(Glendale) David Lemieux est entré sur le ring sur la chanson That’s Life, de Frank Sinatra, samedi. Peut-être que My Way aurait été plus propice.

Publié le 22 mai
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

C’est qu’un petit air de fin de parcours régnait dans les profondeurs du Gila River Arena devant la loge du boxeur québécois, à Glendale, après sa défaite sans appel contre David Benavidez.

Marc Ramsay et Camille Estephan ne le diront pas. Lemieux lui-même a mentionné vouloir « parler à son équipe » lorsqu’interrogé au sujet d’une retraite potentielle sur le ring, après la rixe.

Mais la mine de l’entraîneur et du promoteur d’Eye of the Tiger Management en disait long.

« Ce ne sont pas des décisions que tu prends comme ça, on the fly, a souligné Ramsay. […] On va s’asseoir ensemble, on va parler à tout le monde, incluant le personnel médical. On va prendre une décision éclairée. »

Cette réflexion devra être menée de façon rationnelle, selon Estephan.

« David va toujours vouloir continuer », lance le promoteur en riant, accoté au mur donnant sur la chambre où Lemieux recevait des traitements.

Un réflexe de « guerrier », à l’image de la « frustration » de Lemieux lorsque Ramsay et l’arbitre ont pris la décision d’arrêter le combat au troisième round.

PHOTO RYAN HAFEY, FOURNIE PAR PREMIER BOXING CHAMPIONS

« Est-ce qu’on rebâtit ? se demande Estephan. Est-ce qu’on dit que c’est fini ? On va prendre le temps pour faire ça comme il le faut. »

Mais déjà, samedi, on a eu un aperçu des discussions à venir.

« Honnêtement, il a affronté d’après moi le meilleur au monde à 168 livres, estime Estephan. […] Il n’y a pas de gêne là-dedans. On s’est essayé. Il a gravi les échelons pour en arriver là. »

Le boxeur québécois avait de la difficulté à faire le poids à 160 livres. Malgré trois victoires consécutives à 168 livres, il n’a pas été de taille contre sa première vraie opposition depuis le changement de catégorie.

« David Lemieux est un très petit 168 livres, rappelle le promoteur. Il est un petit poids moyen. Si son corps ne lui permet pas de faire le poids à 160, c’est problématique. »

« C’est un combat, pas un match de tennis. Si t’es dans une situation où tu es désavantagé tout le temps… » Il ne finit pas sa phrase, mais on imagine la suite.

« Je suis fier de lui »

Si le parcours de Lemieux devait s’arrêter là, le bilan serait positif, estime son promoteur

L’important, c’est que la carrière de David Lemieux, c’est un succès no matter what. Je suis fier de lui.

Camille Estephan, promoteur d’Eye of the Tiger Management

« Il a fait salle comble au Madison Square Garden, avec un record qui existe toujours. On a fait les plus grandes cotes d’écoute de la radio québécoise, et pas juste pour le sport. Il y a beaucoup de choses dont on peut être fier. »

En plus d’avoir été champion du monde des poids moyens de l’IBF, en 2015.

PHOTO ESTHER LIN, FOURNIE PAR SHOWTIME

« Mais la chose dont je suis le plus fier, c’est bizarre à dire, mais c’est ce qu’il a fait [samedi] soir. »

Il parle du courage démontré devant un adversaire qui pourrait même faire flancher le fameux Saul « Canelo » Álvarez, selon Ramsay.

Camille Estephan esquisse un sourire triste.

« Il s’était fait vraiment mal. Il a continué. Il a attaqué avec férocité. Ce n’est pas tout le monde qui ferait ça. C’est rare. C’est un oiseau rare, Lemieux. »