Il était une idole au Québec. Il remplissait le centre Paul-Sauvé tous les lundis. À titre d’« homme le plus fort du Canada », il paraissait invincible.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Si le personnage de Dino Bravo était – dans l’arène – invincible, Adolfo Bresciano – dans la vraie vie – ne l’était pas. Le 10 mars 1993, le Québec l’apprenait de la façon la plus brutale. Ce jour-là, l’ancien lutteur est tombé sous les balles à son domicile de Laval, vraisemblablement victime d’un règlement de comptes du crime organisé.

C’est justement en mettant en opposition ces deux facettes de Bresciano que le documentaire The Assassination of Dino Bravo, de la série Dark Side of the Ring, est si captivant.

Le documentaire de 44 minutes, narré par une autre légende canadienne de la lutte, Chris Jericho, est offert sur Crave depuis le 21 avril.

Le résultat, c’est une histoire plutôt bien racontée. On comprend assez vite que Vince McMahon n’a pas souhaité y collaborer, car les images du passage de Bravo à la WWF sont rares et de qualité moyenne. La richesse et la variété des témoignages nous font toutefois oublier ce désagrément.

Les producteurs Evan Husney et Jason Eisener ont en effet réuni une brochette impressionnante d’intervenants : 

— les spécialistes du monde criminel Claude Poirier et André Cédilot, l'ex-journaliste de La Presse ;
— les anciens lutteurs Jacques Rougeau et Gino Brito ;
— un autre ancien lutteur, Rick Martel, a refusé d’être interviewé, lui qui s’est retiré de la vie publique. On a toutefois ressorti des extraits d’une longue entrevue qu’il a accordée en 2007 ;
— l’ancien « gérant » de Bravo, Jimmy Hart (un type plutôt rigolo quand il laisse son satané porte-voix à la maison) ;
— l’ancien promoteur de lutte Tony Mule ;
— l’historien de la lutte et descripteur à TVA Sports Patric Laprade.

Laprade a aussi agi comme consultant dans l’aventure. C’est lui, par exemple, qui a mené les entrevues avec Claude Poirier et Claudia Bresciano, la fille de Bravo, qui témoignent tous les deux en français, même si le documentaire est en anglais.

« J’avais la confiance de Claudia, nous explique Laprade. Je l’avais interviewée pour un article sur les 25 ans de la mort de Bravo, en 2018. Elle avait ensuite convaincu sa mère, Diane, de me parler à ce moment-là. Dans le documentaire, c’est donc seulement la deuxième fois qu’elles accordent des entrevues sur la mort de Dino Bravo. »

PHOTO ROBERT NADON, ARCHIVES LA PRESSE

Dino Bravo, en plein combat le 11 avril 1983

Les témoignages les plus touchants sont justement ceux de Claudia Bresciano et de Diane Rivest, la veuve de Bravo. Laprade demande à Claudia ce qu’elle dirait à son père s’il revenait le temps de cinq minutes. « Que je lui pardonne d’avoir pris de mauvaises décisions, parce qu’il l’a fait pour nous, mais que je l’aime », laisse tomber la jeune femme, en larmes.

Le crime organisé

Les « mauvaises décisions ». Tout part un peu de là…

Dans les années 80, la WWF (aujourd’hui WWE) procède à une grande phase d’expansion. Pour faire grandir son empire, Vince McMahon souhaite attirer les plus grands noms de chaque territoire, et y va d’offres agressives. C’est ainsi que les Rougeau font le saut, suivis un peu plus tard de Martel et Bravo.

C’est là que commence une spirale infernale habilement racontée. L’argent coule à flots, le train de vie de Bravo augmente en conséquence, si bien qu’il emménage dans une maison à 850 000 $, selon les dépêches de l’époque.

Le contrat de Bravo se termine en 1992 et il n’est pas renouvelé. C’est là que l’homme fort, pour préserver son train de vie, commence à faire aller ses contacts. À titre de neveu de Vic Cotroni, on comprend que lesdits contacts ne sont pas tous recommandables.

« Il n’avait pas de casier judiciaire », soutient Claude Poirier dans le documentaire. Dans La Presse du 12 mars 1993, on écrit toutefois qu’il en avait un « pour violence, possession d’armes offensives et vols d’automobiles », mais que son dernier délit remontait à 1986. « Il a commencé à avoir de nouveaux amis qu’on n’avait jamais connus. Ce n’était pas un bon environnement », explique Diane Rivest.

Bravo finit par se retrouver mêlé au trafic de cigarettes. « Quand on était seuls, il m’amenait en auto avec lui chez les Indiens », raconte Claudia, reprenant la perception de l’enfant de 6 ans qu’elle était à l’époque.

L’étau se resserre jusqu’à ce 10 mars 1993, quand Bravo est retrouvé criblé de 11 balles, bien assis dans son fauteuil, sans traces d’effraction. Il s’agissait alors du troisième meurtre en quelques mois dans son quartier huppé de Laval. Les deux premiers étaient liés au crime organisé.

Mafia ? Motards ? Autochtones ? C’est dans ce cul-de-sac que l’on se retrouve en conclusion. Le même cul-de-sac dans lequel la police se retrouve, 27 ans plus tard.

Regardez le documentaire sur Crave