Après un début de saison presque parfait, Mikaël Kingsbury est prêt à (re)faire le spectacle à la Coupe du monde de bosses de Tremblant, samedi. Entrevue.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Ce n’est pas nécessaire d’aller à la montagne pour rencontrer Mikaël Kingsbury.

Le skieur acrobatique vit à moins de 10 minutes à pied du Centre Bell, dans un secteur de Griffintown toujours en travaux.

En cet après-midi du 15 janvier, il nous reçoit à son condo où le sapin de Noël n’est pas encore défait. Quand il n’est pas aux quatre coins du monde à taquiner les bosses, il passe la semaine en ville avec sa blonde Laurence, une étudiante à l’UQAM originaire comme lui de Deux-Montagnes.

« On est ici pour l’école, la job, et moi, m’entraîner au gym, qui n’est pas loin », explique Kingsbury après avoir mangé un pita au poulet sur le pouce. « C’est le fun d’être en ville, ça fait décrocher. Je ne veux pas habiter toute ma vie au centre-ville, mais je trouve ça le fun en ce moment, à mon âge. Tout se fait à pied : le métro, la bouffe, c’est comme une petite communauté au centre-ville. »

Les fins de semaine, il les passe au chalet familial de Saint-Sauveur, là où il a appris à skier à l’âge de 4 ans. Il saute sur ses planches quand il en a envie, parfois tard le soir, juste pour s’amuser avec les siens. « S’il y a de belles bosses, je vais y aller, mais je n’en fais pas trop. » Pendant les vacances des Fêtes, le médaillé d’or olympique s’est diverti avec des amis dans le parc à neige du versant Avila.

Place aux choses sérieuses

Après un stage d’une semaine à Val Saint-Côme avec l’équipe canadienne, les choses sérieuses reprennent jeudi à la station Tremblant, avec le premier entraînement pour la Coupe du monde de bosses programmée samedi.

Auteur d’un début de saison presque parfait en Finlande et en Chine, Kingsbury convoite une deuxième victoire sur la piste Flying Mile après celle de l’an dernier.

Le double champion mondial en est conscient : une deuxième place serait presque vue comme un échec aux yeux du grand public. « C’est bon signe en même temps. Ça veut dire que tu habitues le monde à un haut standard. D’une certaine façon, je suis comme un peu condamné à ça. » 

Je suis constant. Les gens se demandent toujours ce qui s’est passé si j’ai terminé deuxième…

Mikaël Kingsbury

Comme à Thaiwoo, le mois dernier, où le Québécois s’est incliné en simple devant son dauphin japonais Ikuma Horishima. En finale 2, ce dernier a fait la différence grâce à sa vitesse pour s’imposer par la marge infime de 0,6 point.

« J’ai fait ma meilleure descente de l’année et je finis deuxième, constate Kingsbury. C’est juste qu’il y avait quelqu’un de meilleur que moi ce jour-là. » Le lendemain, il a repris son trône en gagnant l’épreuve en parallèle, disposant en finale du Français Benjamin Cavet.

Sa domination à Ruka, en ouverture de campagne, est probablement ce qui lui a fait le plus plaisir. Il a répondu à une superbe performance d’Horishima (87,39 points) en inscrivant plus de 90 points. « C’est souvent l’une des finales les plus relevées de l’année. Tout le monde arrive prêt, sans petits bobos, et s’est entraîné fort durant la saison morte. Ça a parti la saison parfaitement. »

Pour ce 100e départ de sa carrière en Coupe du monde, la Fédération internationale de ski lui a fait un beau clin d’œil en publiant un micromessage où chacun de ses résultats était représenté par la couleur d’une médaille (82 !) ou une émoticône.

IMAGE TIRÉE DU COMPTE TWITTER @FISFREESTYLE

La fédération internationale de ski a publié un micromessage résumant les 100 premiers départs en Coupe du monde de Mikaël Kingsbury.

Le seul bonhomme fâché rouge correspond à la fois où il avait perdu son ski en qualifications à Lake Placid, en janvier 2011, soit le début de sa première saison complète sur le circuit. Après ce résultat singulier, il n’a jamais fait pire que neuvième (Ruka, décembre 2014), ce qui n’est arrivé qu’à une seule reprise.

Porter le flambeau

Essentiellement, Kingsbury termine sur le podium, le plus souvent sur la plus haute marche (58 fois, en incluant la dernière victoire en Chine).

Après avoir skié dans la noirceur de Ruka, près du cercle polaire, et dans l’anonymat de Thaiwoo, où les spectateurs sont au mieux clairsemés, l’athlète de 27 ans tient à bien faire devant les siens, dans son maillot jaune de meneur du classement.

Pour lui avant tout, mais aussi pour « les petits gars » qui viendront l’applaudir, comme lui le faisait tout jeune pour ses idoles à Mont-Gabriel ou Mont-Tremblant.

« Si un petit jeune va voir le Canadien de Montréal et qu’il perd 3-0, c’est un peu moins le fun que s’il gagne, qu’il a les trois étoiles et que le jeune se fait lancer une rondelle. Tu te souviens bien de ça. Tu te dis : “Eille, j’ai entendu trois fois la sirène des buts, c’est cool !” C’est un peu ça que je veux faire pour les jeunes. Bien performer pour les faire rêver. »

Une façon pour Kingsbury de porter le flambeau bien haut.