Kim Clavel a décidé de quitter Eye of the Tiger Management (EOTTM) pour une question de loyauté.

Frédéric Daigle
La Presse canadienne

C’est ce que la championne de la North American Boxing Federation (NABF) des mi-mouches a expliqué vendredi, lors d’un événement promotionnel.

Clavel (11-0, 2 K.-O.) s’est en quelque sorte retrouvée prise entre l’arbre et l’écorce dans le conflit opposant l’entraîneur Stéphan Larouche et Camille Estephan, le président d’EOTTM. Ce conflit a mené le promoteur à retirer tous les boxeurs de son écurie à l’entraîneur basé à Montréal. Larouche et ses partenaires de travail Pierre Bouchard et Carl Handy sont depuis persona non grata des événements d’EOTTM.

Larouche n’est pas l’entraîneur de Clavel, mais la boxeuse de 29 ans est entraînée par Danielle Bouchard, qui occupe le même gymnase que Larouche et son groupe. Forcément, elle profitait des conseils de tout ce monde.

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Kim Clavel et Danielle Bouchard.

« Ça a commencé il y a un an et demi, a expliqué Clavel, rencontrée chez son commanditaire Christin Chevrolet Buick GMC. J’avais deux combats chez les professionnelles et Stéphan Larouche, Pierre Bouchard et Carl Handy étaient tous dans mon coin. Tout le monde connaît le conflit entre Stéphan et Camille. À ce moment-là, j’ai reçu un appel de Camille au gymnase. Il m’a dit qu’il ne voulait plus voir Stéphan dans ses galas. J’avais Danielle Bouchard dans mon coin, j’ai alors proposé de garder Pierre comme entraîneur. Mais Camille ne voulait plus le voir non plus, pas plus que Carl Handy, qui selon Camille, avait déjà parlé en mal d’EOTTM.

Toute mon équipe était partie. Je dois avouer que ce jour-là, j’ai pleuré. Je commençais ma carrière professionnelle et toute mon équipe se faisait virer. Il a fallu que je me “revire sur un 10 cennes”. On voulait que je prenne des gens qui travaillaient pour EOTTM, mais j’avais Danielle. On a donc décidé de refaire notre équipe. »

Clavel a alors opté pour un groupe tout féminin : en plus de Bouchard, elle a embauché sa grande amie et ex-partenaire au sein de l’équipe nationale Sara Kali, ainsi que Nathalie Forget, une kinésiologue qui a déjà boxé chez les professionnelles. Ces trois femmes ne sont toutefois pas des entraîneuses de carrière.

« Ça fonctionne cette équipe, mais Nathalie est kinésiologue, Sara s’entraîne et va à l’école, Danielle est enseignante à temps plein : elles ne peuvent pas toujours prendre congé pour des conférences de presse. Alors j’y vais seule, car Stéphan, Pierre et Carl ne peuvent y assister. Je me suis même déjà retrouvée seule pour une pesée : c’est stressant pour une athlète. J’aime avoir les gens qui m’accompagnent chaque jour dans le gym avec moi. Je n’ai pas à vivre des stress comme ça. »

Rejoint au téléphone, Estephan ne nie pas qu’il a demandé à Clavel de choisir.

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Camille Estephan

« Aussitôt que le problème a surgi avec Stéphan Larouche, je me suis assis avec Kim et je lui ai dit que c’était une situation inconfortable pour elle, a-t-il expliqué. J’avais promis des choses par contrat et je voulais m’assurer de remplir ces promesses. Je lui ai toutefois dit que si elle n’était pas à l’aise, je pouvais la laisser partir, que je ne voulais pas qu’elle soit inconfortable. »

Quand elle a accepté de rester pour la durée du contrat, le promoteur a plutôt compris qu’elle souhaitait s’engager à long terme avec lui. Il admet aujourd’hui qu’il n’aurait peut-être pas investi les sommes nécessaires à la tenue du combat de championnat NABF du 7 décembre dernier s’il avait su que ce serait le dernier combat de Clavel sous la bannière EOTTM.

Par souci de loyauté, Clavel souhaitait respecter ce contrat, mais elle n’en pouvait plus de devoir jongler entre les deux groupes.

« Je n’ai rien de négatif à dire sur EOTTM : ils m’ont donné des combats, je me suis battue pour une ceinture, ça a été de belles opportunités. Ça s’est bien passé, j’ai livré la marchandise et je pense avoir fait de la bonne publicité à EOTTM. Ils disent qu’ils ont investi des milliers de dollars : j’ai été payée pour le travail que j’avais à faire. Si je signe un contrat de deux ans avec un hôpital — Clavel a mis sa carrière d’infirmière en veilleuse afin de vivre son rêve de boxe professionnelle —, j’espère qu’on va payer les heures que je vais travailler. Ça fonctionne des deux côtés. […] Je voulais choisir mon équipe et la seule façon de le faire, c’était de ne pas renouveler mon contrat. »

« Nous ne sommes pas en mauvais terme, nous lui souhaitons la meilleure des chances, a ajouté Estephan. Mais évidemment, quand tu investis dans la carrière d’un boxeur, ça ne rapporte pas après deux ans. »

Maintenant qu’elle peut choisir son équipe, gardera-t-elle la même ?

« Probablement que l’équipe que j’ai montée va demeurer en place, a-t-elle dit. On a fait du bon travail et les filles sont compétentes. Mais là, j’aurai tout le monde autour de moi dans mon vestiaire. Ils vont peut-être s’occuper d’un autre boxeur en même temps, mais ils seront près de moi, près de mon coin quand je serai sur le ring. Ils seront là en conférence de presse, à la pesée, etc. ».

Quant à son promoteur, elle devrait être en mesure d’annoncer sa nouvelle association dans quelques semaines. Elle a rencontré Yvon Michel et a eu des discussions avec Jean Pascal et réfléchit présentement à ses options tout en poursuivant l’entraînement en vue d’un prochain combat.

« C’est “le fun” de savoir que je ne suis pas laissée sur le bord du chemin : des gens souhaitent travailler avec moi. Ça fait quatre semaines que je suis dans le gym, je suis en forme. De la boxe, il n’en manque pas. Je serai fixée dans les prochaines semaines. »