Le titre de cette rubrique est 15 minutes au téléphone avec. On raccroche avec le Québécois Sami Zayn et, tiens donc, on a fini par jaser… 38 minutes ! C’est qu’il a bien des choses à dire.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Sami Zayn, le lutteur, ne vit pas de grands changements dans sa routine. Il partage généralement son temps entre Montréal, Orlando et les différents arénas où la WWE se déplace. Or, la WWE n’est pas en arrêt complet, mais produit des spectacles à huis clos. Elle les fait tous à son centre d’entraînement, justement à Orlando.

« À 10 minutes de chez moi ! », lance-t-il au bout du fil. Donc c’est là qu’il reste depuis l’éclosion de la pandémie.

« On est souvent sur la route. Quand je rentre pour deux ou trois jours, je suis tranquille. On ne court pas partout, ma femme et moi. Donc nos vies ne changent pas vraiment. Sauf que cette fois, on n’est pas à la maison par choix ! »

Un drôle de moment pour que la lutte tourne au ralenti, car lors du tout dernier spectacle devant public, le 8 mars, il a gagné le titre Intercontinental, sa toute première ceinture à la WWE. 

C’est considéré comme la ceinture des travaillants. Shawn Michaels et Mr. Perfect l’ont gagnée. Pendant des années, les gens disaient que cette ceinture était faite pour moi, et maintenant que je l’ai, on ne lutte presque plus !

Sami Zayn

Pour un gars qui joue le rôle du vilain, l’occasion aurait été belle de se vanter de son titre et de faire rager les amateurs.

« J’aurais pu aller narguer la foule avec ma ceinture ! souligne-t-il. C’est un drôle de temps pour gagner. Mais ce qui se passe sur la planète en ce moment est encore plus bizarre. »

Environnement, soins de santé

Ce qui se passe sur la planète, c’est cette pandémie de COVID-19, mais aussi les changements climatiques. Et c’est là que Sami Zayn, le lutteur, fait place à Rami Sebei, le citoyen, qui en a long à dire.

Il nous parle du temps qu’il passe en couple. Et les enfants ? L’homme de 35 ans n’en a pas, et il se questionne.

« Chaque génération a peur des changements dans le monde. Mais aujourd’hui, plus que jamais, je me demande dans quel monde mes enfants vivraient. On sait depuis des années que les changements climatiques auront un impact, que notre mode de vie actuel n’est pas durable.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Sami Zayn (à gauche) en compagnie d’un autre Québécois de la WWE, Kevin Owens (à droite), lors d’un gala tenu en avril 2008 à Montréal.

« La crise actuelle n’est pas liée à l’environnement, mais c’est la première fois que l’on doit changer notre mode de vie quotidien. C’est peut-être un aperçu de notre vie dans 20, 30, 40 ans. Je ne veux pas avoir l’air alarmiste, mais ça m’inquiète. »

Sur la scène politique américaine, Bernie Sanders est le porte-étendard de cette urgence climatique, et Zayn ne cache pas son admiration pour le sénateur du Vermont sur Twitter. Le Lavallois est bien conscient que son candidat s’inclinera devant Joe Biden dans la course à l’investiture démocrate, mais ça ne l’empêche pas de continuer à croire aux causes que défend Sanders.

« Je viens aux États-Unis depuis 2004, mais j’y habite seulement depuis sept ans. Ça m’a pris du temps à comprendre les différences sans juger les gens. Mais je vois le monde différemment, peut-être parce que je suis un arabe anglo-québécois, que j’ai grandi dans un certain contexte. C’est dur pour moi de comprendre pourquoi un pays n’a pas de système de santé universel. Je sais qu’on se plaint du nôtre au Québec. Mais à mes yeux, l’accès gratuit à des soins de santé va de soi.

Il est injustifiable que des gens soient oubliés par le système de santé, car pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on a l’argent, le personnel et la technologie pour éviter de la souffrance à plusieurs. Mais on n’y arrive pas, et c’est notre échec.

Sami Zayn

Au Québec, où le milieu hyperaseptisé de la LNH prend beaucoup de place, il est plutôt rare que des athlètes prennent position de façon aussi tranchée que le fait Zayn. « Je me questionne souvent avant de publier un tweet. Est-ce que mon opinion est vraiment importante ? Puis, je me dis que j’ai une bonne portée [1,1 million d’abonnés Twitter]. Peut-être que mon message se rend à des gens qui ne penseraient pas à ces enjeux en temps normal. Peut-être que c’est formulé d’une façon qui les intéresse. Mais je suis bien conscient que je ne change pas le résultat du scrutin en écrivant : votez pour Sanders ! »

En fait, ce désir de jouer un rôle plus actif lui est venu de… P.K. Subban, et de sa campagne pour la Fondation de l’Hôpital de Montréal pour enfants.

« Au début, je pensais simplement faire des dons pour les causes qui me tiennent à cœur. Tout le monde fait sa part, pas besoin de s’en vanter. Mais j’ai vu Subban utiliser son argent et sa visibilité pour faire quelque chose de gros. Donner est une chose, mais augmenter la visibilité d’une cause en est une autre. C’est pourquoi je me suis impliqué. »

Sa cause : le mouvement Sami for Syria, qui fournit aux victimes du conflit syrien des soins médicaux sous forme de clinique mobile. La Syrie est le pays d’origine de sa famille, et l’accès aux soins de santé, visiblement, lui tient à cœur.