(Mont-Tremblant) Après un début de journée cahoteux, Justine Dufour-Lapointe pensait bien pouvoir monter sur le podium après une descente solide en super finale. Les juges l’ont plutôt reléguée en cinquième place, samedi après-midi, à la Coupe du monde de bosses de Tremblant.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Souriante malgré tout, la cadette des célèbres sœurs n’a pu cacher son incompréhension face à la caméra du diffuseur international. Quelques minutes plus tard, devant les journalistes, elle a précisé ses sentiments.

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Justine Dufour-Lapointe

« J’ai tout fait, a estimé Dufour-Lapointe. J’ai skié proprement, j’ai sauté plus haut, j’ai atterri mes sauts à la perfection. Je pense que rendu là, les juges voulaient juste ne pas voir une Canadienne aujourd’hui sur le podium. Je ne sais pas quoi dire d’autre. »

Le ton était à la boutade, mais son irritation était manifeste. « Je n’ai honnêtement plus d’idée de ce qu’ils veulent. Je fais de mon mieux pour être le plus “ propre ” possible, pour faire des “ grabs ”, pour faire exactement ce que la foule veut voir. Et je me ramasse cinquième…  C’est certain que je suis déçue de cette position. »

En revanche, la double médaillée olympique se félicitait d’avoir rebondi après sa 12e place en qualification, obtenant le quatrième pointage de la première finale.

Elle a réussi sa meilleure prestation dans la ronde ultime. Ce ne fut pas suffisant pour lui procurer un troisième podium consécutif à Tremblant, où elle s’était imposée en 2018.

« Je pense que je ne peux rien m’enlever aujourd’hui, s’est consolée la Montréalaise de 25 ans. J’étais vraiment satisfaite de ma descente. Je suis arrivée en bas et j’ai vraiment eu ce : “ oh yes ”. J’ai tout donné ! J’ai senti la foule derrière moi et je n’ai pas cassé sous la pression. Non, j’ai rien à m’enlever. Ça montre à quel point j’ai de la force en moi et j’en ai encore. »

Prudente dans le saut du haut, où elle a exécuté un périlleux arrière groupé, elle s’est fait plaisir sur le deuxième tremplin en ajoutant une prise de ski.

« Le saut du haut était très plat, on ne pouvait pas vraiment se permettre un “ cork ” ici, a expliqué Justine. Ce n’était pas nécessairement sécuritaire. Je préférais faire un beau [saut arrière] et vraiment être en position dominante pour skier la section du milieu. »

Tenante du titre à Tremblant, la Française Perrine Laffont a poursuivi sa domination en signant une quatrième victoire consécutive depuis le début de l’hiver. Avec 82,14 points, la médaillée d’or des JO de PyeongChang a résisté à la championne mondiale kazakhe Yuliya Galysheva (80,99). La Russe Anastasiia Smirnova (80,18) a pris le troisième rang, son premier podium en Coupe du monde. Justine Dufour-Lapointe a obtenu 78,59 points.

Valérie Gilbert a été rayon de la soleil de la journée pour l’équipe féminine canadienne. Absente la saison dernière après des blessures et du surentraînement, la skieuse de 21 ans a fini huitième, soit le meilleur résultat de sa carrière. Elle n’a raté la super finale que par 0,26 point.

« Mon dieu, je ne m’attendais pas à ça ! a réagi l’athlète de Sainte-Adèle. Les résultats sont super serrés. Il ne m’en manque pas beaucoup pour être sur le podium. Tout ce que je visais, c’est de faire une belle descente en finale. Maintenant, j’imagine que je vais pouvoir me mettre à viser la super finale ! »

« Grain de sucre de trop »

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Chloé Dufour-Lapointe

Chloé Dufour-Lapointe s’est pour sa part arrêtée en qualification. L’aînée des sœurs a pris le 17e rang, échouant à un point de la dernière place donnant accès à la finale.

La vice-championne olympique de 2014 jugeait avoir « mis un grain de sucre de trop » dans sa descente. Déstabilisée à l’approche du saut du bas — « une petite explosion », selon sa propre expression — elle a évité la chute de peu à l’atterrissage. Sa perte d’équilibre lui a toutefois coûté cher

Chloé a exprimé sa frustration dans l’aire d’arrivée, mais elle remettait déjà les choses en perspective après une discussion avec son préparateur mental.

« J’y allais à fond la caisse, c’était ma journée », a-t-elle déclaré. Elle regrettait de ne pas pouvoir « assouvir [s] on besoin de skier » une autre fois devant les siens, mais elle pensait apprendre de cette « bonne expérience ».

« Je risque probablement de plus m’en rappeler que des podiums que j’ai faits dans ma carrière, a affirmé Chloé, quatrième l’an dernier. Ce sont des moments comme ça dont on se souvient. Ça donne tellement d’expérience et ça forge pas mal notre caractère. »