(Québec) Il se souvient encore de leur premier combat. Il se souvient des coups d’Óscar Rivas, différents de tous les autres reçus avant. Ces coups faisaient plus mal. Il se souvient d’avoir gardé les séquelles de cette soirée pendant des années.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Je n’avais jamais mesuré la peur que peut engendrer un boxeur de la trempe d’Óscar. Je l’ai affronté sur les freins, en crise d’anxiété quasiment. Il est impressionnant physiquement », raconte Sylvera Louis.

C’est pourtant de son plein gré que le boxeur de 38 ans va remonter dans le ring contre Rivas, ce mardi soir, à Québec. Louis (8-5, 4 K.-O.) n’a pas boxé depuis 2016. Le poids lourd a tout de même accepté l’offre du Groupe Yvon Michel (GYM).

« J’apprends à conduire manuel et récemment, j’ai brûlé mon moteur. La bourse couvre mon moteur et quelques frais », lance Louis au bout du fil, mi-sérieux, mi-farceur.

La vérité, c’est qu’il y a quelque temps encore, il n’aurait jamais accepté de remonter dans un ring avec Rivas (26-1, 18 K.-O.).

Leur premier affrontement, en 2012, avait été serré. Rivas, un boxeur colombien installé à Montréal depuis des années, l’avait emporté par décision majoritaire. L’un des trois juges avait donné la victoire à Louis.

Mais malgré ce résultat encourageant, il était sorti de cette soirée marqué. « Il y a un an et demi, je n’aurais pas accepté ce combat-là, parce que je n’avais pas suffisamment récupéré de notre premier affrontement. Je me considérais encore blessé. »

Un petit poids lourd intelligent

Louis n’est pas un boxeur très connu du grand public. Il n’a pas la fiche des champions. Mais il a pourtant vaincu des poids lourds de talent, comme Éric Martel-Bahoeli et Didier Bence.

C’est un petit poids lourd intelligent sur le ring, capable de ne pas se faire toucher.

Mike Moffa, ancien entraîneur de Sylvera Louis

Louis a commencé la boxe à 16 ans au club Champion. À l’époque, au tournant du siècle, Joachim Alcine s’entraînait là-bas, tout comme Renan St-Juste, Adonis Stevenson, Mathieu Germain ou encore Ghislain Maduma.

« C’est un endroit historique. C’était génial. Tu ouvrais la porte et l’odeur venait t’atteindre. C’était l’odeur de la boxe », se souvient Louis.

Il a mené une bonne petite carrière chez les amateurs, avec une quarantaine de combats et deux titres nationaux.

Passionné par son sport, il a ouvert avec son frère et un autre partenaire un gymnase en plein centre-ville de Montréal, l’Underdog. C’était en 2007. Puis il a commencé sa carrière professionnelle sur le tard, en 2010, dans la fin de la vingtaine.

À son cinquième combat, il battait Martel-Bahoeli, alors invaincu. Il s’était préparé grâce à des séances de sparring avec Rivas. Ça s’était plutôt bien passé.

Après sa victoire, il a donc décidé de défier publiquement Rivas, alors un jeune poids lourd débusqué par GYM dans le but d’en faire un champion du monde.

Leur premier combat ne s’est pas passé comme il l’aurait espéré. Il a boxé « sur les freins ». « Quand tu fais une course, il faut que tu penses pouvoir gagner. Mais je ne voulais même pas qu’il touche mes bras. Il frappe fort à ce point-là. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Sylvera Louis et Óscar Rivas le 8 juin 2012

Après ça, il n’a plus boxé au Québec. Il est devenu un adversaire de qualité, un type très prisé chez les poids lourds. Il a même causé quelques surprises. Puis, en 2016, il a perdu un duel à Toronto. Il semblait avoir accroché ses gants.

Mais GYM voulait faire boxer Rivas. Le promoteur organise ce mardi soir un gala à l’hôtel Plaza Québec. Rivas doit absolument l’emporter : un combat pour un titre mondial l’attend incessamment. La défaite n’est pas une option.

Peu d’observateurs accordent à Louis la moindre chance. Moffa pense que son ancien protégé « peut quand même surprendre, il a encore de la vitesse ».

« La question, c’est le menton, les jambes… Si le menton est encore là, les jambes sont encore là, ça pourrait faire un bon combat serré », croit Moffa. Mais il s’empresse d’ajouter : « Óscar était encore bébé à leur premier combat. Un poids lourd, c’est au sommet à au moins 30 ans », lâche l’entraîneur. Rivas a aujourd’hui 33 ans.

Deux plans

Louis a bien sûr un plan. En fait, il en a deux.

Il y a d’abord le plan défensif, qui consiste à fermer le jeu pour essayer de se rendre à l’issue des huit rounds. Puis il y a le plan offensif. « Si je vais vers l’avant, je pense que je vais avoir mal, mais je pense que j’ai une chance de le battre. »

« Maintenant, quand on en parle, mon plan, c’est d’aller vers l’avant. Mais tout change quand on se fait frapper. C’est animal, c’est parfait », dit-il.

Le boxeur dit avoir « accepté » ce qui s’en vient. Il sait que ça va faire mal. L’autre jour, il a même versé une « petite larme » en y pensant, avant de faire la paix avec ce qui l’attendait.

« Ça va faire mal. Mentalement, je l’accepte. Physiquement, ça va être avec les premiers coups de poing qu’on va voir. »

Les deux boxeurs ont fait le poids lundi. Óscar Rivas pesait 221,4 lb lors de la pesée officielle et Sylvera Louis, 203,8 lb.