De la visualisation, de l’activation mentale et physique, et au moins un bon repas en équipe : c’est de cette façon que seront meublées les dernières heures de Marie-Ève Dicaire avant son combat contre Claressa Shields, vendredi soir.

Frédéric Daigle
La Presse Canadienne

Habituellement, les médias ont un dernier contact rapide avec les boxeurs lors de la pesée d’avant-combat. La plupart ne parlent pas aux médias par la suite : la perte de poids ayant été si difficile, ils sont à la recherche du buffet le plus proche pour refaire leurs forces.

Il s’agit d’une image : ces athlètes sont maintenant entourés de professionnels de la nutrition. Mais de pouvoir discuter quelques minutes avec un boxeur, comme Dicaire l’a fait avec les représentants des médias jeudi, est rarissime. De pouvoir passer du temps seul à seul, comme La Presse Canadienne a pu le faire afin de connaître son emploi du temps des quelque 24 prochaines heures, arrive aussi peu souvent que le passage de la comète de Halley…

PHOTO SILVIA JONES, ILE PHOTOGRAPHY

Claressa Shields et Marie-Ève Dicaire

Contrairement à plusieurs boxeurs, Dicaire n’aura pas à vivre une période de réhydratation, tout simplement parce qu’elle n’a pas eu à se déshydrater en vue de la pesée de jeudi. Elle a facilement fait le poids à 152,6 livres (contre 153,6 pour Shields) alors que la limite pour ce combat d’unification des super-mi-moyennes est fixée à 154 livres.

Les sacrifices sont faits au quotidien. Dans la vie de tous les jours, je m’assure que mon poids soit plus bas afin d’avoir moins à perdre avant un combat. J’arrive pleine d’énergie de cette façon.

Marie-Ève Dicaire

« Après la pesée, c’est la traditionnelle banane avec un “shake” bourré d’électrolytes ! Je ferai un repas avec poulet, légumes, riz, avant de prendre une autre collation plus tard. En soirée, on se trouve un bon “steakhouse” et c’est le traditionnel souper d’équipe : viande rouge, pomme de terre au four, sans oublier le beurre ! Entre ça, je vais alterner avec des électrolytes et des boissons de récupération d’énergie. »

Depuis sa chambre d’hôtel de Flint, au Michigan, Dicaire explique que le plan détaillé a été fourni par Jean-François Gaudreau,son préparateur physique). « Le travail n’est pas terminé une fois la pesée faite. Ce que je vais manger, il faut que ça m’apporte une valeur nutritive. »

Par contre, elle ne prendra pas beaucoup de poids d’ici à ce qu’elle monte dans le ring du Dort Federal Event Center.

« J’arriverai autour de 160, 162 livres. Je suis une boxeuse qui se déplace beaucoup, qui travaille avec son agilité. Si je mange trop, je me sens lourde, pesante, pas aussi rapide. L’important pour moi, c’est d’avoir de l’énergie. Le poids n’est qu’un chiffre. »

Obligations médiatiques

Dicaire avait un Zoom prévu 30 minutes après la pesée avec les médias montréalais et une autre entrevue à 20 h.

Si elle se prête de bonne grâce aux demandes des médias — elle est parmi les plus généreuses de la profession —, quand approche le combat, elle s’en passerait volontiers.

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Marie-Ève Dicaire s’adresse aux médias

« En temps normal, ce n’est pas un fardeau. Jusqu’à environ deux semaines du combat, je n’ai pas de problème (à accorder des entrevues), souligne-t-elle. Quand l’entonnoir se referme un petit peu et qu’on se rapproche du combat, ça devient un peu plus difficile, car ce que je veux faire, c’est de me concentrer sur ma performance.

« Par contre, je suis consciente que je fais ce sport grâce aux gens qui achètent des billets. Ça fait donc partie de mon métier que d’être disponible comme ça. C’est à moi de faire la part des choses, d’être généreuse sans en faire trop, sans n’avoir que la vente de “Pay-Per-View” en tête. C’est pour ça que j’ai une relationniste (l’excellente Claire Couturier) : pour que la charge médiatique ne soit pas trop grande, mais suffisante pour remettre aux gens qui me permettent de vivre de ma passion. »

Pas question de lui parler la journée du combat par contre, du moins, pas avant la conclusion de celui-ci.

Récupération

Terminé, aussi, l’entraînement d’ici au combat. Il y aura bien une période d’activation physique, mais pas de tapis roulant, encore moins de séances de « sparring ».

« (La journée de la pesée), c’est une journée de récupération. Je suis allée prendre une marche avec mon entraîneur (Stéphane Harnois) ce matin. Ça se peut qu’on en reprenne une autre plus tard. »

C’est davantage sa préparation mentale que Dicaire va peaufiner au cours des prochaines heures.

« Nous irons visiter l’amphithéâtre. J’ai besoin de savoir où est le ring par rapport au vestiaire afin de rendre ma visualisation efficace. Quand tu fais de la visualisation, plus tes images sont précises, plus c’est efficace. Le but est de créer des liens entre ton cerveau et tes muscles pour être capable de réagir. Il y a beaucoup d’études qui ont prouvé que ton cerveau ne fait pas la différence entre la réalité et les images que tu vois. Si tu es capable d’avoir des images précises, ça rend le processus encore plus efficace.

Je ne vais pas jusqu’à compter le nombre de pas entre le vestiaire et le ring, mais je vais compter le nombre de pas entre les câbles. J’ai besoin de savoir de façon exacte l’environnement dans lequel je vais évoluer, l’espace précis dont je disposerai. Je veux savoir combien de pas j’ai avant de me retrouver dans les câbles.

Marie-Eve Dicaire

Sur place, elle contactera son préparateur mental, Jean-François Ménard, question de se donner des repères et parler des dernières journées.

« On ne se le cachera pas : la boxe est un sport particulier : il y a un côté médiatique qu’il n’y a pas en ski alpin, par exemple. On est soumis à des conférences de presse, des pesées, il y a beaucoup de médias d’impliqués. C’est important de retrouver notre concentration, qu’elle soit dirigée vers les bonnes choses et qu’on ne soit pas distrait par cette aventure médiatique autour du combat. »

En plus de cette visualisation qu’elle pratique depuis de nombreuses années, la boxeuse de 34 ans a ajouté la réalité virtuelle à sa préparation.

« J’en fais deux ou trois fois par semaine, surtout les journées de sparring. […] Je travaille avec le Dr David Tinjust (diplômé de médecine de l’Université de Paris et détenteur d’un doctorat en neurosciences de l’Université de Montréal).

« Ce qu’il fait, c’est vraiment excellent. J’ai des programmes créés par David. Il y a aussi des applications créées spécialement pour ça, comme React. Il y a aussi un jeu, Beat Saber, qui est vraiment mon jeu préféré. Ça ressemble à Guitar Hero, mais tu es armée de deux sabres laser et tu dois frapper des couleurs précises quand elles se présentent à toi. C’est fou ! Mon cerveau est allumé, en pleine attention, et c’est plaisant, donc je n’ai pas l’impression que c’est une corvée. »

Elle fera deux dernières séances en réalité virtuelle la veille et le jour du combat.

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Claressa Shields et Marie-Ève Dicaire montrent les ceintures en jeu.

Préparation finale

Dicaire est une lève-tôt, donc, une couche-tôt : 20 h 30 la veille d’un combat, bien que cette heure sera décalée quelque peu en raison de l’entrevue prévue pour 20 h jeudi.

Le lendemain, en plus de ses repas, collations et de sa sieste d’après-midi, elle devra voir à sa coiffure.

« Je vais faire tresser mes cheveux. Je suis contente de ne pas avoir eu à le faire avant de partir : ça tire, ça pique et je n’aime pas ça. Samuel Décarie (habituellement dans son coin, mais qui n’y sera pas ce week-end) nous a trouvé un salon de coiffure qui pouvait nous accueillir en matinée.

Pendant le reste de la journée, on va faire de l’activation, mentale et physique, des séances de visionnement avec mon entraîneur. Ce sera très relax.

Marie-Eve Dicaire

Jusqu’à ce qu’elle se mette en marche vers le ring, en compagnie de Harnois et d’Yvon Michel. Son promoteur a accepté de retourner dans son coin pour cet important combat, sans l’ombre d’un doute son plus grand défi en carrière.

Dicaire (17-0), championne de l’International Boxing Federation (IBF), fera face à toute une machine de boxe en Shields (10-0, 2 K.-O.) Déjà championne unifiée à 160 livres, l’Américaine de 25 ans tentera de devenir la première athlète tous genres confondus à être sacrée championne unifiée dans deux divisions de poids depuis l’avènement des quatre ceintures.

Shields mettra en jeu ses titres du World Boxing Council (WBC) et de la World Boxing Organization (WBO). Pour ne pas demeurer en reste, la World Boxing Association (WBA) ajoutera le titre vacant de super championne de la division à l’enjeu.

Le gala de ce vendredi, dont la portion féminine se mettra en branle à 21 h, sera disponible au Québec sur la télé à la carte, soit sur Bell, Indigo, Shaw, FITE TV et Yoop.