Onze. C’est le nombre de fois que Marie-Eve Dicaire a cru en cours d’année que son combat contre l’Américaine Claressa Shields était sur le point de se matérialiser. Ou, à tout le moins, le nombre de fois où elle avait des raisons de l’espérer.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Onze, vraiment ? « Je te confirme que je suis rendue à 11, assure Dicaire, devant notre doute. Et le dernier report a été particulier parce qu’on avait même effectué la pesée obligatoire de 30 jours du WBC, on avait reçu l’itinéraire de vol. On était en train de finaliser les arrangements, et tout ça. Donc, je pensais vraiment que ça y était. »

Elle parle du report survenu il y a trois semaines, alors que le combat avait été fixé au 11 décembre, à Las Vegas.

Mais une précision s’impose ici. Des dates fermes pour ce duel contre Shields, il n’y en a eu que deux : le 9 mai et le 11 décembre. C’est ce que nous a dit Yvon Michel, président de GYM, mercredi.

Les neuf autres fois, ce sont donc des moments qui avaient été évoqués entre les parties, mais sans être coulés dans le béton. Des moments d’espoir pour la boxeuse, disons.

Contrairement à sa protégée, le promoteur n’a pas tenu ce compte, mais il qualifie le chiffre avancé par Dicaire de « fort possible ».

La pièce manquante au casse-tête de Shields

Remise en contexte : l’affrontement entre Marie-Eve Dicaire (17-0, 0 K.-O.) et Claressa Shields (10-0, 2 K.-O.) est très attendu.

Chez les 154 lb, poids super-mi-moyens, Dicaire détient la ceinture de l’IBF. Shields, celles du WBC et de la WBO. Ce sera donc un combat d’unification, avec en prime la ceinture de super-championne (super belt) de la WBA.

Pour moi, unifier toutes les ceintures et couronner la seule et unique championne, c’est le but ultime de la boxe.

Marie-Eve Dicaire

Mais aura-t-il lieu, ce combat ?

Lundi, l’Américaine de 25 ans, double médaillée d’or olympique, a annoncé qu’elle ferait le saut en arts martiaux mixtes au printemps, affirmant depuis sur son compte Twitter qu’elle continuerait tout de même à boxer. Quoi qu’il en soit, le face-à-face Dicaire-Shields est toujours au menu, remis à janvier ou février 2021.

Sur le coup, Dicaire, 34 ans, a-t-elle craint que cette annonce de son adversaire ne compromette leur affrontement une fois pour toutes ? Non.

« Parce que dans toute cette histoire, je détiens quelque chose que l’argent ne peut pas acheter : la ceinture IBF. Elle veut être la première à avoir les quatre ceintures dans trois catégories de poids différentes. Et la pièce de puzzle qui lui manque, c’est ma ceinture. Pour cette raison, j’ai vraiment bon espoir que ce combat-là va avoir lieu. »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @BADLEFTHOOK

Claressa Shields

Aucun doute, ce duel mettra aux prises les deux meilleures de la catégorie. Reste à voir laquelle est supérieure à l’autre.

« Avant qu’elle mette la main sur la WBO et le WBC, c’est moi qui étais classée numéro 1. Maintenant, avec ses deux ceintures, c’est elle, indique la Québécoise. Donc, pour moi, rectifier tout ça, c’est très important. »

Avant de descendre chez les 154 lb, Claressa « T-Rex » Shields avait dominé chez les 168 lb et les 160 lb.

Dicaire est championne IBF depuis deux ans et quelques jours. Elle a disputé son dernier combat le 23 novembre 2019.

Très occupée malgré tout

Évidemment, la pandémie de COVID-19 est la principale raison de ces innombrables reports, que l’on parle des dates officielles ou de celles approximatives et officieuses.

On vous fait grâce des détails de ces nombreux rebondissements. Pensez au huitième des 12 travaux d’Astérix. Et à son laissez-passer A38.

Mais, concrètement, ils ont rendu l’entraînement de Dicaire pour le moins complexe.

« Chaque fois qu’on nous donnait un moment approximatif, il fallait que je les appelle, elle, son entraîneur, et qu’ils organisent son entraînement en conséquence, explique Yvon Michel. Elle faisait une préparation, et là, tout à coup, non, on nous repoussait un peu plus. Donc, il fallait qu’elle recommence sa préparation sans cesse. »

« C’est sûr que je suis passée par toute une gamme d’émotions. Il y a des moments où je suis super positive et d’autres où je suis complètement écœurée, laisse tomber la boxeuse de Saint-Eustache. Des moments où j’y crois un petit peu moins. »

Je vis énormément dans le présent et je me concentre sur la tâche que j’ai à accomplir. C’est ce qui m’aide beaucoup.

Marie-Eve Dicaire

Ses nombreux projets hors du ring ont contribué à cette attitude positive. Elle est désormais chroniqueuse au 91,9 Sports, a collaboré au livre Raconte-moi Marie-Eve Dicaire écrit par le collègue Mathias Brunet, la production de sa bière a été relancée et elle donne des conférences… Une petite année pandémique tranquille.

« Oui, c’est sûr, je ne cacherai pas que des fois, ce n’est pas super facile, admet-elle. Sauf que je réussis toujours à trouver quelque chose qui me permet de garder la flamme allumée. »