(Montréal) Eleider Alvarez ne le sait que trop bien : il n’a pas le droit de connaître le même genre de contre-performance qu’en février dernier face à Michael Seals, samedi.

Frédéric Daigle
La Presse canadienne

Après avoir réalisé l’une des plus belles surprises de la boxe en 2018 en passant un retentissant K. -O. à Sergey Kovalev pour lui ravir son titre des mi-lourds de la World Boxing Organization (WBO), Alvarez n’a pas été à la hauteur lors du combat revanche, disputé à Frisco, au Texas.

Complètement à plat, Alvarez (24-1, 12 K. -O.) a été dominé par Kovalev, qui n’a pas eu de mal à reprendre son titre par décision unanime. Un des juges a même estimé qu’Alvarez avait perdu tous les rounds, marquant le match 120-108 pour le Russe.

« Je suis très conscient que je ne peux pas offrir une autre performance comme celle face à Kovalev, a admis Alvarez, rencontré au nouveau gymnase de son entraîneur Marc Ramsay la semaine dernière. Je veux régler des choses contre Seals. J’aurais aimé le faire avant, mais les circonstances ont fait que je n’ai pas pu. »

« La chose la plus importante est de ne pas faire comme si rien n’était arrivé, a pour sa part indiqué Ramsay. Il fallait qu’on s’assoie et qu’on regarde ce qui est arrivé. […] Il y avait des choses hors de notre contrôle : les gens ne le savent pas parce qu’on ne voulait pas en faire une grosse histoire, mais Eleider a subi un claquage à la cuisse quelques jours avant le combat. Il était moins en mesure de se servir de ses jambes que lors du premier affrontement. Ce n’était pas majeur, mais c’est venu nous emmerder.

« Il y a aussi le fait qu’il s’est mis dans la tête qu’il allait de nouveau passer le K. -O. Il voulait jouer juste au niveau physique, à courte distance avec Kovalev. Ce n’était pas du tout ce que nous avions préparé. Il a commis des erreurs, tandis que de mon côté, j’aurais pu aussi le tenir plus serré au niveau de la stratégie. On n’a pas suivi le plan de match. »

Seals (24-2, 18 K. -O.) n’était pas le premier choix du clan Alvarez, mais son nom se trouvait sur la courte liste fournie par Ramsay au promoteur Yvon Michel. Seals est un protégé de Top Rank, et le combat est la grande finale d’un gala mis sur pied par les promoteurs américains au Turning Stone Casino de Verona, dans l’État de New York.

« C’est un gars qui faisait quand même notre affaire : il représente un certain danger, bon boxeur, super force de frappe, qui est l’élément no 1 à surveiller dans ce combat, a noté Ramsay. Il faudra qu’on soit très attentifs et qu’on ait une bonne défense. »

Le temps presse

Pour Alvarez, qui aura 36 ans en avril, le temps presse. Avant son premier combat professionnel, il avait déclaré à Ramsay qu’il souhaitait prendre sa retraite à 35 ans. Les deux hommes ont d’ailleurs discuté franchement de l’avenir au cours des derniers mois. Ramsay souhaite voir ses boxeurs quitter selon leurs termes, mais surtout en santé.

« Je ne me sens pas usé : pour diverses raisons, je n’ai pas beaucoup boxé en début de carrière et elle n’a vraiment commencé qu’à l’âge de 30 ans. Je me vois faire ça encore quatre ans. Je ne veux pas me battre à 40 ans. Je veux avoir une belle retraite. Je n’ai pas envie de me retrouver avec des problèmes d’élocution ou d’être physiquement hypothéqué. J’ai aussi promis à ma famille que si je ne me sentais pas bien, j’allais arrêter immédiatement. »

Voilà pourquoi il est d’autant plus important d’amorcer 2020 en force pour le Montréalais d’origine colombienne.

« Tout est sur la table avec une victoire : on peut retourner en championnat du monde ou affronter un autre gros nom de la division, a laissé tomber Ramsay. C’est pourquoi c’est important de régler le cas Seals [samedi]. Ensuite, le meilleur nom disponible. »

« Dans cette optique, Seals est l’un de mes combats les plus importants en carrière, a renchéri Alvarez. Il vient pour se battre et ajouter mon nom à son tableau de chasse. C’est pour ça que j’ai pris tous les moyens pour ne pas répéter les mêmes erreurs. […] Je veux prouver que j’appartiens toujours à la crème de la division.

« On apprend de nos erreurs dans notre carrière. Je ne veux pas faire la même erreur dans l’avenir. […] Seals est celui qui peut m’empêcher d’aller de l’avant, c’est important de laisser une bonne impression. »