L’Xtreme de Verbier (Suisse), qui est la finale du Freeride World Tour (FWT) depuis 2008, porte parfaitement son nom. Vers le haut du Bec des Rosses, qui culmine à 3222 mètres, les téméraires s’élancent pour une descente de plus de 500 mètres avec une inclinaison moyenne de 50 %.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« C’est la face la plus mythique et la plus respectée. Il n’y a pas trop de place à l’erreur, car c’est assez raide. Il y a plus de roches que de neige », décrit le Québécois Laurent « Larry » Gauthier, qui a pris la troisième place lors de l’épreuve en 2013.

« Dans mon cas, j’essayais d’y prendre du plaisir, parce que c’est le but premier du ski, mais c’est sûr qu’on est un peu plus stressé à la porte de départ. Une fois dans la face, par contre, il n’y a plus d’émotions, c’est la concentration totale. Il faut faire les bons mouvements aux bons endroits. »

> Voyez une descente de Laurent Gauthier en 2014 à Courmayeur

Désormais retraité du Freeride World Tour, Gauthier y joue le rôle de juge depuis 2018. Comment décrirait-il sa discipline ? « Ça se passe sur une face naturelle avec une porte de départ, une porte d’arrivée et pas trop de règlements entre les deux. Ce qui est intéressant à voir, c’est la création et l’inspiration de chacun des riders », répond-il.

Les meilleurs au monde, tant à skis que sur une planche, se retrouvent lors des cinq événements du Freeride World Tour. Pour la troisième année de suite, ils mettront le cap sur le Japon le week-end prochain, puis sur le Canada (Golden, en Colombie-Britannique, du 6 au 12 février), Andorre, l’Autriche et enfin le fameux Xtreme de Verbier.

PHOTO ANTOINE CARON CABANA

En tant que juge, Laurent Gauthier doit prendre en considération cinq critères : la difficulté de la ligne, le contrôle, la fluidité, les sauts et la technique. Une note sur 100 est alors attribuée.

En tant que juge, Gauthier doit prendre en considération cinq critères : la difficulté de la ligne, le contrôle, la fluidité, les sauts et la technique. Une note sur 100 est alors attribuée. « En fin de compte, c’est l’impression générale qui importe », dit celui qui peut facilement se mettre dans la peau des participants.

« C’est un plaisir de juger les autres. Je sais comment ils se sentent en haut de la face et pendant qu’ils font la descente. En plus, le niveau est tellement fort sur le circuit que j’apprécie de voir l’évolution du sport. »

La pression

C’est dans l’Ouest canadien – il partage son temps entre Whistler et Chamonix (France) – que Gauthier a réellement découvert le Freeride. Petit à petit, il a gravi les échelons pour atteindre l’élite, soit le Freeride World Tour, en 2013. Malgré de bons résultats, il a arrêté après deux années sur le circuit pour « une question de pression ».

« Au début, je faisais de la compétition pour m’amuser et ça allait bien, démarre l’homme âgé de 35 ans. Dès qu’il y avait plus de pression, les sponsors, les résultats, je me suis rendu compte que j’appréciais un peu moins. J’aime mieux skier quand il n’y a personne, choisir mes propres faces et les faire quand je veux. Je skie pour moi et je fais des photos ou des vidéos. »

Le travail de juge occupe tout de même une bonne partie de son hiver. Il y a les déplacements, bien entendu, mais aussi la manière dont se déroulent les épreuves. Une fenêtre d’une semaine est réservée lors de chaque événement. La compétition a lieu lorsque les conditions sont jugées optimales, que ce soit sur le plan de la qualité de la neige, du risque d’avalanche ou de la visibilité.

Le risque d’accident est cependant inévitable. « C’est dangereux, mais ce sont des professionnels, rappelle Émile Lavoie, un Estrien qui s’occupe des communications, du marketing et de la production vidéo des événements du Freeride World Tour. C’est beaucoup plus calculé que les gens pensent. On choisit la face deux jours avant en fonction des conditions et, ensuite, les athlètes peuvent l’inspecter avec des jumelles. Ils passent deux heures à l’analyser, à prendre des photos, puis ils étudient leur ligne le soir. »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Émile Lavoie s’occupe des communications, du marketing et de la production vidéo des événements du Freeride World Tour.

Entre le Freeride World Tour, les étapes de qualifications et le circuit junior, ce sont plus de 200 compétitions qui sont organisées chaque année. D’après Gauthier, la France et la Suisse, étant donné leur formidable terrain de jeu alpin, possèdent une longueur d’avance sur les autres. Dans l’ensemble et notamment dans le volet féminin, le niveau ne fait qu’augmenter au fil des années, ajoute Lavoie.

« On voit beaucoup plus de trucs maintenant alors qu’avant, l’accent était beaucoup plus mis sur des lignes hyper raides et extrêmes. Maintenant, c’est un mélange de ça et de trucs comme des backflips ou des 360. À Kicking Horse [à Golden], par exemple, la face est moins raide et permet de faire plus de trucs », précise Lavoie, qui rêve de voir une épreuve de qualification en Gaspésie. 

> Voyez la descente de Craig Murray, vainqueur à Kicking Horse en 2019

La nouvelle génération dispose également de plus d’outils que ceux qui s’attaquaient à l’Xtreme de Verbier dans les années 90. En plus de pouvoir se joindre à des clubs de Freeride, elle peut s’abreuver de vidéos présentes sur les différentes plateformes en ligne.

« Les jeunes sont mieux encadrés, même si c’est un sport qui est difficile à coacher, souligne Gauthier. Les entraîneurs peuvent les diriger au bon endroit, les inspirer ou répondre à leurs questions. L’expérience est quand même un grand avantage dans notre sport. Plusieurs riders du circuit sont dans la mi-trentaine ou à la fin de la trentaine et connaissent parfaitement les faces. De toute façon, tu peux toujours en apprendre sur la montagne. »