Erik Guay fait un retour au ski alpin. Pas sur les planches, mais au conseil d’administration de Canada Alpin, pour qui il assumera le développement et la direction du plan de haute performance.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Moins d’un an après sa retraite de la compétition, l’ancien champion du monde n’est pas resté longtemps les bras croisés. Guay, 38 ans, se joint à un groupe de chefs d’entreprise et de philanthropes qui souhaitent relancer le ski canadien. Leur objectif : faire du Canada l’une des trois principales nations d’ici aux Jeux olympiques de 2026, à Milan et Cortina.

« Il faut viser plus haut », a soutenu Guay hier, quelques heures avant son élection à titre de membre d’un conseil d’administration de Canada Alpin (ACA) entièrement renouvelé.

« Je veux changer un peu la culture dans l’équipe nationale. En ce moment, on finit souvent 30e ou même plus loin, et on se dit : “Ce n’est pas grave, c’est la première course de l’année, on a du temps, il faut être patients.” Moi, je suis moins patient. Je demanderais un peu plus de performance. »

« Rajeunir l’organisation »

Guay fait partie d’un groupe de 12 personnes du monde des affaires dont l’objectif est de « rajeunir l’organisation » aux prises avec des difficultés financières depuis quelques années. L’ex-skieur a été recruté par le nouveau président, Tim Dattels, associé directeur chez TPG Capital Asia, et Mark D. Wiseman, directeur général principal chez BlackRock, les deux instigateurs de cette refonte.

« Je les connais assez bien. Quand ils m’ont demandé de me joindre à eux, ça m’a intéressé tout de suite. J’ai passé plusieurs années dans l’équipe. Je suis parent de skieuses. Le timing est parfait. Je ne connais pas grand-chose de la gouvernance, il y a beaucoup à apprendre. Mais sur le côté de la performance, il n’y a personne [du C.A.] qui connaît ça comme moi. Je serai donc responsable » de ce volet.

Élus par les 11 membres provinciaux et territoriaux d’ACA dans le cadre de l’assemblée générale annuelle, les 12 nouveaux administrateurs se sont engagés à soutenir financièrement la fédération pour les trois prochaines années.

Ce sont des gens d’affaires très influents, dont la fiscaliste et philanthrope Anne-Marie Boucher, Paul Desmarais III (Power Corporation), Blake Hutcheson (Oxford Properties), Don R. Lindsay (Teck Resources), Tracey Pearce (Bell Media) ou Darryl White (Banque de Montréal).

« Notre plan vise à renforcer la marque d’excellence de Canada Alpin et à améliorer la santé financière de l’organisation par le biais d’une solide gouvernance et d’une hausse du nombre de commanditaires  », a déclaré Tim Dattels dans un communiqué. ACA fêtera cette saison les 100 ans d’histoire du ski de compétition au Canada.

« L’appui des provinces a été très important, a souligné Guay. Ce sont eux qui élisent les membres. Ils sont dans le coup. Ils veulent du changement eux aussi et progresser. »

Évaluation

Sur le plan de la performance, Guay se donne la prochaine saison pour évaluer l’organisation sous toutes ses facettes avant de procéder à des changements au printemps. : « Je ne veux piler sur les orteils de personne. » Tous les entraîneurs, l’équipe de direction et les budgets demeurent donc inchangés.

« On a eu des périodes avec des athlètes de très haut niveau, mais ce n’est pas constant, a-t-il relevé. Il y a des années où c’est un peu mince, où on a moins d’athlètes. Initialement, ce sera de travailler juste avec l’équipe nationale, le côté haute performance, mais on veut s’impliquer également du côté provincial. »

Les provinces font déjà un bon travail, mais il faut que tout le monde s’entende sur un programme qui a du bon sens pour avancer.

Erik Guay

Guay s’inspire de l’exemple de Tennis Canada, qui récolte aujourd’hui les fruits d’une réorganisation amorcée en 2005. Il en a discuté avec l’ancien président Roger Martin, qui lui a raconté les dessous du parcours de Bianca Andreescu, championne des Internationaux des États-Unis. « Ils l’ont identifiée à l’âge de 9 ans. C’est une méchante athlète, mais ils lui ont donné les bons outils et un bon entourage. »

Le plus grand skieur canadien de l’histoire veut utiliser son bagage pour améliorer la communication à travers toutes les couches de la structure d’ACA.

« En ce moment, il y a différentes factions. Ils ont de la misère à travailler ensemble. C’est ce que je remarque de l’extérieur. Par exemple, je pense que les athlètes ne comprennent pas très bien ce que fait le C.A. ni même l’exécutif de l’équipe nationale. On entend souvent les athlètes se plaindre de Vania [Grandi, la PDG] ou de Martin [Rufener, le directeur aux affaires sportives]. Là-dessus, il faut être très clair et expliquer les deux côtés de la médaille. »

De retour de Sölden, où il a assisté à l’ouverture de la saison de Coupe du monde le week-end dernier, Guay a pu prendre une première mesure de l’état des troupes sur le terrain. Il a vu Erik Read finir septième du slalom géant.

« Il a réussi une première descente incroyable, où il est passé de 25e à 5e. Il a aussi bien skié que n’importe qui, même [Alexis] Pinturault [le vainqueur]. En deuxième manche, il a gagné la section du haut et il a ensuite commis une erreur qui lui a coûté très cher. Quand je vois ça, je me dis qu’on doit le soutenir adéquatement. »

PHOTO JOE KLAMAR, AGENCE FRANCE-PRESSE

Erik Read

Par exemple, Guay déplore l’absence d’un physiothérapeute à temps plein pour le groupe technique masculin, un élément qu’il souhaite voir ajouter dès cette saison. « Quand tu te bats à coups de dixièmes de seconde pour embarquer sur le podium, l’athlète ne doit pas avoir de stress. »

Du côté féminin, il a été témoin de la première victoire de la jeune Alice Robinson, une Néo-Zélandaise de 17 ans. « Quand on y pense, ça veut dire que des jeunes qui ont présentement 11 ans pourraient être dans l’équipe [aux Jeux olympiques de] Cortina en 2026. Ça arrive rapidement, et il faut mettre les choses en place pour être compétitif en bas âge et pour longtemps. »

En ce qui concerne la vitesse masculine, Guay espère que Ben Thomsen, sixième à Kitzbühel l’hiver dernier, prendra la relève en attendant l’émergence de jeunes skieurs chapeautés par le nouveau responsable John Kucera, son ancien coéquipier en qui il a grande confiance. « Il sait ce que ça leur prend. Si on les monte trop tôt en Coupe du monde, on peut les brûler. »

Un effectif réduit ?

À moyen terme, le nouvel administrateur d’ACA croit que l’équipe aurait avantage à réduire son effectif en Coupe du monde.

« Ç’a toujours été une embûche pour moi. Manny et moi, on visait le podium, mais il y avait quatre ou cinq gars qui finissaient 40e, 60e ou 70e. C’est difficile d’avoir une bonne ambiance et de bien travailler. Les coachs restent sur la piste plus longtemps, dépensent plus d’énergie, prennent plus de temps à préparer les vidéos. Ça diminue les chances que les meilleurs performent. »

En revanche, le financement d’une équipe de développement, qui a été supprimé pendant un certain temps il y a quelques années, est primordial à ses yeux.

Père de quatre filles, dont les plus vieilles font de la compétition, Guay ne cache pas que son rôle de parent n’est pas étranger à son implication. « Je pense à mes enfants, mais aussi à tous les enfants à travers le Canada qui ambitionnent de monter en Coupe du monde. On leur doit de fournir une équipe nationale prête à les soutenir à long terme. »

Le Canada a terminé 10e au classement Coupe des nations de la Coupe du monde l’hiver dernier.