D’aussi loin qu’il se souvienne, Julien Pinsonneault a toujours été un passionné de course à pied. Vers l’âge de 3 ou 4 ans, en regardant la télévision chez sa gardienne, il avait été impressionné de voir des marathoniens courir derrière une voiture. Il avait alors demandé à sa mère de faire la même chose, mais à bien plus petite échelle, naturellement.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« Les gens pensaient que j’étais puni et que j’avais fait une niaiserie, mais je courais à côté de la voiture pour revenir à la maison », rigole-t-il.

Il y a quelques années, en lisant la biographie de Gérard Côté, il a accroché sur les passages abordant la course en raquettes. Sans attendre, le jeune homme originaire de Saint-Hyacinthe – comme le quadruple vainqueur du marathon de Boston – l’a intégrée à son entraînement. L’une des disciplines de son idole (« Un sport qui a été un peu oublié avec les années ») est alors devenue son activité de prédilection jusqu’à le mener vers les Championnats du monde, dont ceux qui auront lieu au Japon le mois prochain.

« Quand on est habitué à la route ou à la piste et qu’on se met des raquettes aux pieds pour aller dans la grosse neige poudreuse, on fait : “Oh, my God, c’est quoi ce sport de malade là !” À la base, j’aime beaucoup les sports à l’extérieur, en montagne ou en sentier. Et comme ce n’est pas trop agréable d’être dans la gadoue le long des routes, c’est devenu une alternative l’hiver. Je transpose quasiment tous mes joggings dans le bois, avec mes raquettes. »

Les premières sorties exigent une certaine adaptation au niveau de la foulée. L’amplitude est moins grande et l’attaque au sol est différente. Mais, très vite, Julien Pinsonneault se rapproche des premières places. Depuis quatre ans, sur la distance de 10 kilomètres, il a remporté le Championnat canadien à deux reprises (2017 et 2019), obtenu une deuxième place (2018) et fini au troisième rang (2016). Son palmarès inclut également une deuxième position au Championnat national des États-Unis en 2018.

À la mi-février, il se rendra à Myoko pour participer à ses cinquièmes championnats du monde. Douzième lors des deux dernières éditions, avec une troisième place dans sa catégorie d’âge en 2019, il espère obtenir un résultat similaire sur les pentes japonaises. Il se mesurera à des représentants d’une vingtaine de pays.

« Il y a beaucoup d’athlètes professionnels ou semi-professionnels qui viennent de la course en montagne ou en sentier, comme l’Américain Joseph Gray ou le Français Stéphane Ricard, dit l’étudiant en physiothérapie à Sherbrooke. Ce sont de hautes pointures qui ont marqué leur sport. Il y a aussi des Espagnols et des Italiens qui sont très bons. Normalement, dans le top 5, ce sont tous des champions du monde ou des athlètes qui ont participé aux Jeux olympiques. J’aimerais faire un top 15 et je serais très content de passer dans le top 10. »

Le parcours de 11 kilomètres avec 500 mètres de dénivelé lui convient particulièrement, ajoute-t-il.

Un record en course partagé

Depuis deux ans, Julien Pinsonneault est un ambassadeur de l’association canadienne de course en raquettes. Il présente, de manière bénévole, des conférences dans des écoles primaires et secondaires afin de promouvoir l’univers du sport. Cet hiver, il a également lancé la Série du raquetteur maskoutain, composée initialement de trois épreuves.

« C’est une façon de défaire les mythes sur la course en raquettes. La plupart des gens ne connaissent pas trop ça ou n’ont pas trop d’intérêt à y aller. Ceux qui ont de super temps sur la route font toujours des comparaisons mais, en raquettes, tu peux être de deux à quatre minutes plus lent au kilomètre. Par exemple, à New York, la fin de semaine passée, j’avais de la neige au-dessus des genoux pendant toute la course. »

En fonction des conditions météorologiques, il dispute de 8 à 10 événements entre le début du mois de janvier et la mi-mars. Pour se préparer adéquatement, il effectue bon nombre de ses entraînements sur une piste ou sur un tapis roulant dont l’avantage est de pouvoir simuler les montées.

Quand les beaux jours reviennent, il se tourne vers les autres facettes du sport, dont les courses partagées. En août dernier, il a, par exemple, battu le record Guinness du demi-marathon (1 h 23 min 52 s) en poussant le fauteuil roulant de son ami Charles-Olivier Gauvin. Il l’a connu lorsqu’il travaillait comme moniteur dans un camp de jour.

« Il a une maladie musculaire et une déficience mentale. Quand il me voyait courir, il me disait toujours qu’il aimerait bien faire comme moi un jour. Quand j’ai eu la chance de faire une combinaison des deux [battre un record et faire plaisir à Charles-Olivier], je me suis dit : pourquoi pas ? Le fait d’être avec une autre personne, ça divise le stress en deux. On ne court pas forcément pour soi-même si on vise un certain chrono et qu’on veut battre un record. On court pour quelqu’un d’autre, c’est vraiment sensationnel. »