Un an après une saison « catastrophique », le patineur de 31 ans fera un retour avec l’élite, vendredi, à la Coupe du monde de Nur-Sultan, au Kazakhstan.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

La douleur dans le bas du dos a frappé « comme l’éclair ». Alex Boisvert-Lacroix s’était simplement penché pour remplir son sac. Le gaillard de 1,91 m est tombé sur les genoux avant de s’écrouler au sol. Il est resté prostré, incapable du moindre mouvement.

Après un quart d’heure, il a réussi à se relever en s’agrippant au lit. Il avait prévu se rendre à l’Anneau olympique de Calgary à vélo ou en joggant. Il a plutôt commandé une voiture Uber. Il n’était plus question de patiner, simplement de parvenir coûte que coûte à la table des physiothérapeutes.

C’était le 26 décembre 2018, à une semaine d’une course sélective pour les Championnats du monde de patinage de vitesse sur longue piste. À 31 ans, l’athlète de Sherbrooke était un peu à la croisée des chemins.

Aux Jeux olympiques de PyeongChang, 10 mois plus tôt, il n’avait pas réussi le 500 m espéré d’un gagnant de deux Coupes du monde plus tôt dans la saison. Envahi par la pression, il avait fini 11e.

À l’automne, il avait manqué de justesse sa qualification pour les deux premières étapes du circuit international. Il avait reçu une invitation pour les deux suivantes, où il a procuré une troisième place au Canada sur la distance aux Mondiaux.

Encore fallait-il la décrocher lors de cette course à Calgary. Remis sur pied à grand-peine, Boisvert-Lacroix a fini quatrième, ratant la coupe par un dixième.

Plan B

Le médaillé de bronze des Mondiaux de 2016 s’est donc tourné vers le plan B, faisant son dernier stage pour l’obtention d’un baccalauréat d’intervention en activité physique à l’UQAM.

En février, un examen d’imagerie par résonance magnétique a révélé qu’il souffrait d’une hernie discale, blessure qu’il s’était probablement faite une première fois lors d’un entraînement en salle l’été précédent.

Avec l’aide des spécialistes de l’Institut national du sport du Québec (INSQ), au Parc olympique, Boisvert-Lacroix s’est reconstruit un pas à la fois. Son programme de musculation a été revu en entier. Fini les charges sur les épaules ; tous les poids devaient se trouver sous sa taille.

« J’essayais de gagner de la mobilité dans le haut du dos et les fléchisseurs des hanches, pour enlever la tension sur le bas du dos. La deuxième étape était de renforcer mes muscles du bas du dos. La troisième phase, c’était d’augmenter la difficulté chaque mois ou mois et demi. J’ai gagné en solidité. »

Cette année, je n’ai pratiquement pas eu de problèmes au dos.

Alex Boisvert-Lacroix

Sur la glace, il a poursuivi ses entraînements de courte piste avec les jeunes du centre régional de l’aréna Maurice-Richard. Il a accumulé les kilomètres sur son vélo de route, à raison de 250 à 300 par semaine. En plus de quatre séances de musculation.

Avec un tel volume d’activité, il mangeait sans trop se poser de questions. Le problème : il ne venait jamais à bout de sa faim : « À la fin de l’été, c’était devenu incontrôlable. Je me couchais en me disant : j’ai hâte de déjeuner demain matin ! »

Boisvert-Lacroix a consulté la nutritionniste Ève Crépeau à l’INSQ. Elle l’a aidé à mieux moduler son apport calorique. « Je ne mangeais vraiment pas assez au déjeuner et au dîner, explique-t-il. J’accumulais donc un déficit énorme tout au long de ma journée. C’était normal que je sois affamé le soir. J’ai juste mieux organisé ce que je mangeais. »

Sans faire un régime — 4000 calories par jour, quand même —, Boisvert-Lacroix s’est mis à fondre d’un demi-kilo par semaine. « J’ai stabilisé mon poids autour de 195 livres. La dernière fois que j’étais allé sous les 200 livres, ça devait remonter à mes bonnes vieilles années en courte piste, vers 2007. C’est certain que ce n’est pas mauvais pour mes accélérations, sur un 100 mètres de départ. »

« Un énorme soulagement »

Enfin en santé, Boisvert-Lacroix a terminé troisième du 500 m aux Championnats canadiens de Calgary, en octobre, assurant sa sélection pour les quatre premières Coupes du monde de la saison.

Quatrième dans le groupe B à Minsk, en Biélorussie, il a suffisamment bien patiné pour garantir sa place au sprint par équipes de Tomaszow Mazowiecki, en Pologne, la semaine suivante. Le 22 novembre, il a remporté le bronze avec Laurent Dubreuil et David La Rue, son partenaire d’entraînement à Montréal.

Deux jours plus tard, à l’épreuve individuelle, Boisvert-Lacroix s’est imposé dans le groupe B. Ce résultat lui permet de réintégrer le groupe principal, vendredi au Kazakhstan. « Pour moi, c’était un énorme soulagement », apprécie le patineur, joint en début de semaine à Nur-Sultan, nouveau nom d’Astana.

Je n’ai pas peur de le dire, la dernière année a été assez catastrophique pour moi. Tout ça était relié à ma blessure.

Alex Boisvert-Lacroix

Son temps réalisé en Pologne lui aurait valu le 10e rang dans le groupe A, où Dubreuil a gagné le bronze.

« Je me sentais prêt, vraiment en forme, mais tant que je ne courais pas, je ne pouvais pas savoir où je me situais. Cette première place dans le groupe B m’a donné confiance. Ça m’a montré que j’étais de retour dans l’élite mondiale. »

En 2017, Boisvert-Lacroix s’était inspiré d’une médaille d’or de Dubreuil en début de saison pour obtenir ses deux seules victoires individuelles en Coupe du monde.

« Ce serait le fun de faire un copier-coller !, projette l’homme aux six médailles. Je pense que le podium est encore atteignable pour moi. Et je ne dis pas ça pour paraître arrogant. […] Je vais donner le maximum pour les trois dernières courses de 500 m cet automne pour essayer de me rapprocher le plus possible du podium, si ce n’est pas d’y monter. »

Un an après avoir visité le tapis à Calgary, Alex Boisvert-Lacroix est prêt pour le prochain round.

Prochaine compétition : Coupe du monde de Nur-Sultan (Kazakhstan), vendredi, sprint par équipes et 500 m