Si vous suivez Georges St-Pierre sur les réseaux sociaux, vous savez qu’il est encore dans une forme physique qui dépasse l’entendement. Qu’il passe son hiver à s’entraîner dans des parcs de la Rive-Sud. Et qu’il a maintenant des cheveux.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Ce qu’on ne voit pas, c’est que l’ex-combattant veut maintenant apparaître sur vos écrans de bien d’autres manières que par le truchement de son compte Instagram.

Au cours des derniers mois, celui qui demeure l’un des athlètes québécois les plus connus de la planète a embrassé à temps plein sa carrière… d’acteur.

Cela fait déjà quelques années que GSP a fait ses débuts devant la caméra. Son rôle le plus notoire jusqu’ici a été celui du vilain Georges Batroc dans le film Captain America : The Winter Soldier, en 2014, qu’il reprendra dans The Falcon and The Winter Soldier, qui sera offert au cours des prochaines semaines sur Disney+.

Mais le Québécois ne veut pas s’arrêter là. Et il ne veut pas que sa présence à l’écran se limite au bagarreur de service, qu’il a également campé dans quelques productions moins prestigieuses.

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

George St-Pierre dans le film Captain America : The Winter Soldier

Il est le premier à avouer que pendant son illustre carrière dans les arts martiaux mixtes, le showbiz constituait une activité périphérique qu’il ne prenait « pas tant au sérieux ».

Or, « l’acting, c’est comme le sport : si tu perds beaucoup de combats, ta carrière est foutue », illustre St-Pierre au bout du fil.

« Tout ce que je vais faire à partir de maintenant va être bien fait, enchaîne-t-il. Je réalise que c’est toute une opportunité qui s’offre à moi, et je veux être sûr de bien paraître. Pour ça, ça prend des cours. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Georges St-Pierre

Personne ne tombera en bas de sa chaise d’apprendre qu’il investit la même énergie à apprendre son nouveau métier qu’il mettait jadis à imposer sa suprématie chez les mi-moyens de l’UFC.

À son agenda figurent des cours de jeu – un pour le cinéma et un autre pour le théâtre –, une formation de perfectionnement pour les auditions ainsi que des leçons d’anglais, pour adoucir le fort accent qui le trahit lorsqu’il s’exprime dans la langue d’Orson Welles. Le tout, pandémie oblige, par l’entremise de la plateforme Zoom.

Il se concentre sur son jeu en anglais, puisque c’est d’abord au sud de la frontière qu’on semble s’intéresser à ses services.

« Nul n’est prophète en son pays », dit-il avec amusement, rappelant que dans les années 2000, sa reconnaissance dans les arts martiaux mixtes s’était également confirmée à l’extérieur du Québec avant qu’il n’acquière chez nous la notoriété que l’on connaît.

« Si je veux être pris au sérieux et obtenir un rôle ici, il va falloir que je me fasse d’abord accepter à l’étranger, estime-t-il. Je suis prêt à le faire, à travailler là-dessus. »

Il se dirigera d’ailleurs bientôt vers les États-Unis pour faire la promotion de The Falcon and The Winter Soldier. Là-bas, « de gros projets s’en viennent », dit-il, sans vouloir en dévoiler davantage pour l’instant.

« Aussi difficile »

Les parallèles entre ses démarches artistique et sportive ponctuent la discussion.

D’emblée, un aveu : sa préparation à sa nouvelle carrière est « aussi difficile » que l’a été celle précédant ses succès dans l’octogone.

Cela lui fait réaliser qu’il avait joué des rôles bien avant que le public ou lui-même ne puissent le suspecter.

Quand j’allais me battre et que je marchais vers l’octogone, je faisais semblant d’être excité, heureux, confiant ; je voulais avoir l’air inébranlable. Mais en réalité, j’étais terrifié, inconfortable. J’avais hâte que ça finisse, mais je ne voulais pas le laisser paraître.

Georges St-Pierre

« Préparer une scène, c’est comme préparer un combat, poursuit-il. Il y a beaucoup de visualisation et de répétitions. Souvent, pendant un combat, on se rend compte que notre adversaire n’est pas exactement comme on s’y attendait. Pas meilleur ou moins bon, juste différent. C’est la même chose pour les acteurs avec qui je joue. »

Se battre pour sa vie – littéralement – en arts martiaux mixtes aiguise également l’habileté à « lire le corps ». Des signes annoncent un coup de poing, détaille St-Pierre : l’épaule recule, le pied opposé avance. Le jeu réveille ces mêmes sens.

« Même dans la vie de tous les jours, je m’aperçois que plus de gens que je le pensais jouent la comédie, souligne-t-il. C’est vraiment intéressant. »

Lancé, il donne en exemple son lointain passé, alors qu’il assurait la sécurité dans des bars. « Quand je sortais, je ne me sentais plus comme un client, c’était comme si je travaillais toujours, dit-il. C’est un peu la même chose maintenant quand je regarde un film : je porte un regard sur la performance des acteurs, je me laisse moins aller. C’est assez bizarre ! »

Il y a une chose qui ne change pas, par contre : comme athlète professionnel, il a toujours considéré qu’il travaillait dans l’industrie du divertissement, qui englobe la musique et le cinéma. Il voit donc moins cette nouvelle avenue comme une révolution que comme une évolution dans sa carrière.

D’ailleurs, à bientôt 40 ans, il est le premier conscient qu’il ne pouvait « pas combattre toute [sa] vie ».

« Les athlètes ont une fenêtre dans laquelle ils atteignent leur sommet, mais il faut savoir se retirer, insiste-t-il. Ce n’est pas un jeu. »

Sa nouvelle carrière n’est pas davantage « un jeu », et St-Pierre le sait bien. La pression des projecteurs demeure la même, ça explique qu’il ne veuille pas rater son coup.

Il demeure quand même que les risques du métier sont un tout petit peu différents…