sais où j’ai hésité. J’ai continué, mais j’aurais aimé voir ma descente avec tous les éléments que j’avais en tête. »

Les athlètes sont jugés sur la difficulté de la ligne, le contrôle, la fluidité, les sauts et la technique. En fin de compte, c’est l’impression générale qui compte, confiait Laurent Gauthier à La Presse au mois de janvier. Avec une note de 71,33, elle a pris le deuxième rang derrière la Française Marion Haerty.

« J’étais un peu déçue de ma descente parce que je suis d’habitude très bonne pour la visualiser et la réaliser. En bas, je ne savais même pas où était le score. Je suis allée voir Marion et les autres filles pour voir comment s’étaient passées leurs descentes. J’ai vu les résultats plus tard. J’ai été agréablement surprise quand j’ai vu mon score, mais ce n’était pas ce sur quoi je m’étais concentrée. »

PHOTO FABRICE COFFRINI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Claudia Avon et Marion Haerty 

Les prochaines étapes du FWT auront lieu en Andorre (du 28 février au 4 mars), puis en Autriche (du 7 au 13 mars). Elle saura, dans les tout prochains jours, si elle pourra s’y rendre. « J’ai quand même une carrière et je travaille beaucoup. À mon travail, il y a des gens qui comptent sur moi, raconte celle qui est opératrice de machinerie lourde. Je travaille sept jours de suite, puis je suis en congé pendant sept jours. Je vais regarder s’il y a des possibilités d’organiser mon calendrier pour aller en Europe puisque les deux événements sont très proches l’un de l’autre. »

Une skieuse polyvalente

La trentenaire, originaire de Saint-Sauveur, se décrit comme une skieuse polyvalente. Haute comme trois pommes, elle était déjà chaussée de skis pour canaliser son énergie et faire comme sa grande sœur. Skieuse jusqu’à l’âge de 21 ans, elle s’est ensuite tournée vers la planche. Cette transition s’est accompagnée d’un déménagement en Colombie-Britannique.

« La planche a été un coup de foudre même s’il y a eu une période d’adaptation. Au début, ce n’est pas une frustration, mais apprendre un nouveau sport force ton cerveau à sortir de ta zone de confort. Ça te rend humble. »

Claudia Avon a également participé à plusieurs compétitions de slopestyle, atteignant même la finale de l’US Open 2010. Lors de sa descente finale, elle a cependant mal analysé sa vitesse sur l’un des sauts. Voulant protéger ses genoux, elle a alors atterri sur le dos. Les conséquences auraient pu être terribles.

« J’ai eu une fracture de compression au dos. Pendant un instant, j’ai perdu la sensation dans mes pieds et mes mains. C’est assez pour faire peur à un athlète, dit-elle. À ce moment-là, j’ai décidé que mon cœur n’était plus là, mais dans le hors-piste et le freeride. En fait, je n’avais pas vraiment envie d’être à l’US Open 2010. Ça a été ma dernière compétition. »

Jusqu’à cette deuxième place qu’elle n’attendait pas…