Certains rêvent d’une voiture de luxe ou d’un voyage au bout du monde. Steven Butler rêvait d’offrir à sa mère une demeure bien à elle.

Publié le 24 déc. 2021
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

« Un autre objectif d’accompli. Merci à la vie de m’avoir donné l’opportunité d’acheter une maison à ma maman », écrivait Steven Butler sur son compte Twitter, le 30 novembre.

Voilà longtemps que le Montréalais caressait ce qu’il appelle son « rêve de gamin ». Quand il a fait l’acquisition de sa propriété avec sa conjointe, il y a trois ans et demi, il se sentait « presque mal [de s’être] acheté une maison avant d’en acheter une à [sa] mère », raconte le pugiliste à La Presse.

« Je me disais : mon prochain move, c’est de mettre ma mère dans une position confortable. »

L’occasion s’est présentée il y a quelques mois, quand le propriétaire de la maison où sa mère habitait lui a annoncé qu’il vendait. Elle avait donc jusqu’au 1er juillet pour se trouver un nouveau logement, explique-t-il.

Les prix [des habitations] ont extrêmement monté pendant la pandémie. J’ai ma petite sœur de 9 ans qui allait se retrouver dans un bloc d’appartements pour le même prix ou même plus cher que ce que [ma mère] louait déjà.

Steven Butler

La pandémie a fait mal financièrement à bien des gens, dont Butler. L’athlète de 26 ans n’est pas monté sur un ring pendant quelques mois. Pour aider sa mère, qui a versé quelques larmes en apprenant ses intentions, il a décidé d’utiliser de l’argent qu’il avait placé il y a longtemps auprès d’un investisseur professionnel.

Le marché étant ce qu’il est, la recherche n’a pas été simple. Le boxeur a fait ce qu’il fait de mieux : se battre. Pas à proprement parler, évidemment ! Il s’est battu en surenchères, pour de nombreuses maisons.

« Je suis un gars très positif alors [chaque fois] je me disais : ‟ce n’est pas la bonne.” Un moment donné, ma mère m’a demandé d’abandonner. Elle m’a dit : ‟Laisse faire, ça prend trop d’énergie.” À la fin, je ne lui faisais plus part [de ce qui se passait] parce qu’il y avait beaucoup de déception. »

Au bout de deux mois à envoyer « un million de maisons par jour » à son agent immobilier, il a finalement trouvé la perle rare.

Se sortir de la rue

La vie n’a pas toujours été facile pour Steven Butler, né dans un HLM du quartier Saint-Michel. « Je suis un gars de la rue », lance-t-il.

« Mes parents ont quitté [le HLM] assez tôt, mais j’y suis retourné parce que mes amis et mon ADN étaient là-bas. Je suis retourné dans les mauvaises décisions, la mauvaise place. J’ai réussi à me sortir du lot malgré tout. J’ai eu des problèmes de jeunesse, avec la police. Mais je m’en suis sorti et je suis fier de qui je suis rendu aujourd’hui, de la place où je me trouve. »

Le jeune Steven a grandi entouré de deux frères et une sœur. Ses parents n’approuvaient pas nécessairement son choix de faire de la boxe au départ, mais ils ont respecté sa décision.

Ma famille, pour moi, c’est tout. […] Elle est toujours là à tous mes combats. Ce sont les plus bruyants dans la salle, ils vivent le moment avec moi et me soutiennent à fond.

Steven Butler

Aujourd’hui, c’est lui qui est père de famille. Sa conjointe et lui ont deux petits garçons de 5 et 2 ans, des « fils à papa », dit-il en riant. Il leur transmet des valeurs familiales et de partage.

« C’est même un projet que j’ai avec [mon plus vieux] prochainement, d’aller porter de la nourriture et des vêtements aux itinérants pour lui montrer qu’il est chanceux d’avoir ce qu’il a, que papa et maman travaillent fort pour ça, mais qu’il doit être plus conscient qu’il est un petit bébé gâté. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Victoire de Steven Butler contre Paul Valenzuela fils en seulement 38 secondes, le 13 septembre 2019.




Y croire

Steven Butler (28-3-1, 24 K.-O.) boxe chez les professionnels depuis 2014. Comme bien des pugilistes, son plus grand rêve est d’être champion du monde. Il était tout près d’y arriver, le 23 décembre 2019, quand il s’est battu en ring étranger contre le Japonais Murata Ryota pour la ceinture WBA des poids moyens. Il a été vaincu par K.-O.

« J’ai fait une dépression à la suite de cette défaite-là. J’avais mon rêve entre les mains, mon rêve de jeunesse. Il était là. »

Le pugiliste n’est pas nécessairement « fier » de sa position actuelle, lui qui a perdu un autre combat ensuite contre le Mexicain Jose de Jesus Macias, en janvier dernier. Mais il a bon espoir de rebondir.

« J’ai eu des rencontres avec Marc Ramsay et Camille Estephan. On veut retourner au top. Mon équipe croit en moi, c’est ce qui est le plus important. Je crois en mes capacités. Si je ne pensais pas que je peux redevenir champion du monde, honnêtement, je me serais retiré de la boxe.

« Je ne boxe pas pour le fun, moi. Je boxe pour accomplir mes plus grands rêves. […] J’ai le talent qu’il faut pour y arriver. J’ai la discipline, le travail aussi. »

Le Québécois se battra le 19 février prochain, dans le cadre du deuxième gala d’une série de trois en trois mois soulignant le 10e anniversaire d’Eye of the Tiger Management (EOTTM).

« J’ai déjà les papillons », lance-t-il.

EOTTM fête ses 10 ans

Les trois galas d’EOTTM auront lieu le 22 janvier, le 19 février ainsi que le 26 mars, tous au Casino de Montréal. Le premier mettra en vedette en carte principale Arslanbek Makhmudov (13-0-0, 13 K.-O.), qui tentera de défendre son titre NABF des poids lourds face au Polonais Mariusz Wach (36-7-0, 19 K.-O.). Yves Ulysse Jr (20-2-0, 11 K.-O.) se mesurera quant à lui à Antonio Moran (26-5-1, 19 K.-O.) pour la ceinture NABF des super-légers. Le Trifluvien Simon Kean (20-1, 19 K.-O.) sera aussi en action, mais on ignore encore son adversaire. Les billets pour les trois galas sont déjà en vente.