Yvon Michel n’attendra pas les recommandations du rapport du coroner sur la mort de la boxeuse mexicaine Jeanette Zacarias Zapata pour instaurer une première mesure au sein de son organisation.

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse
Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Plus jamais, affirme-t-il, une boxeuse ou un boxeur provenant de l’extérieur du Québec ne fera partie de l’une de ses cartes si elle ou il a subi un K. -O. à son combat précédent.

Le président de GYM, organisateur du gala du 28 août au stade IGA, dit avoir donné cette directive à son matchmaker Vincent Morin alors que la boxeuse mexicaine de 18 ans était aux soins intensifs de l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, après avoir été terrassée par Marie-Pier Houle en fin de quatrième round.

« Pour que ça n’arrive plus jamais. Que ça fasse six mois, un an ou deux ans, s’il a perdu par knock-out à son dernier combat, un boxeur ne sera pas sur une de nos cartes, a indiqué Michel, en entretien avec La Presse. Et je n’ai pas besoin qu’un règlement soit fait, on est capables de s’autoréguler. »

Le promoteur précise que seuls les pugilistes du Québec seront exclus de cette règle. Parce qu’il connaît bien les normes de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) auxquelles sont soumis les boxeurs après une mise hors de combat.

« Ici, on a le contrôle des protocoles de retour à l’entraînement et à la compétition », dit-il.

« Il y a quelque chose qui m’échappe »

Yvon Michel est revenu de la région d’Aguascalientes, au Mexique, où il a assisté samedi aux funérailles de la jeune boxeuse.

Sur place, il a discuté avec le journaliste de La Presse Marc Thibodeau, dont le dernier d’une série de quatre textes, paru mercredi, a laissé le promoteur « confus ». À plusieurs égards. Sur un point en particulier.

Lisez notre reportage de mercredi

Esteban Zacarias, le père de la victime, a expliqué à notre journaliste qu’on avait diagnostiqué un hématome cérébral chez sa fille après son combat du 14 mai, perdu par K. -O. à 12 secondes de la fin des six rounds de trois minutes.

Les hématomes intracrâniens sont des accumulations de sang à l’intérieur ou autour du cerveau.

Le père aurait refusé l’intervention chirurgicale préconisée par les médecins, puis la boxeuse aurait pu quitter l’hôpital privé après avoir été placée quatre heures en observation.

« Après un saignement cérébral, je ne comprends pas du tout comment un médecin, un neurologue, un entraîneur et un père – ça dépasse mon entendement, il y a quelque chose qui m’échappe –, comment on a pu permettre à la fille de boxer, laisse tomber le président de GYM. C’est incroyable. »

À la question « la mort de Jeanette Zacarias Zapata est-elle un accident lié au risque inhérent à ce sport, ou est-elle plutôt l’aboutissement d’une suite de mauvaises décisions ? », Yvon Michel a donc la réponse suivante :

Si ce n’est pas un accident, si c’est de la négligence, elle vient d’eux, là-bas.

Yvon Michel

Dans son équipe, « tout le monde trouve ça dramatique ». Mais personne ne doute d’avoir fait les choses correctement, affirme-t-il.

La suspension

Nous n’entrerons pas ici dans les détails de la mise sur pied d’un combat.

Dans les grandes lignes, dans le cas présent, Vincent Morin a communiqué avec l’agent Erick Eugenio Revuelta Lopez, au Mexique, afin de dénicher une adversaire à Marie-Pier Houle pour un combat de six rounds, à 147 lb.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Jeanette Zacarias Zapata et Marie-Pier Houle

L’opposante potentielle est ensuite présentée à l’entourage de Houle, qui doit évaluer s’il s’agit d’une bonne confrontation pour sa protégée dans le moment. Dans l’affirmative, Morin relaie l’information au sud et l’accompagne d’une offre financière. En l’occurrence, 1500 $ pour la boxeuse, plus la prise en charge de différentes dépenses.

Vincent Morin constate par ailleurs une suspension au dossier de Jeanette Zacarias Zapata, imposée à la suite de son récent K. -O. Sur Boxrec, on indique une suspension de 60 jours qui lui laisserait ainsi environ six semaines pour se préparer.

Or, dans notre texte publié mercredi, les intervenants mexicains parlent plutôt d’une suspension de 90 jours qui contraignait la boxeuse au repos jusqu’à la mi-août.

Pourtant, Zacarias Zapata a signé son contrat avec GYM le 21 juin et les démarches pour son visa ont eu lieu dans les semaines suivantes.

Le père et le coach de la boxeuse avaient indiqué le week-end dernier que celle-ci était apte à se battre et prête. L’était-elle ou non ?

Quoi qu’il en soit, une fois l’entente ficelée de part et d’autre, Yvon Michel doit remettre à la RACJ la preuve vaccinale de la boxeuse, celle du visa, le contrat, l’original d’un tomodensitogramme (CT scan) satisfaisant – signé le 15 août par un neurologue mexicain –, de même que celui de l’examen médical général du DJuan Carlos Sanchez. Ce dernier daté du 16 août, avec la mention fit to fight (en mesure de combattre).

Ensuite, la Régie fait vérifier par ses propres médecins l’authenticité des examens transmis.

Si la RACJ a des craintes sur un combat, elle communique avec le promoteur. Ce n’est pas arrivé cette fois. Par courriel, on a au contraire confirmé que tout était en règle.

En parallèle, au gymnase, on croit que Jeanette Zacarias Zapata va tenir tête à Marie-Pier Houle. Dans l’incapacité de trouver des vidéos de la Mexicaine, on s’en remet au fait qu’au moment de se faire passer le K. -O. par Cynthia Lozano (9-0, 7 K. -O.), le 14 mai, la jeune boxeuse était en avance sur la carte de l’un des trois juges.

Une vidéo d’un spectateur qui avait filmé la rude fin de ce duel fera surface sur le web alors que Jeanette Zacarias Zapata se trouvait aux soins intensifs à Montréal.

« Comment peut-on aller douter ? »

Peut-être que la vérification des informations transmises devrait être étendue à davantage de gens, suggère-t-on.

« Mais comment on peut faire ? rétorque Yvon Michel. C’est déjà beaucoup de monde : le responsable de la commission athlétique, deux médecins, son entraîneur, son père, qui nous garantissent que la fille est bien préparée et qu’elle peut boxer. Comment on peut aller, nous, douter de ça ? »

On souligne au promoteur que, dans certains pays, 1500 $ représentent beaucoup d’argent. Et qu’il est peut-être tentant de contourner un peu les protocoles. Mais la commission athlétique et les médecins n’ont rien à gagner à être laxistes, répond-il.

« Ce n’est pas juste une personne qui veut essayer de s’en sortir et d’aider du monde. Je n’en reviens pas que malgré tous les paravents, personne n’ait levé un flag », réitère Michel.

Quelles réformes pourraient donc émaner de l’enquête du coroner en cours au Québec ?

Chaque fois qu’il est arrivé quelque chose, on essaie toujours de faire mieux. C’est sûr qu’on va regarder comment.

Yvon Michel

Puis, il répète sa mesure, dévoilée en introduction de ce texte.

« Mais après, il faudrait passer un détecteur de mensonges à la commission athlétique, au neurologue, au médecin et à l’entraîneur ? Quel autre paravent on peut mettre ? Parce qu’il y en a beaucoup. »

N’empêche qu’au bout du compte, soutient Yvon Michel, comme d’autres l’ont fait ces dernières semaines, la vraie sécurité commence par une bonne gestion de l’entourage des athlètes.

L’histoire de Jeanette Zacarias Zapata l’illustre tristement.