En écoutant Jean Pascal, on perçoit qu’il considère la condition physique comme un facteur clé du combat revanche qui l’opposera à Badou Jack. La sienne, à tout le moins.

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Un athlète ne se réinvente pas à 38 ans. Au Hard Rock Stadium de Miami, le 6 juin, il ne faut pas s’attendre à voir un Jean Pascal 2.0. Néanmoins, il y a toujours de petits ajustements à apporter d’un combat à l’autre.

« J’étais un peu fatigué à la fin du premier combat. Il faut juste que je travaille un peu mieux ma condition physique », a-t-il indiqué, en entrevue avec La Presse. « Et le fait d’avoir commencé les six premiers rounds fort, vers la fin, j’avais un peu moins de gaz. Je crois que si je fais le même combat, mais que je me pace un peu mieux, je vais être en mesure de faire 12 bons rounds et sortir vainqueur. »

La condition physique et un meilleur dosage du rythme, donc. Parce que sur le terrain des habiletés, le champion des mi-lourds de la WBA estime avoir le dessus.

Badou n’est pas plus vite que moi, il ne frappe pas plus fort que moi, il n’a pas un meilleur jeu de jambes que moi. Ce que je pourrais lui donner, c’est qu’il a peut-être une meilleure défensive.

Jean Pascal

Normal, à 38 ans, de porter une attention particulière à la préparation physique et de l’envisager comme un enjeu. Cela dit, Badou Jack en a 37.

Par ailleurs, son exil à Porto Rico, où il s’entraîne depuis décembre, pourrait se révéler bénéfique, selon lui.

Parce qu’en matière de condition physique, il y a l’entraînement, mais la récupération et le repos aussi. Or, son condo ne se trouve qu’à trois minutes du gymnase de boxe et à une dizaine de minutes de celui de musculation.

« À mon âge, le temps de récupération est extrêmement important », souligne le Québécois.

À Montréal, il se serait buté aux déplacements en automobile et à ses aléas.

À Dorado, 30 minutes à l’ouest de la capitale, San Juan, sur la côte nord de l’île portoricaine, rien de tel.

Au moment de l’entrevue, il se relaxait d’ailleurs entre son entraînement de boxe matinal et sa séance musculaire de début de soirée.

« La pandémie va m’avoir coûté extrêmement cher, mais je crois que c’est un investissement qui valait la peine », prédit le protégé de Stéphan Larouche, qui a lui aussi passé beaucoup de temps dans les Caraïbes depuis cinq mois.

Pendant cette longue absence, le boxeur québécois a raté le 18e anniversaire de sa fille.

« On a quand même eu un bon moment virtuel pour sa fête », dit-il.

Premier face-à-face serré

À leur premier duel, fin décembre 2019, à Atlanta, Jean Pascal (35-6-1, 20 K.-O.) avait remporté une décision partagée face au Suédois Badou Jack (23-3-3, 13 K.-O.).

Verdict qui avait bien sûr été contesté par nombre d’observateurs, cela va de soi. Le combat avait été serré, reconnaît Pascal, qui se dit toutefois convaincu d’avoir gagné au moins sept rounds.

Le Québécois s’adresse cependant un certain reproche à propos de cet affrontement.

« Pour dire la vérité, je crois que je l’avais peut-être sous-estimé un peu, étant donné que j’avais déjà “sparré” avec lui auparavant. »

Il ne sous-entend pas qu’il ait pu négliger l’entraînement. Ce n’est pas son genre.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jean Pascal, en janvier 2020, quelques jours après sa victoire contre Badou Jack

Mais probablement que mon subconscient m’a joué un tour et que je l’ai pris un peu à la légère. Cette fois-ci, je sais à quoi m’attendre, alors je vais être encore mieux préparé.

Jean Pascal

Jean Pascal dit ne pas être un fervent des analyses vidéo. Il n’est pas un disciple du défunt Roger Neilson.

« Oui, j’ai réécouté le premier combat, oui, on l’a décortiqué un peu, Stéphan et moi, mais pas trop », indique-t-il.

Entre autres parce que Badou Jack a changé d’entraîneur. Pascal s’attend donc à ce que son adversaire lui présente un peu de nouveau et qu’il soit doublement motivé. Par ce changement de personnel et par la perspective de venger son revers de 2019.

Il se concentre donc sur l’optimisation de sa condition physique – on y revient – et se prépare « à avoir le meilleur Badou Jack devant [lui] ».

Pas de problème avec les influenceurs

Pascal-Jack II aura lieu en demi-finale de l’affrontement entre le légendaire Floyd Mayweather Jr. et l’influenceur Logan Paul, qui s’est entraîné avec le Québécois.

La carte complète du gala n’a été dévoilée que jeudi. Le boxeur originaire d’Haïti n’a toujours pas reçu de contrat, mais il ne s’en formalise pas.

Autre truc dont il ne se formalise guère : la prolifération de ces combats dits d’« exhibition », impliquant des boxeurs à la retraite ou des combattants qui ne sont pas boxeurs de profession.

« Sincèrement, je trouve ça positif. En ce moment, quel boxeur, à part Floyd Mayweather, est plus populaire que Logan Paul ? », demande Jean Pascal.

On réfléchit. Il répond rapidement lui-même : « Aucun. »

PHOTO EVA MARIE UZCATEGUI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Logan Paul, influenceur

Alors, Logan Paul apporte une nouvelle vitrine à la boxe. Il apporte des amateurs de sport occasionnels, des personnes qui n’ont jamais écouté la boxe et qui, peut-être grâce à lui, vont commencer à l’aimer.

Jean Pascal

« Les gens qui vont dire que ce n’est pas bon, je pense que ce sont surtout les puristes, poursuit-il. Mais à un moment donné, il faut évoluer. »

La situation poserait problème si les Logan et Jake Paul de ce monde ne s’entraînaient pas adéquatement, ajoute Pascal.

« Si c’était juste des youtubeurs sur le party, ce serait autre chose. Mais Jake et Logan Paul prennent le sport au sérieux, affirme-t-il. Je pense que c’est un plus pour la boxe. »