Le combat Dicaire-Shields aura (enfin) lieu. Au terme d’un chemin long et tortueux jusqu’à la toute fin.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Le choc très attendu entre Marie-Eve Dicaire et Claressa Shields se tiendra le 5 mars, dans un amphithéâtre de Flint, au Michigan, ville natale de l’Américaine.

Les négociations entre les deux camps ont été ardues, mais un terrain d’entente a finalement été trouvé tard lundi soir.

« C’est le plus gros combat de ma carrière, mais c’est aussi l’aboutissement d’une vie d’avoir une opportunité comme ça. D’aller unifier les quatre ceintures, ça va être une première au Québec », a commenté la boxeuse de Saint-Eustache.

L’affrontement entre Dicaire (17-0, 0 K.-O.) et Shields (10-0, 2 K.-O.), double médaillée d’or olympique, mettra aux prises les deux meilleures de la division super-mi-moyens. Il est prévu pour 10 rounds.

Shields veut devenir la première championne incontestée de l’ère des quatre ceintures majeures dans deux catégories de poids différentes. Pour ce faire, elle a besoin du titre de la Québécoise.

Chez les 154 lb, Dicaire détient la ceinture de l’IBF. Shields, celles du WBC et de la WBO. Ce sera donc un combat d’unification, avec en prime la ceinture de super-championne (super belt) de la WBA.

D’un lundi à l’autre

À l’origine, Yvon Michel pensait bien confirmer la tenue de l’affrontement autour du lundi 11 janvier. Ce jour-là, il a plutôt fait savoir au clan adverse que le duel n’aurait pas lieu.

« Le combat était prêt, on était sur le point de l’annoncer quand ils nous ont ajouté une clause dans l’entente… Ils nous obligeaient à faire des compromis tout le temps, et là, on n’était plus capables. Alors, on leur a dit que Marie-Eve était out, qu’on n’était plus là. On était fermes, on ne jouait pas un bluff. Finalement, ils sont revenus et ça s’est conclu hier [lundi] à 23 h », raconte le président de GYM.

Le face-à-face aura donc lieu une dizaine de mois plus tard que prévu après deux annulations – celles des 9 mai et 11 décembre derniers –, sans compter les multiples dates officieuses constamment reportées.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @BOXINGSCENE

Claressa Shields

Il a cependant d’abord fallu ramener la boxeuse québécoise dans le bateau.

« Ils m’ont convaincu, et après ç’a été un nouveau challenge de reconvaincre Marie-Eve. Elle était vraiment à bout. À partir du moment où on leur a dit qu’on n’était plus là, elle a senti une espèce de libération. Elle n’avait plus le goût de retourner là-dedans. Ça a pris le temps nécessaire avec son entraîneur, son agent et moi pour la ramener avec autant d’enthousiasme qu’au départ », révèle le promoteur, ajoutant que « les conditions sont maintenant excellentes ».

« C’était un mécanisme de protection parce que j’ai été déçue tellement de fois, explique Dicaire. J’étais désillusionnée par rapport à ce combat. »

En fin de compte, c’est peut-être son désenchantement qui aura permis de relancer les pourparlers.

« Mon équipe et moi avions décidé qu’on en avait assez et qu’on avait franchi le cap où l’évènement était rendu plus nuisible que bénéfique pour ma carrière. On voulait passer à autre chose pour la suite. Mais on était liés par ce contrat, donc on avait décidé de se libérer de ces engagements. Puis, c’est comme ça que les négociations sont reparties un peu. »

Les deux camps se sont donc rapprochés en cours de semaine. Mais Dicaire n’a pas été facile à rallier pour autant.

Quand mon agent m’a appelée, je lui ai dit : ‟Je te dis tout de suite, c’est non, mais je vais t’écouter.” Je suis vraiment partie de mauvaise foi !

Marie-Eve Dicaire

Jusqu’à mardi matin, la réaction de la championne IBF demeurait « neutre ». Même avec le contrat en main…

« On leur avait mis un ultimatum. Le contrat devait être rentré lundi à minuit. Puis quand il est arrivé, je ne l’ai même pas signé tout de suite. »

Elle l’a laissé sur le coin du bureau. Puis s’est entraînée.

L’ajout d’une clause de sécurité, advenant le cas où le combat serait encore reporté, lui a redonné confiance. Puis un appel, mardi matin, leur annonçant qu’ils avaient le feu vert pour promouvoir l’évènement a fait le reste.

« Maintenant, je suis embarquée dans la vibe et le beast mode est activé ! », lance celle qui a disputé son dernier combat le 23 novembre 2019.

Il s’agira de la toute première carte de boxe en direct entièrement féminine. L’affiche promotionnelle de l’évènement parle d’ailleurs d’une « herstoric » night of women’s fights

Positive, la Québécoise de 34 ans trouve de bons côtés dans les interminables tergiversations entourant ce combat.

« Ça fait un an qu’on se prépare. Il ne reste qu’à peaufiner des petites choses et s’assurer d’arriver à 100 % en santé, dit-elle. Le plus gros du travail est fait. »

Le plus gros du travail au gym. Avant celui sur le ring de Flint.