(Montréal) Artur Beterbiev appartient à la crème de la crème de la boxe. Pas seulement au Québec, mais aussi dans le monde. Et le 17 décembre, ce pourrait bien être la dernière occasion de le voir se battre au Québec.

Publié le 1er déc. 2021
Frédéric Daigle La Presse Canadienne

Cela fera plus de cinq ans que Beterbiev (16-0, 16 K.-O.) ne se sera pas battu dans la Belle Province quand il mettra en jeu ses titres de l’International Boxing Federation (IBF) et du World Boxing Council (WBC) des mi-lourds contre Marcus Browne (24-1, 16 K.-O.).

Celui dont la carrière est gérée par Top Rank s’est battu à Moscou à son dernier combat, réalisant ainsi un rêve de boxer devant les siens. Cette fois, il est heureux de le faire à Montréal.

« Je veux avoir un bon combat à Montréal, car je vis ici depuis maintenant neuf ans, a dit Beterbiev, dont l’anglais s’est grandement amélioré. C’est ma maison, ma famille est ici, ma mère, qui apprend le français, est ici. Je suis un peu fébrile, même. »

« Une nervosité nécessaire pour garder un athlète sur la pointe des pieds », ajoutera plus tard Marc Ramsay, son entraîneur.

De fort belle humeur, le boxeur de 36 ans a échangé des blagues avec les nombreux journalistes qui se sont déplacés au gymnase de Ramsay pour un entraînement public, mercredi. Selon le copromoteur du gala du 17 décembre, Yvon Michel, les billets se vendent bien et il s’attend à de bonnes recettes à la télé à la carte.

Mais bien qu’il soit chez lui et l’un des meilleurs de la planète, c’est une configuration réduite du Centre Bell que Groupe Yvon Michel et Top Rank ont réservée. Michel espère vendre de 5000 à 7000 billets pour l’évènement.

Comment expliquer qu’un double champion du monde n’attire pas plus ?

« Il y a plein de facteurs, dont celui de la langue, a avancé Ramsay. Ce n’est pas quelqu’un non plus qui est originaire d’ici : je pense que naturellement, les gens sont plus enclins à encourager un Bouchard, un Caron ou un Durand. C’est normal : je pense que c’est comme ça partout dans le monde. Ce que nous sommes allés chercher, ce sont les fans de boxe. Mais il ne fait aucun doute que Beterbiev est le meilleur boxeur à s’être illustré au Canada. »

« Les gens qui sont des fans de boxe savent qui est Artur Beterbiev. Je ne sais pas si on va être capables de ravoir Artur ici dans le futur. Nous sommes privilégiés, c’est une chance unique », a dit Yvon Michel.

Il est un boxeur comme il n’y en a jamais eu dans l’histoire de la boxe ici. Il s’entraîne chez nous, sa famille vit ici, ses enfants sont nés au Québec, et c’est peut-être notre dernière chance de le voir en personne.

Yvon Michel

Le regretté chroniqueur de boxe Guy Émond ne serait peut-être pas d’accord avec l’évaluation que font Michel et Ramsay de Beterbiev. Mais on ne peut lui enlever qu’il est le premier double champion en titre du Québec.

« Je ne crois pas être le meilleur boxeur du Québec, a souligné Beterbiev. Il y a eu plusieurs bons boxeurs du Québec et il y en aura dans l’avenir aussi. Si quelqu’un pense que je suis un bon boxeur, ça me fait plaisir. Mais je ne crois pas être un bon boxeur. J’y aspire, par contre. »

Ça ne l’empêche pas d’avoir de grandes ambitions, comme de viser les quatre ceintures de la division.

« Mais ne le dites pas à personne », a-t-il laissé tomber en riant.

Canelo Álvarez

D’ailleurs, les plans de Top Rank sont clairs.

« Joe Smith fils [champion de la World Boxing Organization] se bat à New York en janvier [contre Callum Johnson, un ancien adversaire de Beterbiev]. L’objectif est d’amener Beterbiev contre Smith à New York au printemps. Après, ce que Top Rank croit, c’est que ce serait le bon moment de faire un combat contre Canelo Álvarez », a expliqué Michel.

Álvarez a lui-même évoqué le nom de Beterbiev après ses dernières victoires. Il n’y a plus aucun défi pour lui à 168 livres. Mais au lieu de passer à 175 livres et défier le double champion, Álvarez a plutôt choisi un adversaire de deuxième ordre chez les lourds-légers – Ilunga Makabu – pour son prochain combat, qui n’a toutefois pas encore été confirmé.

« Il a ses raisons : c’est lui qui call ses shots. S’il avait vraiment voulu affronter Artur, ce serait déjà fait », a résumé Ramsay.

D’ailleurs, le clan Beterbiev n’a que Browne en tête. Foi de Ramsay, l’Américain présente suffisamment de défis pour qu’il ne se concentre que sur cet affrontement.

« C’est certainement un des bons boxeurs qu’Artur a affrontés, a analysé Ramsay. Pas très loin derrière [Oleksandr] Gvozdyk. C’est un gars qui a des mains très rapides, probablement les plus rapides de la division. C’est un défi qui est très intéressant pour nous.

« Browne représente plusieurs problèmes. C’est l’un des plus rapides, on va devoir courir après lui dans le ring. Le fait qu’il est gaucher, qu’il a une longue allonge : ça fait plusieurs problèmes à neutraliser. […] Il faut être prêt à tout : si je vais là avec un plan A et que ça ne fonctionne pas, faut avoir un plan B. Si je n’ai pas de vitesse, pas de technique, et que la puissance ne fonctionne pas… C’est important d’avoir un boxeur qui est capable de toucher à tout. »

« Vous ne pouvez pas savoir ce qu’ils vous offriront dans le ring, a ajouté Beterbiev. Alors vous devez vous entraîner pour différentes situations. C’est ce que nous avons fait au cours des huit dernières semaines : nous préparer pour différents scénarios. »

Juste avant qu’Artur Beterbiev et Marcus Browne n’en décousent, Marie-Eve Dicaire (17-1) tentera de reprendre sa ceinture des poids super-mi-moyens de l’IBF, vacante depuis que Claressa Shields a changé de division, contre Cynthia Lozano (9-0, 7 K.-O.). En tout, huit combats seront présentés.