(Montréal) À l’instar de Marcel Hirscher ou de Mikaela Shiffrin, Mikaël Kingsbury impose une telle domination sur son sport qu’on s’attend logiquement à le retrouver sur la plus haute marche du podium à chacune de ses épreuves.

Marc Delbès
La Presse canadienne

Son palmarès des deux dernières saisons en témoigne de façon éloquente. En 11 départs au circuit de la Coupe du monde, il a mérité neuf victoires. Et celui qui affiche un ratio de plus d’une victoire toutes les deux épreuves depuis le début de sa carrière internationale (63 victoires en 114 départs) ne donne aucune impression de vouloir ralentir.

Malgré ses succès à répétition, l’athlète de Deux-Montagnes a encore trouvé une façon d’être à son meilleur lorsque ça comptait le plus pour lui. En février, il a été sacré double champion du monde des bosses (en simple et en parallèle), un objectif qui lui tenait à cœur après sa contre-performance deux ans plus tôt en Espagne.

«Ce dont je suis le plus fier cette année, c’est que je suis allé aux Championnats du monde et j’ai gagné les deux titres», confie le médaillé d’or olympique des Jeux de PyeongChang en 2018.

«Je voulais prouver que j’étais capable de gagner les deux courses coup sur coup, surtout sur ma piste préférée à Deer Valley (Utah). J’avais une petite motivation de plus, car malgré ma très bonne saison 2017, je n’avais pas offert une performance à la hauteur de mes capacités aux précédents Mondiaux. Ça avait mis de l’ombre sur ma saison.»

Après avoir corrigé cette anomalie et obtenu un huitième globe de cristal consécutif, Kingsbury conclut l’année en s’assurant pour une deuxième année d’affilée le prix Lionel-Conacher, décerné par La Presse canadienne à l’athlète masculin de l’année au pays.

Kingsbury a récolté 15 des 71 votes (21,1%) au scrutin mené auprès des commentateurs et des responsables des sections sportives des médias à travers le pays.

Si Bianca Andreescu a été un choix quasi unanime pour le prix Bobbie-Rosenfeld, couronnant l’athlète féminine de l’année au Canada, jeudi, les répondants se sont montrés beaucoup plus partagés dans leur choix chez les hommes puisque 10 athlètes ont reçu des appuis.

Le jeune lanceur Mike Soroka des Braves d’Atlanta, finaliste au titre de recrue de l’année dans la Ligue nationale en vertu de sa fiche de 13-4 et sa m. p. m. de 2,68, a terminé deuxième avec 10 votes. Suivent le demi offensif Chuba Hubbard d’Oklahoma State et le sprinter Andre De Grasse, avec neuf votes chacun.

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Mike Soroka

Le joueur de tennis Denis Shapovalov, les centres Connor McDavid des Oilers d’Edmonton et Ryan O’Reilly des Blues de St. Louis, ainsi que le demi offensif Andrew Harris terminent ex aequo avec six votes. Le joueur de tennis Félix Auger-Aliassime (3) et le garde Jamal Murray (1) des Nuggets de Denver figurent également au palmarès.

S’ils sont nombreux au fil des ans à avoir remporté cet honneur deux années d’affilée, Kingsbury est le premier athlète québécois à y parvenir depuis… Maurice Richard en 1957 et 1958. Chez les dames, Eugenie Bouchard a été couronnée l’athlète féminine de l’année au pays en 2012 et 2013.

«Il continue de dominer son sport comme personne ne l’a fait auparavant», a écrit Sylvain St-Laurent, chef des sports du quotidien Le Droit d’Ottawa, pour expliquer son choix de Kingsbury.

«Je pense qu’on ne se trompe pas en disant qu’il est le meilleur skieur acrobatique au monde et qu’il peut même être considéré comme le meilleur de tous les temps à la lumière de son palmarès», a pour sa part noté Anthony Bruno, animateur à Global News.

Passion et capacité d’adaptation

De la façon dont Kingsbury réécrit le livre des records du ski de bosses, il ne fait aucun doute que nous avons affaire à un athlète d’exception. Qu’est-ce qui le rend si dominant?

« Sa passion pour son sport, avance tout d’abord l’ex-bosseur Jean-Luc Brassard, lui-même médaillé d’or aux Jeux olympiques de Lillehammer, en 1994. C’est aussi quelqu’un qui a un plaisir insatiable de compétitionner, sans compter qu’il est d’une assiduité exemplaire à l’entraînement.

“Il est également doté d’une faculté d’anticipation incroyable. Et comme il a également pratiqué les sauts acrobatiques au début de sa carrière, il dispose d’un immense bagage d’expérience. Il est en avance sur son temps puisqu’il maîtrise des sauts qui ne sont même pas encore autorisés en compétition. »

Ce qui fait dire à Brassard qu’il doute de revoir de son vivant un autre skieur dominer la discipline des bosses de cette façon.

Michel Hamelin, qui est désormais un observateur privilégié à titre d’entraîneur de l’équipe nationale des bosses, souligne lui aussi sa grande capacité à savoir s’adapter, peu importe les circonstances.

«Dans le ski de bosses, c’est difficile parce que les pistes changent constamment. Alors, gagner compétition après compétition comme Mick le fait, je trouve ça exceptionnel», affirme Hamelin, qui connaît Kingsbury depuis qu’il a 10 ans.

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Mikaël Kingsbury lors d'un entraînement à Park City, dans l'Utah, en février dernier.

Hamelin note que le secret de sa longévité au sommet de sa discipline tient aussi au fait qu’il a toujours autant de plaisir à relever les défis qu’à ses débuts.

«Comme un enfant qui s’amuse avec ses jouets, Mick fait ça avec son sport.»

L’athlète de 27 ans a beau s’amuser en compétition, il ne tient jamais rien pour acquis et il ne laisse rien au hasard.

«J’adore regarder les vidéos de mon sport. J’ai les vidéos de toutes les Coupes du monde depuis 2002. Et je connais les descentes de tous les gagnants.»

Il semble également immunisé face à la pression.

«J’adore la compétition. On voit beaucoup d’excellents skieurs à l’entraînement, mais l’histoire est différente en course à cause du stress, de la pression de bien faire. Moi, je carbure à la pression, à la compétition. L’été, ce qui me manque le plus, ce n’est pas de skier, c’est de me retrouver dans le portillon de départ, d’être le dernier à partir, d’avoir tous les projecteurs braqués sur moi et d’avoir le sentiment que je suis capable de me démarquer. »

Fiche parfaite?

Si Kingsbury se plaît à répéter qu’il a comme une cible dans le dos et que tous ses rivaux se nourrissent de l’ambition de le détrôner, le principal intéressé n’a pas l’intention de laisser sa couronne de sitôt.

«Nous avons encore quelques petits trucs qu’il n’a pas encore tentés en compétition, que ce soit des sauts avec des grabs, des amplitudes un peu plus hautes, avec une vrille de plus. On devrait aller dans cette direction cette année», avance Hamelin.

Kingsbury, lui, confirme qu’il lui reste encore des objectifs à atteindre.

«En Coupe du monde, c’est d’être pas loin d’une fiche parfaite. Je ne dis pas de gagner toutes les courses, mais de continuer à prendre des risques, de skier au maximum de mes capacités et de rester constant.»

Après un repos bien mérité au cours des deux prochaines semaines, Kingsbury se remettra en quête d’un neuvième globe de cristal d’affilée, fin janvier, lors de la Coupe du monde disputée devant son public à Tremblant.